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Les obligations vertes transforment les attentes des investisseurs et facilitent les investissements durables

22 janvier 2015

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Les obligations vertes contribuent au développement de politiques de transports urbains propres en Colombie.

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LES POINTS MARQUANTS
  • Les obligations vertes permettent de mobiliser des milliards de dollars par an pour la mise en œuvre de projets de développement nationaux ou municipaux à la fois indispensables et respectueux du climat et de l’environnement.
  • Avec plus de 35 milliards de dollars d’émissions obligataires, soit plus de trois fois plus qu’en 2013, 2014 a été une année record pour ce marché naissant.
  • Plusieurs tendances se dessinent pour 2015, notamment de nouvelles catégories d’émetteurs, de nouveaux indices et une évolution des attentes des investisseurs.

Il y a un an, lors du Forum économique mondial de Davos, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a encouragé les investisseurs à s'engager de manière durable et responsable dans le marché des obligations vertes. Les obligations vertes, qui constituent un segment relativement récent mais en pleine expansion, fonctionnent comme les autres types de produits obligataires mais présentent l’avantage de contribuer à combler le manque de financements disponibles pour des projets de développement respectueux du climat.

Environ 11 milliards de dollars d’obligations vertes avaient été émis l’année précédente. Jim Yong Kim avait appelé au doublement de ce chiffre d’ici septembre 2014, date du Sommet sur le climat. De nouveaux émetteurs ont lancé leurs premières obligations vertes, de nouveaux indices ont été créés pour ces titres et le nombre de souscripteurs a augmenté, ce qui a permis aux émissions d’obligations vertes de dépasser les 35 milliards de dollars en 2014.

Alors que s’ouvre cette semaine la nouvelle édition du Forum de Davos, la plupart des observateurs prévoient que les investissements dans les obligations vertes continueront d’afficher une forte croissance en 2015.

D’après le Groupe de la Banque mondiale, plusieurs tendances se font jour. 

Évolution des attentes des investisseurs

L’essor du marché des obligations vertes fait évoluer les formes d’investissement et les attentes des investisseurs.

Depuis leur introduction en 2007, les obligations vertes ont principalement été émises par des banques de développement, comme la Banque mondiale (a) et l’IFC (a) ; elles ont permis de financer des projets respectueux du climat et de l’environnement, par exemple l’expansion de l’énergie solaire dans les zones rurales au Pérou (a), le déploiement à grande échelle des énergies renouvelables au Mexique (a), l’amélioration de l’efficacité de l’irrigation en Tunisie (a) ou le recours accru à des transports urbains non polluants en Colombie (a).

Les investisseurs apprécient non seulement la liquidité et le rendement fixe des obligations vertes, mais également l’effet bénéfique qu’elles peuvent produire.

Aujourd’hui, à l’instar des fonds de pension (a) par exemple, nombre d’investisseurs institutionnels ont des impératifs d’investissements durables et responsables, et ils élaborent des stratégies expressément conçues pour faire face aux risques climatiques en mettant à profit les opportunités offertes par les différentes classes d’actifs. Les obligations vertes sont à même de répondre aux besoins des investisseurs sur le plan de la vérification et de la mesure de l’impact. De plus, celles de la Banque mondiale et de l’IFC sont notées AAA/Aaa.

« La dégradation de l’environnement, la pauvreté et les conséquences du changement climatique sont autant de facteurs qui mettent en péril le bien-être et la stabilité des pays, des populations, des ressources et des entreprises. Les investisseurs sont de plus en plus conscients des menaces que ces facteurs représentent pour le rendement financier à long terme, et en tiennent compte dans leurs décisions », explique Laura Tlaiye, conseillère en investissements durables à la Banque mondiale, qui figure parmi les premiers et plus importants émetteurs d’obligations vertes (plus de 27 milliards de dollars, dans 18 monnaies).

En outre, les obligations vertes offrent aux petits investisseurs un moyen de « voter avec leur argent ». Aux États-Unis, l’État du Massachusetts, par exemple, a reçu plus de 1 000 ordres de souscription pour une obligation verte qu’il a émise l’année dernière. La plupart de ces ordres émanent de particuliers désireux de soutenir les investissements des autorités locales dans l’environnement.

« Les incitations évoluent du fait que certains investisseurs sont en quête de ce type d’investissement et demandent des informations détaillées sur les performances environnementales. Nous attirons des investisseurs qui, sinon, n’auraient pas été intéressés, et nous diversifions et élargissons notre base d’investisseurs ainsi que nos sources de financement », précise Heike Reichelt, responsable des relations avec les investisseurs et des nouveaux produits à la Banque mondiale.


