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Chine : de nouvelles opportunités pour la formation et l’emploi des migrants ruraux

01 septembre 2014


Dans les zones reculées et montagneuses de la région du Ningxia en Chine, un camion convertible en salle de classe passe de village en village, pour former sur place les habitants qui aspirent à de meilleurs emplois.

World Bank Group

LES POINTS MARQUANTS
  • En Chine, les travailleurs migrants sont relativement peu instruits et la majorité d’entre eux n’a pas les compétences recherchées par les employeurs urbains.
  • Un projet a vu le jour dans les provinces du Ningxia, Anhui et Shandong pour remédier à ce problème.
  • Il s’agit d’offrir aux migrants ruraux des qualifications professionnelles, des services d’emploi et un système de protection.

La Chine connaît depuis quelques années un exode rural massif : en 2013, 269 millions de personnes avaient quitté la campagne pour la ville à la recherche d’un emploi, et ce chiffre devrait continuer à croître progressivement dans un avenir prévisible.

Mais ces migrants se heurtent à de nombreuses difficultés quand ils frappent aux portes du marché du travail. Relativement peu instruits, ils manquent pour la majorité d’entre eux des compétences qui en feront des candidats recherchés par les employeurs urbains.

Le Projet de développement des compétences pour l’emploi des migrants ruraux, soutenu par la Banque mondiale, cherche à remédier à ce problème dans les provinces du Ningxia, d’Anhui et de Shandong. Il s’agit d’améliorer l’accès des travailleurs ruraux à des formations et de leur offrir des services d’emploi et de protection professionnelle.

Développement des compétences

La campagne du Ningxia est plutôt hostile : les terres sont arides et le climat rigoureux. Ce qui explique que les populations locales cherchent à s’employer en dehors de l’agriculture à mesure que la superficie de terres arables se réduit.

Dans une région aussi montagneuse et isolée, les familles ne peuvent même pas envisager d’envoyer leurs enfants dans une école classique. Et c’est pourquoi les autorités locales ont décidé d’apporter la formation professionnelle à domicile. Grâce à un camion qui sert aussi de salle de classe mobile.

De village en village, le véhicule tâche de répondre aux attentes des habitants, en leur proposant tout un éventail de formations, qui vont de la fabrication de vêtements ethniques à la préparation de plats halal (la province du Ningxia abrite la plus forte communauté musulmane de Chine).

Ma Haihua, une villageoise du comté de Huangduobao, a ainsi suivi une formation qui lui a permis de devenir propriétaire d’un restaurant.

Elle a appris à utiliser les épices, à préparer des plats froids, à découper des pommes de terre ou à cuisiner du mouton. Et cette formation de cuisinière lui a changé la vie.

Avant, quand elle travaillait aux champs, elle gagnait entre 3 000 à 4 000 yuans par an. Depuis qu’elle a ouvert son restaurant de spécialités halal, ses revenus annuels ont bondi de 70 000 à 80 000 yuans.

Son niveau de vie s’étant amélioré, Ma Haihua a pu acheter une voiture et bâtir une maison. « Avec ce restaurant, j’ai de l’argent. Je n’ai jamais aussi bien pourvu aux besoins des miens », raconte-t-elle, le visage barré d’un grand sourire.

Après avoir passé quelques années en ville comme manœuvre sur des chantiers de construction, Ma Shijie est rentré chez lui, dans le comté de Guyuan, pour suivre une formation gratuite offerte par le gouvernement.

Aujourd’hui, il apprend à manier une pelleteuse.

« Ça me plaît beaucoup. Je me sens plus optimiste », affirme Ma Shijie. « J’ai des amis qui, depuis leur formation de conducteurs, gagnent 7 ou 8 000 yuans par mois. Avant, je n’avais pas de vrai métier. Je gâchais du mortier ou je portais des briques et je gagnais au mieux 3 000 yuans ».

La province du Ningxia abrite plus de 2 millions de musulmans. Ici, la tradition veut que l’on apprenne l’arabe et étudie le Coran.

