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Transformer le modèle de croissance au Gabon pour créer plus d’emplois

31 mars 2015


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LES POINTS MARQUANTS
  • Au Gabon, la croissance économique n’a pas généré suffisamment d’emplois
  • Le taux de chômage au Gabon est quatre fois supérieur à la moyenne des pays à revenu intermédiaire.
  • La Banque mondiale s’est engagée à fournir une assistance technique et financière au Gabon afin de diversifier l’économie et d’améliorer la formation professionnelle.

LIBREVILLE, 31 mars 2015 — Comment le Gabon, pays qui a fait l’expérience d’une croissance économique soutenue au cours de ces dernières années, peut-il s’attaquer au défi du chômage qui affecte un Gabonais sur cinq et plus d’un jeune sur trois ? Un rapport récent de la Banque mondiale sur la croissance et l’emploi en République gabonaise identifie  les raisons pour lesquelles la croissance économique a jusqu’ici généré peu d’emplois. L’étude propose également des recommandations pour aider les autorités à s’attaquer au défi du chômage.  

Le rapport note que l’emploi formel  au Gabon a baissé de manière continue entre 1986 et 2010, le chômage affectant aujourd’hui une personne active sur cinq. Les jeunes, les femmes et les personnes bénéficiant d’une éducation supérieure sont particulièrement affectés. Le taux de chômage atteint ainsi 35,7 % chez les jeunes de 15 à 24 ans et 26 % chez les actifs de 25 à 34 ans, tandis qu’il est deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes. Près d’un quart des actifs ayant un niveau d’étude secondaire sont sans emploi, preuve qu’être diplômé ne constitue pas un rempart contre le chômage.

Un secteur pétrolier peu créateur d’emplois 

L’industrie pétrolière est la principale source de croissance du pays. Elle est toutefois peu intensive en main d’œuvre. En effet, constate le rapport, alors que l’activité pétrolière rapporte à elle seule plus de 40 % de la valeur ajoutée nationale et plus de 60 % des revenus de l’État, ses effectifs représentent moins de 5 % de l’emploi formel. Le rapport constate aussi que le système éducatif est inadapté aux besoins du marché, les jeunes diplômés ne disposant pas des compétences recherchées par les entreprises. Malgré un taux net de scolarisation de 92 %, le taux de redoublement au Gabon est de 37 %, l’un des taux les plus élevés au monde.

En n’ayant pas la possibilité d’acquérir les connaissances de base, une forte proportion de jeunes Gabonais ne peuvent pas non plus acquérir de compétences professionnelles et sont ainsi exclus du marché du travail constate le rapport. « Les principaux  facteurs qui expliquent l’inadéquation entre la formation des jeunes et la demande exprimée par le secteur productif sont la faible qualité du système éducatif de base, le rendement insuffisant de l’enseignement technique et professionnel, ainsi que le manque de moyens et d’efficacité du secteur éducatif », précise Rick Tsouck Ibounde, économiste à la Banque mondiale et auteur principal du rapport.

Le climat des affaires est par ailleurs peu propice aux investissements qui pourraient créer des emplois au Gabon. Très rigide, la législation du travail tend à freiner les nouvelles embauches, en protégeant ceux qui disposent d’un emploi. Améliorer le climat des affaires et le dispositif institutionnel d’appui au développement du secteur privé afin d’attirer des investissements permettrait d’augmenter les perspectives d'emplois, estime le rapport.

L’une des recommandations consiste ainsi à développer les partenariats entre le gouvernement et le secteur privé pour améliorer la qualité du système éducatif afin qu’il soit plus adapté aux besoins du marché actuel. Le rapport suggère également de créer des filières d’enseignement professionnel et technique.

L’étude de la Banque mondiale souligne cependant que la réforme en cours du système éducatif et de recherche (adoptée en 2010) représente un pas dans la bonne direction puisqu’elle vise notamment à développer la formation continue et encourager le développement de partenariats public-privé (PPP). Par exemple, l’Institut du Pétrole et du Gaz (IPG), localisé à Port Gentil et soutenu par l’État Gabonais et l’industrie pétrolière, forme depuis janvier 2014 des ingénieurs spécialisés dans les domaines des techniques pétrolières. L’étude de la Banque mondiale préconise également de généraliser la formation en alternance et l’apprentissage, modèle de formation prisé dans un pays comme l’Allemagne.

Pour en savoir plus sur les recommandations formulées dans cette étude : consultez le rapport complet