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S’associer aux organisations confessionnelles pour restaurer les terres en Afrique

12 janvier 2015

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Des élèves d’écoles religieuses célèbrent la plantation d’arbres à Nairobi (Kenya). (Photo: Manuel Akatsa / ARC)


LES POINTS MARQUANTS
  • Les organisations confessionnelles peuvent jouer un rôle important dans la promotion de la conservation et la gestion durable des ressources naturelles afin d’aider la résilience des écosystèmes et des moyens de subsistance.
  • À travers le partenariat TerrAfrica, la Banque mondiale a collaboré avec l'Alliance des religions et de la conservation (ARC) en vue de lutter contre la dégradation des terres et de construire un paysage plus vert en Afrique.

Les organisations confessionnelles, acteurs majeurs de la société civile, prennent aujourd’hui une part plus active dans les efforts visant à restaurer les terres en Afrique et à endiguer la dégradation des sols. Une dynamique qui s’inscrit dans un effort plus vaste en vue de faire évoluer les croyances, les comportements et les actions en faveur d’un développement plus vert et plus durable sur le continent.

Cette évolution intervient alors que pays et partenaires privilégient de plus en plus la restauration des terres pour renforcer les moyens de subsistance et assurer la croissance économique et la sécurité alimentaire.

Les organisations confessionnelles sont des partenaires clés de TerrAfrica, une initiative mondiale pilotée par les Africains et dont le but est de freiner la dégradation des terres et de promouvoir une approche concertée et multisectorielle impliquant gouvernements, organisations internationales et membres de la société civile.

« Les organisations confessionnelles sont des partenaires importants (a) pour la Banque mondiale », affirme Magda Lovei, manager au pôle Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale. « Elles offrent un accès sans équivalent aux communautés locales ».

L’implication des organisations confessionnelles revêt une importance particulière en Afrique, où 90 % des habitants se disent chrétiens ou musulmans (a). Depuis quatre ans, une équipe de la Banque mondiale dédiée à l’environnement et aux ressources naturelles a tissé un partenariat avec l’Alliance des religions et de la conservation (ARC) (a) et intervient aux côtés d’organisations confessionnelles afin de restaurer les terres et d’empêcher une dégradation plus grave des sols en Afrique.

Cette initiative qui vise à renforcer la résistance des écosystèmes et des populations repose sur une approche globale du paysage dont la réussite nécessite d’impliquer toutes les parties prenantes. Chacun peut et doit en effet contribuer à rendre les paysages résilients. Comme le soulignait le rapport consacré au renforcement de la résilience des terres arides en Afrique (a), l’action conjuguée des agriculteurs exploitant des terrains en pente et des initiatives concertées des éleveurs pour réduire les pressions exercées par le pâturage auront davantage d’effets sur la restauration des terres que de simples mesures individuelles ou fragmentées.

Le partenariat TerrAfrica/ARC a déjà aidé 27 organisations confessionnelles à élaborer des plans de long terme (a) visant à protéger l’environnement. Ces plans, ancrés dans les croyances, les pratiques et les enseignements de chacune de ces organisations, recouvrent des engagements en faveur d’une gestion durable des terres, de la conservation de l’eau et d’une éducation à l’environnement. À terme, ce sont 184 millions de personnes qui pourraient en bénéficier directement.

Les avancées accomplies ont été célébrées en décembre dernier lors d’une cérémonie organisée à Buckingham Palace par le prince Philip, fondateur de l’ARC, qui cherchait ainsi à établir un lien entre les religions et les groupes de défense de l’environnement. Des responsables religieux de tous les horizons avaient fait le déplacement.



« Les organisations confessionnelles sont des partenaires importants pour la Banque mondiale. Elles offrent un accès sans équivalent aux communautés locales. »

Magda Lovei

Manager au pôle Environnement et ressources naturelles de la Banque mondiale


Une dynamique grandissante en faveur de l’approche paysagère

En octobre 2014, 90 responsables d’organisations confessionnelles, agricoles et éducatives de huit pays africains se sont réunis en Ouganda pour signer la déclaration de Mukono (a) appelant à une nouvelle alliance « pour une agriculture de fidèles » et des paysages résilients.

Le partenariat TerrAfrica/ARC et la déclaration de Mukono témoignent d’une convergence croissante dans le monde en faveur de cette approche paysagère, devenue manifeste lors du Forum mondial sur les paysages 2014, organisé à Lima, et dans le droit fil des recommandations et des travaux de TerrAfrica. Le partenariat est d’ores et déjà intervenu dans 24 pays d’Afrique subsaharienne et aux côtés de 20 partenaires, parmi lesquels les Communautés économiques régionales, des organismes des Nations Unies, des organisations internationales, l’Union européenne, des partenaires bilatéraux et la société civile. Il a réussi à lever 3 milliards de dollars d’investissements en faveur d’une gestion durable des terres et de l’eau, à placer 15 millions d’hectares en mode de gestion durable des terres et à élaborer des cadres d’investissement dans 18 pays.

Une Alliance africaine pour des paysages résilients

TerrAfrica entend maintenir son soutien à l’approche paysagère en appuyant la mise en œuvre du Plan d’action pour les paysages d’Afrique (a), élaboré conjointement par le partenariat, le NEPAD et EcoAgriculture Partners (a). Ce texte propose un programme de déploiement d’initiatives en Afrique et recense un certain nombre d’actions prioritaires avec et pour tous les secteurs, s’appuyant à la fois sur des réponses politiques et des services.

La Banque mondiale soutiendra également le lancement, par l’Union africaine et le NEPAD, d’une Alliance africaine pour des paysages résilients et promouvra l’initiative 25x25x25, qui vise à placer 25 millions d’hectares sous la gestion durable des paysages à l’horizon 2025 avec la participation de 25 millions d’agriculteurs. Rattachée à la plateforme de TerrAfrica et bénéficiant de l’appui d’une coalition de partenaires, l’Alliance aura vocation à promouvoir une gestion durable du paysage dans les pays africains.

« À travers cette alliance, nous espérons amener les acteurs de l’espace rural et les décideurs à reconnaître l’importance d’interventions transversales et non plus sectorielles afin de contribuer à la pérennité des écosystèmes et des moyens de subsistance », explique Paola Agostini, coordonnatrice de programmes pour TerrAfrica. « Cette approche offre de réelles perspectives pour rendre les paysages plus résilients et productifs et permettre ainsi aux futures générations d’en bénéficier à leur tour ».

Les initiatives des organisations confessionnelles viendront compléter l’action de l’Alliance par une approche spirituelle de ces enjeux écologiques et faciliteront le dialogue avec le monde séculier autour des objectifs de développement durable. Elles contribueront aussi à affirmer l’impératif moral de lutte contre la pauvreté et de partage de la prospérité dans le respect de l’environnement.