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L'extrême pauvreté a diminué en Haïti, mais est-ce durable ?

11 décembre 2014


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Banque Mondiale

Entre 2000 et 2012, le pourcentage de personnes vivant dans l'extrême pauvreté a chuté de 31% à 24% au niveau national mais le degré élevé de vulnérabilité menace ces améliorations.

Quelques semaines avant la commémoration du cinquième anniversaire du séisme le plus dévastateur de l'histoire récente, Haïti a publié son premier diagnostic de la pauvreté en plus d’une décennie. Les bonnes nouvelles pour le pays sont que l'extrême pauvreté a diminué, principalement dans la région de Port-au-Prince, et que le taux de scolarisation a augmenté.

Néanmoins la réduction de l'aide internationale et l'instabilité politique croissante menacent la pérennité de ces conquêtes sociales.

L'étude a identifié cinq tendances résumant les performances d’Haïti en termes de réalisation de ses objectifs de développement:

1. Entre 2000 et 2012, le pourcentage de personnes vivant dans l'extrême pauvreté -avec un dollar ou moins par jour- a chuté de 31% à 24% au niveau national, et de 20% à 5% à Port-au-Prince. Plus de 200 000 personnes ont réussi à sortir de la pauvreté.

2. Le taux de scolarisation est passé de 78% à 90%, un taux proche de l'objectif de scolarisation universelle des enfants. Toutefois, de nombreux enfants abandonnent l'école ou doivent redoubler leurs classes. Moins de 60% atteignent la dernière année de l'enseignement primaire; et le faible niveau d'éducation est l'un des principaux facteurs à l'origine du chômage.

«Beaucoup de parents sont au chômage et ne peuvent pas envoyer leurs enfants à l'école», déclare Clément Renold. Sa famille bénéficie d'un programme qui permet aux enfants d'étudier sans avoir à payer les frais de scolarité. "C’est un grand soulagement parce qu’envoyer un enfant à l'école est le plus beau cadeau qu’on puisse offrir."

Comparé à ses voisins de  l’Amérique latine et des Caraïbes, Haïti a la plus grande proportion d’adultes sans éducation formelle. Le rapport recommande un plan financier pour améliorer l'accès à et la qualité de l'éducation,  axé  sur le développement de la petite enfance.

3. Cependant  le degré élevé de vulnérabilité menace ces améliorations: près de 2,5 millions d'Haïtiens ne peuvent couvrir leurs besoins alimentaires de base, tandis qu'un million est en danger de tomber dans la pauvreté. Les progrès dans la réduction de la pauvreté ont été la plupart du temps entraînés par l'aide internationale (après le séisme), les remises de fonds et une augmentation des emplois mieux rémunérés dans le bâtiment, le transport et les télécommunications,  secteurs qui ont également reçu une part importante de l'investissement de la communauté internationale dans le cadre du processus de reconstruction. «Les Haïtiens avaient besoin d'argent, les familles à l'étranger voulaient aider leurs parents ici en Haïti», explique Sharline Dubuisson, dont la société de transfert d'argent a connu un pic de demande après le séisme. "Nous avons reçu un grand nombre de transferts."

Avec le ralentissement de l'aide étrangère, après une période exceptionnellement élevée suite au tremblement de terre, les indicateurs sociaux pourraient facilement reculer si les efforts s’arrêtent et si la croissance ne revient pas. Haïti a récemment étendu ses principaux réseaux de sécurité sociale, mais sa couverture est encore très faible. À peine 8% de tous les Haïtiens ont reçu des prestations d'aide sociale non contributives en 2012, et un plus faible pourcentage encore de travailleurs salariés ont accès à la sécurité sociale.


4. Haïti continue d'afficher la plus grande inégalité des revenus sur le continent, et est l'un des pays les plus inégalitaires du monde. Les 20% des ménages les plus riches gagnent 64% du revenu total du pays, tandis que les 20% les plus pauvres doivent se contenter de seulement 1%.

5. Il y a un écart grandissant entre Port-au-Prince et  le reste du pays. Plus de 80% des personnes vivant dans l'extrême pauvreté habitent dans les zones rurales. Les familles dans le nord et le sud-ouest du pays travaillent dur pour produire de la nourriture, mais ne parviennent pas à gagner assez. Les événements climatiques extrêmes, le manque d'engrais, de pesticides et de semences, et l'accès limité au marché ne sont que quelques-uns des obstacles auxquels ils sont confrontés.

"La situation est difficile pour nous les agriculteurs, parce que nous ne pouvons pas acheter des semences», explique Marie-Hélène Jean-Louis, qui cultive des bananes dans son petit lopin de terre. «Parfois, nous voulons faire pousser certaines plantes mais nous n’avons pas l'argent pour acheter des semences."

Ce profond écart urbain-rural peut être observé dans l'accès aux services. Seulement 16% des habitants des zones rurales ont accès à un assainissement amélioré, au lieu de 48% dans les villes.

Pour de nombreuses familles, la migration est perçue comme un moyen de sortir de la pauvreté. Au cours de cette période (2000-2012), 20% de la population a migré au sein du pays. Par exemple, les migrants éduqués travaillant à Port-au-Prince gagnent en moyenne entre 20% et 30% de plus que s’ils étaient restés dans leur ville d'origine.

Alors que le pays continue de travailler à combler le fossé de la pauvreté, le rapport recommande trois grandes lignes d'action:

  •      Création d'emplois,
  •      Amélioration de l'accès à la santé et l'éducation, et
  •      Protection des plus démunis et des plus vulnérables contre des événements économiques imprévus.

Dans un contexte de ressources limitées, la lutte contre la pauvreté n’est possible que si les décisions sont prises avec la meilleure information disponible. Pour cette raison, ce rapport sur la pauvreté en Haïti est un outil qui permettra aux gouvernements et aux bailleurs de fonds d’être plus précis dans leurs programmes et d’être en mesure d'atteindre les personnes dans le besoin.




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