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Thaïlande : ressouder les communautés des zones en conflit dans l’extrême sud

13 août 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Le conflit dans les provinces de l’extrême sud de la Thaïlande aurait fait plus de 5 000 victimes depuis 2004.
  • S’ils permettent d’assurer un revenu, les projets d’appui aux moyens de subsistance contribuent aussi à retisser les liens sociaux, une fonction cruciale dans des zones touchées par un conflit.
  • Un projet entrepris dans les trois provinces de l’extrême sud thaïlandais aide le gouvernement et les communautés à concevoir des approches communautaires efficaces du développement local en situation de conflit.

Il y a encore trois ans, Ban Kue-meng était une ville rurale comme les autres. Aujourd’hui, cette localité de la province de Yala, en Thaïlande, est réputée pour ses fabricants de cages à oiseaux, les meilleurs du pays.

Alors que cette tradition artisanale musulmane importée de Malaisie dans les provinces de l’extrême sud thaïlandais se perpétuait autrefois de père en fils, elle n’attirait plus guère les nouvelles générations. Pourtant, à Ban Kue-meng, la plupart des artisans sont des jeunes.

Comme Rusalan Meereh, 22 ans, qui travaille sur une plantation d’hévéas. L’extraction du latex ne pouvant se faire que tôt le matin, entre 3 et 5 heures, ce jeune homme restait totalement désœuvré le reste du temps. Dans la même situation que lui, beaucoup ont succombé aux sirènes de la drogue, se sont livrés à des petits larcins ou ont pris part au conflit violent qui sévit dans ces provinces depuis 2004 et a déjà fait plus de 5 000 morts.

« J’ai commencé à m’intéresser à la fabrication de cages à oiseaux parce que mes amis s’y étaient mis », raconte Rusalan. « C’est très gratifiant d’œuvrer ensemble sur un projet pendant un mois et de voir ensuite l’admiration des clients pour notre travail ».

Le petit groupe, essentiellement composé de jeunes gens défavorisés, arrive ainsi à arrondir ses fins de mois : les cages fabriquées sur commande se vendent 2 à 3 000 bahts pièce (entre 60 et 130 dollars).

Cette activité est l’une des pratiques soutenues par le projet de la Banque mondiale d’approches communautaires pilotes en situation de conflit dans les trois provinces de l’extrême sud de la Thaïlande. Grâce à cette aide, l’atelier a pu se développer et acheter d’autres équipements. Les artisans ont été envoyés dans tout l’extrême sud pour former d’autres jeunes gens.

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La fabrication de cages à oiseaux a permis de ressouder les communautés. Les parents poussent leurs garçons à se former. Aujourd’hui, ils arrivent à faire partager leurs compétences à d’autres et à animer des formations dans tout le district. Ca a vraiment rétabli la confiance dans la communauté. Close Quotes

Ruhana Sudaning
animateur de l’Institut du développement local (LDI), une organisation de la société civile qui met en œuvre le projet.

Cette initiative a contribué à retisser les liens entre les populations, ce qui constitue une fonction vitale dans les zones touchées par un conflit. L’atelier est devenu un havre de paix pour ces jeunes, qui s’y sont souvent réfugiés en cas de troubles. C’est d’ailleurs là que leurs parents inquiets venaient les récupérer.

Le projet soutient le gouvernement du pays et les communautés de l’extrême sud en élaborant des approches communautaires du développement local qui soient efficaces. Ce faisant, il ouvre des perspectives de coopération au sein des communautés et entre elles, mais aussi avec les autorités locales. Sans compter qu’il subventionne des organisations de la société civile chargées de développer des activités de construction de la paix.

Le projet relève du Fonds fiduciaire pour l’édification de la paix et la construction de l’État de la Banque mondiale. Afin d’aider le LDI à renforcer ses interventions dans l’extrême sud thaïlandais, le comité de ce fonds a approuvé une nouvelle dotation de 4,2 millions de dollars en juillet 2013, en plus des 490 000 dollars alloués par le Fonds fiduciaire coréen pour le développement économique et la consolidation de la paix.

La vidéo ci-dessus évoque le travail des fabricants de cages à oiseaux de Ban Kue-meng et une activité de pâtisserie rassemblant des femmes de confession bouddhiste et musulmane.