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Bassin du Niger : soutenir une gestion coopérative des ressources hydrauliques

04 mars 2015


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Dominic Chavez/World Bank

LES POINTS MARQUANTS
  • Le bassin du Niger en Afrique sub-saharienne est l’une des régions les plus fragiles au monde
  • Les pays de la région cherchent des solutions afin de développer l’énergie renouvelable et coordonner leurs efforts de développement
  • Un projet soutenu par la Banque mondiale et le Programme pour la coopération dans les eaux internationales en Afrique (CIWA) vise à soutenir les efforts de développement des 9 pays du bassin

WASHINGTON, 4 mars 2015—Le fleuve Niger est une des rares sources permanentes d'approvisionnement en eau au cœur des terres arides et semi-arides du Sahel. Pendant des milliers d'années, le troisième plus long fleuve d’Afrique a permis aux communautés de fermiers, d'éleveurs de bétail et de pêcheurs de subvenir à leurs besoins. Aujourd'hui, le bassin du Niger est, à tous égards, l'une des régions en développement les plus fragiles du monde. Sept des 10 pays du bassin font partie des vingt pays les plus pauvres au monde, le Niger présentant l'indice de développement humain le plus bas de la planète. Les menaces liées à l'insécurité alimentaire et au changement climatique sont aggravées par les troubles civils, le terrorisme et la crise Ebola,  défis qui alimentent le cercle vicieux de la pauvreté rurale et de l'insécurité dans la région.

Malgré ces obstacles, les pays riverains du fleuve ont édifié l'une des organisations de gestion fluviale les plus avancées au monde : l'Autorité du bassin du Niger (ABN). Cet organisme intergouvernemental vise à inscrire la gestion des ressources en eau dans un cadre juridique coopératif solide et à promouvoir la collaboration entre ses États membres sur des investissements potentiels. L'ABN est chargée de garantir une exploitation équilibrée des ressources du fleuve Niger à l'échelle de tout le bassin et de faire en sorte que celle-ci bénéficie aux communautés locales.

Les pays concernés —le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, la Cote d’Ivoire, la Guinée, le Mali, le Niger et le Nigéria— savent que, pour répondre à certains de leurs besoins de développement les plus pressants, ils doivent accroître leurs infrastructures hydrauliques et identifier les possibilités de coopération dans ce domaine.



« Les pays mettent leurs ressources en commun pour développer les cours d’eau et les ressources du bassin, ce qu’il n’aurait pas été en mesure de faire individuellement  »

Major General Collins Ihekire

Secrétaire exécutif de l'Autorité du bassin du Niger


Les investissements dans des centrales hydroélectriques, des réservoirs, des plans d'irrigation et des infrastructures de navigation peuvent aider à réduire la pauvreté et à promouvoir une prospérité partagée. Ces types d'investissements peuvent contribuer fortement à la croissance économique, à la sécurité alimentaire, à la résilience au changement climatique et à l'amélioration des moyens de subsistance. Les expériences tirées d'autres bassins fluviaux en Afrique montrent que ces investissements ont davantage de chances de réussir s'ils s'appuient sur une action collective et coopérative facilitée par une organisation dédiée telle que l'ABN.

Promouvoir une action collective et une prise de décisions éclairées

Les pays du bassin du Niger manifestant un intérêt de plus en plus grand pour la planification et la construction conjointes d'infrastructures, leurs attentes vis-à-vis de l'ABN, et de son rôle de coordination entre les États membres et de promotion d'une démarche participative, augmentent aussi. Pour appuyer le rôle croissant que l'ABN est amenée à jouer, la Banque mondiale a récemment approuvé un projet soutenu par le Programme pour la coopération dans les eaux internationales en Afrique (CIWA). Cette opération aidera l'ABN à exercer sa mission de promotion de la coopération entre ses neuf États membres en vue du développement et de la gestion des ressources du bassin.

Plus précisément, le Projet de gestion du bassin du Niger soutiendra les efforts visant à : i) développer une base de ressources financières plus autonome et durable pour l'ABN ; ii) améliorer le cadre juridique à l’échelle du bassin afin de renforcer la coordination au niveau de l'exploitation des infrastructures transfrontalières ; et iii) favoriser une prise de décisions éclairées et fondées sur des données probantes pour des projets d'intérêt régional.

Le projet soutiendra en particulier la finalisation et l'adoption de l'Annexe 2 de la Charte de l'eau du bassin du Niger de 2008, qui fixe le cadre juridique pour la gestion et l'optimisation coordonnées des grandes infrastructures, la résolution des litiges et l'application des décisions d'arbitrage. Il appuiera également le rôle joué par l'ABN pour faciliter la prise de décisions conjointes et éclairées sur le projet de construction du barrage de Fomi (a), ainsi que la réalisation d’études consacrées aux impacts potentiels de cet ouvrage sur le delta intérieur du Niger.

Le « Projet polyvalent de Fomi », qui comprendrait un petit barrage et un grand réservoir de stockage en Guinée, offrirait à ce pays des capacités de stockage d'eau, d'irrigation et d'hydroélectricité dont il a fortement besoin, et fournirait également d’importantes possibilités d'irrigation au Mali. Les pays du bassin du Niger avaient fait de ce barrage une priorité dans leur Plan d'action de développement durable de 2010, et souligné que sa réussite dépendrait nécessairement d'une coordination approfondie.                                                            

À l’instar d'autres grands projets d'infrastructure transformateurs, le potentiel du barrage de Fomi pour le bassin du Niger est énorme mais ce type de projet peut également avoir des impacts considérables. « Les prochaines années nécessiteront la mise en place d'un processus de consultation qui examinera étroitement ces impacts potentiels, à savoir le déplacement et la réinstallation de populations en Guinée, les impacts environnementaux et sociaux du barrage sur la richesse écologique du delta intérieur du Niger au Mali, ainsi que les aspects techniques et économiques liés à la construction d'une infrastructure transfrontalière induisant de grandes transformations, » explique Christina Leb, spécialiste des ressources en eau à la Banque mondiale. « L’enjeu est d’aborder avec les parties concernées tous les compromis qui permettront de maximiser les bénéfices et de minimiser les impacts négatifs ».

Un partenariat pour de meilleurs résultats sur le plan du développement

Le CIWA intervient comme partenaire dans ce processus, son avantage comparatif résidant dans sa contribution à une prise de décisions éclairées sur des projets complexes d'intérêt régional — comme le Projet polyvalent de Fomi. Le CIWA ne finance pas directement les travaux d'infrastructure. Il participe à l'instauration d'un environnement propice permettant aux pays riverains d'envisager, d'examiner, de préparer et de gérer leurs priorités d’infrastructures selon des normes internationales et avec l'aide d'une expertise technique internationale.

Le soutien du CIWA au bassin du Niger et à d'autres bassins transfrontaliers en Afrique arrive à un moment crucial. Aujourd'hui, 700 millions d'Africains n'ont toujours pas accès à l'électricité. Les pays recherchent activement des solutions à ce problème, et des formes d'énergie hydroélectrique propre et renouvelable sont susceptibles de représenter une part importante de leur bouquet énergétique. 


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