Depuis que la Chine a renforcé ses liens économiques et commerciaux avec les pays arabes, la maîtrise de la langue arabe est un plus pour ceux qui cherchent un emploi.

Pour rendre les programmes de formation plus adaptés aux attentes du marché, le gouvernement aide aussi les écoles arabes à étoffer leur enseignement au-delà de l’apprentissage de la langue et de la culture islamique, afin d’offrir une formation professionnelle complète, notamment dans le domaine des affaires et du commerce.

Avec le soutien de la Banque mondiale, une palette de manuels rédigés en arabe ont été élaborés et sont désormais utilisés. Ils traitent du commerce international, du droit, des règles dans la conduite des affaires et de communication


En Chine, des millions de travailleurs ruraux migrent vers les villes, mais sont relativement peu éduqués. La majorité d’entre eux ne possèdent pas les compétences recherchées par les employeurs urbains.

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« Ça me plaît beaucoup. Je me sens plus optimiste. J’ai des amis qui, depuis leur formation de conducteurs, gagnent jusqu’à 8 000 yuans par mois. Avant, je n’avais pas de vrai métier. Je gâchais du mortier ou je portais des briques et je gagnais au mieux 3 000 yuans  »

Ma Shijie

Un villageois du comté de Guyuan

L’apprentissage de l'arabe sert aujourd’hui d’autant plus aux jeunes que la Chine a renforcé ses liens économiques et commerciaux avec les pays arabes ces dernières années.

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Services d’emploi

Les élus locaux nouent également des contacts avec les employeurs des villes proches afin que les stagiaires décrochent un travail dès leur formation achevée.

Xu Wenshuai possède une manufacture de vêtements ethniques. Il a passé un contrat avec le gouvernement pour recruter les stagiaires qui ont réussi leurs examens.

« Ce seront mes travailleurs de première ligne », explique-t-il. « Si vous recrutez des gens sans expérience venus d’ailleurs, ils ne savent vraiment rien faire. Mais ceux-là ont déjà été formés et sont immédiatement opérationnels, ce qui est bon pour nos affaires ».

Cet exode rural a aussi donné naissance à une nouvelle profession : les courtiers en travail, qui gèrent pratiquement tous les aspects de l’emploi des migrants, depuis le soutien au moment des entretiens d’embauche et du recrutement à l’organisation des transports en passant par la gestion des procédures administratives et de ressources humaines.

Yang Baohu, s’est lancé dans cette activité voici quelques années. Cet ancien migrant explique ce qu’il fait : « J’organise le surplus de main-d’œuvre dans mon comté et mets en contact ces travailleurs avec des employeurs urbains. Unis, nous sommes plus forts et parvenons à décrocher de meilleurs emplois. Cela nous permet aussi de mieux faire entendre notre voix et de faire valoir nos droits ».

Les autorités locales ont reconnu l’utilité de ces intermédiaires pour garantir une transition sereine des migrants venus des campagnes et faire en sorte qu’ils aient accès à des opportunités professionnelles de meilleure qualité.

Également conscientes de la nécessité de réglementer et de mieux organiser cette profession, elles ont mis en place des formations sur le fonctionnement des marchés du travail.

Les courtiers bénéficient aussi d’une aide pour obtenir un certificat de qualification et ont accès gratuitement à des consultations sur les lois et les réglementations du travail en vigueur.

Yang Baohu a suivi ces cours et est devenu formateur pour ses collègues qui débutent dans la profession.

« Ce qui m’a surtout servi, c’est de découvrir le droit du travail. Aujourd’hui, je m’appuie sur la loi pour protéger les intérêts des travailleurs ruraux », souligne Yang Baohu.

« La migration campagnes-villes est un phénomène inéluctable, à l’échelle planétaire. Dès lors, chaque pays doit avoir les moyens d’offrir à ces travailleurs ruraux toujours plus nombreux de vrais débouchés professionnels et savoir comment protéger leurs droits », analyse Dewen Wang, économiste spécialiste de la protection sociale à la Banque mondiale. « Nous espérons que l’expérience et les innovations apportées par ce projet seront une source d’inspiration pour d’autres pays en développement. »



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