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Le développement du solaire passe par la définition précise d’un cadre stratégique

03 décembre 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Le Maroc a organisé un atelier de partage de savoir-faire en matière de production commerciale d’énergie solaire.
  • La transition vers un financement aux conditions du marché demeure une pierre d’achoppement majeure.
  • La réduction des coûts est essentielle à la viabilité à long terme des projets.

De nombreux pays en développement, dotés de terres désertiques surexposées au soleil, investissent dans des centrales solaires thermiques à concentration (CSP, selon l’acronyme anglais). Si les conditions climatiques sont réunies, les pays éprouvent des difficultés à rendre ces projets viables, notamment sur le plan du financement, de l’atténuation des risques, de la réduction des coûts ou du renforcement des capacités locales.

En octobre dernier, la ville de Marrakech a accueilli un atelier de partage des connaissances Sud-Sud rassemblant des décideurs et des professionnels du secteur de l’énergie venus du Maroc et de l’Égypte mais aussi de l’Afrique du Sud et de l’Inde, ainsi que des responsables d’institutions financières et d’organismes donateurs européens. Il s’agissait, selon l’intitulé même de l’atelier, de « renforcer l’option de l’énergie solaire et consolider le développement et la gestion de centrales solaires commerciales ».

Placée sous l’égide de l’initiative de la Banque mondiale en faveur d’une Énergie durable pour tous (SE4ALL), cette rencontre était organisée conjointement par l’Agence marocaine de l’énergie solaire (MASEN) avec le soutien de l’Institut de la Banque mondiale et du Programme d’assistance à la gestion du secteur énergétique (ESMAP).

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L’échange des savoirs entre pays rompus à la production d’énergie solaire à grande échelle est le meilleur moyen de favoriser l’établissement de capacités locales, en procédant par empirisme dans un secteur émergent. Close Quotes

S. Vijay Iyer

S. Vijay Iyer
Directeur du département des énergies durables à la Banque mondiale

Durant deux jours, Mustapha Bakkoury, président du directoire de MASEN et membre du Conseil consultatif de l’initiative SE4ALL, a animé les débats autour des thèmes suivants :

  • Quel cadre réglementaire et politique choisir pour l’exploitation commerciale de l’énergie solaire ?
  • Comment articuler secteur manufacturier national et déploiement de différentes technologies solaires ? À quels obstacles se heurte-t-on ? Quelles sont les opportunités à saisir ?
  • Comment intégrer l’énergie solaire aux réseaux existants ?
  • Quels sont les préalables à la réussite de projets solaires commerciaux ?
  • Comment échafauder un financement adéquat et élaborer des instruments de gestion du risque selon les programmes de développement ?

« La technologie de l’énergie solaire thermodynamique à concentration est une solution à notre sécurité énergétique et aux enjeux posés par le changement climatique », a observé Mustapha Bakkoury, lors de remarques liminaires. « Cependant, pour devenir compétitive, la solution CSP doit bénéficier d’un accompagnement jusqu’à ce que son exploitation, alliant innovation et efficacité, puisse produire les économies d’échelle nécessaires à la réduction des coûts. »

« La viabilité des sources d’énergie renouvelables est essentielle à la réalisation des objectifs de l’initiative SE4ALL », a renchéri S. Vijay Iyer, directeur du département des énergies durables à la Banque mondiale. « L’échange des savoirs entre pays rompus à la production d’énergie solaire à grande échelle est le meilleur moyen de favoriser l’établissement de capacités locales, en procédant par empirisme dans un secteur émergent. »

En ce qui concerne l’approvisionnement des centrales CSP, les participants ont convenu que les appels d’offres et les enchères inversées constituaient deux options privilégiées, ces deux procédures devant permettre la juste détermination des incitations par les prix. Ils ont cependant ajouté que ces mesures d’incitation ne pouvaient opérer en l’absence d’un cadre réglementaire en mesure de créer un environnement porteur pour en assurer l’efficacité.

Compromis entre déploiement de l’énergie solaire et objectifs de développement des secteurs manufacturiers nationaux

Selon de nombreux intervenants, les pays imposent souvent aux promoteurs de projets solaires des clauses relatives aux apports locaux, même lorsque cela compromet l’accès à des financements concessionnels ou contrevient aux accords de l’OMC. Pour de nombreux pays, en effet, les programmes solaires s’accompagnent de la volonté de créer des emplois et de promouvoir un développement industriel. Tout en reconnaissant le bien-fondé de cet objectif, les participants ont majoritairement constaté qu’il incombait à chacun des pays de prendre les décisions stratégiques nécessaires selon le type d’apports recherché.

