ARTICLE

Qualité de l’air et santé respiratoire : lutter plus efficacement contre la pollution atmosphérique

19 février 2015

Image
Photo: Sura Nualpradid / Shutterstock

LES POINTS MARQUANTS
  • La question de la qualité de l’air est d’autant mieux gérée qu’elle est traitée à travers des projets spécifiquement conçus pour lutter contre la pollution atmosphérique.
  • Le développement d’infrastructures plus efficaces pour gérer la qualité de l’air en Afrique et en Asie, à l’urbanisation galopante, permettra dans l’immédiat de sauver des vies et, à terme, de bâtir des économies durables.
  • Les projets doivent opter pour une approche transversale intégrée reposant sur un travail analytique solide.

Quand on parle des effets délétères de la pollution atmosphérique sur la santé, on pense souvent à ces villes d’Inde ou de Chine plongées dans le brouillard et aux axes routiers surchargés. Mais les citadins indiens et chinois ne sont pas les seuls à être confrontés à des niveaux de pollution atmosphérique inquiétants. Du Sénégal au Pérou, des millions d’êtres humains respirent au quotidien un air pollué et souffrent de ce fait de multiples pathologies.

Environ 3,7 millions de personnes seraient ainsi décédées en 2012 de maladies liées à l’inhalation d’un air pollué. Sachant que la pollution atmosphérique ne se limite pas aux grandes villes : si l’on ajoute la pollution domestique (cuisinières et chauffages par exemple), le nombre de victimes atteindrait pratiquement 7 millions, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pour les familles, les villes et la société tout entière, cette pollution se traduit par des coûts de santé, une qualité de vie dégradée, une perte de productivité et des opportunités économiques ratées.

Un nouveau rapport de la Banque mondiale, intitulé Clean Air and Healthy Lungs: Enhancing the World Bank’s Approach to Air Quality Management, dresse le bilan de l’expérience de l’institution qui, depuis dix ans, œuvre aux côtés des pays en développement pour améliorer la qualité de l’air et anticiper au mieux un problème appelé à prendre des proportions considérables dans les années à venir.

Ce rapport fait suite à la mise en place d’un programme de travail axé sur la gestion de la pollution et la santé environnementale qui cherche précisément à aider les pays en développement à réduire la pollution et bâtir des communautés plus saines et plus viables d’un point de vue économique. La Banque mondiale a récemment engagé un examen de la méthodologie utilisée pour estimer le coût de la pollution atmosphérique (a) afin de réunir des éléments solides en appui à des actions concrètes. Elle participe aussi à des coalitions visant à sensibiliser à ce problème et partager des informations, comme la Global Alliance on Health and Pollution et la Climate and Clean Air Coalition, dont l’objectif est de faire progresser les connaissances sur les enjeux de la pollution et les moyens d’y faire face.

L’Afrique, une nouvelle Asie ?

D’instinct, la pollution semble pire en Asie. Et, de fait, selon la base de données 2014 de l’OMS sur la qualité de l’air, la majorité des 50 villes présentant la plus forte concentration de pollution de l’air ambiant se situent dans cette région. Mais Dakar (Sénégal) et les villes du delta du Nil (Égypte) font aussi partie du palmarès, tandis que Lagos (Nigéria) et Accra (Ghana) les talonnent de près.

« Nous devons anticiper les problèmes de pollution atmosphérique en Afrique et prévenir ainsi des décès évitables », estime Yewande Awe, ingénieur expert des questions d’environnement à la Banque mondiale, qui a piloté le rapport. « Il faut agir maintenant, sans attendre qu’une crise éclate ou que les modes de pollution soient trop ancrés. » Entre 2010 et 2050, le nombre d’Africains vivant en ville devrait tripler, pour atteindre 1,23 milliard d’individus : 1 citadin sur 5 dans le monde résidera donc en Afrique.



« l’amélioration de la qualité de l’air est possible, malgré l’urbanisation, à partir du moment où les dirigeants sont prêts à se doter de politiques adaptées et à investir.  »

Paula Caballero

Directrice principale du pôle Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale


Améliorer les données de suivi

Le rapport constate également qu’à de rares exceptions, les projets de la Banque mondiale passés en revue ne faisaient pas du contrôle de la qualité de l’air un objectif prioritaire. Ces opérations ont ainsi raté l’occasion de recueillir des données essentielles et de disposer de références pour mesurer l’efficacité de leurs interventions de lutte contre la pollution.

De nombreux pays en développement manquent d’infrastructures ou de méthodes normalisées pour collecter et interpréter les données susceptibles d’informer la prise de décisions et de participer à la définition de normes de la qualité de l’air. Si les pays veulent endiguer la pollution, ils doivent disposer d’éléments plus solides et organiser un suivi systématique. Lorsque les autorités de la ville de Santiago, au Chili, ont mis en place des transports écologiques (a) et réussi ce faisant à réduire la pollution de l’air, c’est notamment grâce à des données analytiques fiables et un suivi durable.

Les projets de la Banque mondiale au Chili, en Mongolie et au Pérou soulignent l’importance d’un dialogue constant avec toutes les parties prenantes dans les pays en développement ; la nécessité d’approches intégrées, depuis l’identification de toutes les sources de pollution jusqu’à la définition d’approches d’un bon rapport coût-efficacité ; et l’obligation d’impliquer tous les secteurs (transports, santé, aménagement urbain et agriculture). L’expérience montre aussi que la réussite de la lutte contre la pollution passe par une combinaison de mesures techniques, politiques et économiques : en Chine par exemple, certaines villes taxent les rejets de polluants tandis que Mexico a supprimé progressivement des subventions aux combustibles fossiles peu efficaces.

Les villes sont les futurs grands pôles de croissance de l’Afrique et de l’Asie. Rien ne condamne les citadins à devoir vivre dans des villes synonymes de pollution mortelle et d’air irrespirable. Transports, industries, énergie, construction, agriculture et systèmes d’évacuation plus propres conjugués à des normes plus sévères seront les piliers des villes de demain et contribueront à sauver des vies.

Pour Paula Caballero, directrice principale du pôle Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale, « l’amélioration de la qualité de l’air est possible, malgré l’urbanisation, à partir du moment où les dirigeants sont prêts à se doter de politiques adaptées et à investir. Au-delà des retombées économiques de l’urbanisation, tout pays doit pouvoir compter sur une bonne qualité de l’air et une population en bonne santé ».