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Diversification des émetteurs et des investisseurs

À mesure que le marché des obligations vertes se développe, la taille des opérations d’émission s’accroît et de nouveaux types d’émetteurs apparaissent.

Les municipalités et les organismes publics qui recouraient hier à des titres obligataires pour lever des fonds destinés à des projets d’infrastructure se sont mis à émettre des obligations vertes afin de soutenir et de promouvoir des projets respectueux de l’environnement et du climat. Ces projets portent notamment sur l’amélioration de la maîtrise de l’énergie et les transports en commun, comme à Johannesburg (Afrique du Sud), où a été lancée l’année dernière la première obligation verte municipale d’Afrique pour financer des projets de réduction des émissions polluantes dans le domaine du biogaz, de l’électricité solaire et du transport durable.

Les entreprises et les opérateurs de services publics ont, eux aussi, commencé d’émettre des obligations vertes. En France, GDF Suez a réalisé la plus vaste émission obligataire à ce jour (2,5 milliards d’euros) pour financer des projets exploitant des énergies renouvelables, comme l’implantation d’éoliennes, ou axés sur la maîtrise énergétique, tels que des compteurs intelligents et des réseaux de chauffage urbain intégrés.

Le « label vert » peut aider les émetteurs à attirer de nouveaux investisseurs. Plus le marché des obligations vertes se développera, plus les projets écologiques deviendront prioritaires sur les autres projets ; les émetteurs affichant de solides performances en termes de durabilité verront s’étoffer leur portefeuille de clientèle.

On assiste aussi à l’émergence de nouveaux types d’obligations vertes et de nouvelles monnaies de libellé. La période de souscription de la première obligation verte liée à un indice que la Banque mondiale a émise à l’intention des investisseurs individuels (a) européens s’est achevée début janvier. Cette opération a permis de lever 91 millions de dollars. L’année dernière, l’IFC, qui a émis à ce jour plus de 3,7 milliards de dollars d’obligations vertes, a proposé ses premières obligations vertes en renminbi (a) et en sol péruvien (a).

Transparence et indices

Les investisseurs considèrent que la transparence est la clé du succès des obligations vertes.

La Banque mondiale a placé la barre très haut lorsqu’elle a lancé en 2007 sa première obligation verte en partenariat avec la banque suédoise SEB. D’autres organisations lui ont emboîté le pas et adapté ce modèle. Il faut tout d’abord définir les critères d’éligibilité pour les projets financés via des obligations vertes et vérifier ces critères avec une organisation spécialisée, telle que CICERO (a). La Banque mondiale a mis en place un processus de sélection des projets satisfaisant aux critères, puis constitué un compte distinct réservé au produit de l’émission, afin d’allouer ces fonds aux projets éligibles. Enfin, elle rend compte de l’impact environnemental des projets et veille à la conformité.

Cette structure et cette priorité donnée à la transparence et à l’information ont servi à formuler les « Principes pour les obligations vertes », approuvés par plus de 70 investisseurs, banques, autres émetteurs et participants à ce marché. Ces principes sont appliqués sur une base volontaire, avec une coordination assurée par l’International Capital Markets Association (ICMA).

Afin d’aider les investisseurs à évaluer les obligations vertes, MSCI/Barclays (a) et d’autres acteurs ont aussi constitué des indices spécifiques pour noter les émetteurs et vérifier leurs critères de sélection des projets, ainsi que le mode de gestion du produit des émissions, afin que les fonds soient utilisés comme prévu et en toute transparence.

Quel effet sur le financement du développement ?

Le financement public ne suffira jamais à lui seul à freiner le changement climatique : des investissements privés dans des projets climato-intelligents sont également nécessaires pour orienter les économies sur une trajectoire de croissance plus sobre en carbone. La création d’un marché des obligations vertes à même de mobiliser le financement du secteur privé permet de sensibiliser ce dernier à l’importance des investissements propices au développement et favorise la mobilisation de ses fonds.

« Nous pensons que l’investissement durable va s’imposer à terme comme la forme de gestion la plus banale pour les portefeuilles de titres à revenu fixe, ce qui transformera le mode de gestion des entreprises et des projets qu’elles appuient », explique Heike Reichelt. « La prochaine génération de gestionnaires de portefeuilles se demandera pourquoi le profit à court terme l’a aussi longtemps emporté sur la croissance durable... »