Ils devront aussi considérer la chaîne d’approvisionnement dans son ensemble et identifier les éléments présentant pour eux un avantage concurrentiel, au niveau régional ou local. Les intervenants marocains, indiens et allemands ont indiqué les maillons spécifiques de la chaîne de valeur CSP qu’ils privilégient pour demeurer compétitifs. Tous les acteurs ont reconnu le besoin de parvenir à une compétitivité durable afin de réduire les prix de l’énergie solaire payés par les usagers.

Problèmes et choix d’intégration du solaire dans les réseaux existants

Les centrales solaires de type CSP ont vocation à s’intégrer dans les réseaux en place, mais les pays se heurtent à des difficultés diverses, selon l’état de leur réseau de transmission et d’alimentation en électricité, leur demande en énergie, leur bouquet énergétique, la part de production modulable, la technologie solaire choisie et les sites de production, sans oublier les interconnexions entre régions d’un même pays et entre pays.

Pour le Maroc, l’intégration de solutions CSP dans le réseau électrique répond au besoin d’améliorer la sécurité énergétique du pays. Cette énergie pourrait être injectée dans le réseau afin de satisfaire la demande en électricité en soirée. En outre, les installations sont conçues pour assurer, à terme, des exportations vers les marchés « verts » d’Europe.

Pour l’Inde, en revanche, la priorité est de répondre à une demande exponentielle. La mise en œuvre de la première phase du programme solaire national a permis de confirmer que le photovoltaïque dominera vraisemblablement le paysage énergétique solaire. Le faible coût de cette technologie et sa rapidité d’exécution ont incité les autorités à œuvrer pour une plus grande intégration du solaire dans les réseaux de distribution (transmission, interconnexion, onduleur de nouvelle génération, réseau intelligent), afin d’améliorer la performance de mini-réseaux solaires décentralisés, indépendants du réseau principal.

La solution CSP (avec stockage) est plus coûteuse que le photovoltaïque, mais plus facile à intégrer. L’intégration à grande échelle de centrales solaires photovoltaïques exige des investissements considérables, à la fois pour la transmission, la distribution et la capacité de production d’appoint.

Préalables au développement de projets solaires de grande envergure

L’insuffisance des capacités locales fait actuellement toujours obstacle au développement de projets solaires. La mise en œuvre de programmes de formation et d’information est la clé du renforcement des capacités locales et de la réussite des projets. En outre, il est essentiel de consulter et impliquer toutes les parties prenantes, société civile comprise, et de traiter avec circonspection le processus d’attribution des permis en tenant bien compte de la question sensible des droits fonciers. En Inde, par exemple, la valeur foncière a été multipliée par cinq dans les zones au potentiel solaire élevé, ce qui a nui à l’avancement des projets. La difficulté majeure est d’éviter tout accès de spéculation foncière, après la divulgation aux investisseurs de la cartographie des ressources énergétiques et des projets prévus.

Financement et instruments de gestion des risques

La plupart des projets de solaire thermodynamique tirent parti de financements concessionnels qui ne peuvent être reconduits indéfiniment. L’une des préoccupations majeures est la réduction du coût de l’énergie solaire, pour pouvoir assurer sa commercialisation. L’Afrique du Sud vient d’adopter une approche financière structurée pour ses projets solaires afin de pouvoir assurer la transition entre financement à taux modéré et prêts accordés aux conditions du marché. Les banques commerciales d’Afrique du Sud qui financent d’importants projets pour les énergies renouvelables sont aujourd’hui surexposées, ce qui suscite de nouvelles craintes et explique qu’elles rechignent aujourd’hui à investir davantage.

Des produits d’atténuation des risques pourraient servir d’alternative à ces financements confessionnels et permettre de mobiliser des fonds privés ; on pourrait aussi recourir à des partenariats public-privé pour assurer le financement des projets.

L’atelier a suscité l’enthousiasme des participants, à l’instar de Nonhlanhla Ngwenya, responsable du programme du parc solaire pour la société sud-africaine CEF (SOC) Ltd : « Ces deux journées nous ont offert l’occasion exceptionnelle de confronter nos expériences,d’apprendre d’autres pays, et d’affiner ainsi nos connaissances des dernières avancées de l’industrie solaire ».

Compte tenu de l’accueil favorable réservé par les participants à cet atelier, le Groupe de la Banque mondiale et l’initiative SE4ALL prévoient d’organiser d’autres rencontres qui approfondiraient des aspects spécifiques liés à l’exploitation, aux techniques et au financement de projets solaires de grande envergure, notamment les risques technologiques et la pertinence d’instruments financiers novateurs.