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Gestion de l’eau à Gaza : répondre à la crise aujourd’hui et poser les fondations de demain

20 mars 2013

La santé de communautés entières dépend des services d’eau et d’assainissement.

LES POINTS MARQUANTS
  • L’efficacité des réseaux de distribution d'eau et d’évacuation des eaux usées est essentielle à la santé publique et à la viabilité de la croissance.
  • En 2007, l’effondrement d’une usine de traitement des eaux usées à Gaza a failli contaminer les réserves en eau de la région.
  • La Banque mondiale a paré au plus urgent tout en axant aussi son action sur les besoins à long terme.

Les services d’eau et d’assainissement sont l’un de ces nombreux domaines d’intervention de la Banque mondiale qui sont méconnus alors même que la santé de communautés entières en dépend. Des systèmes d’assainissement mal gérés et inefficaces peuvent avoir des conséquences dramatiques. A contrario, une gestion prudente des ressources en eau est vitale pour la viabilité d’une croissance à long terme.

En mars 2007, la station d’épuration de Beit Lahiya au nord de Gaza s’est effondrée. Les eaux ont inondé le village voisin d'Oum al-Nasser, faisant cinq victimes et d’innombrables blessés et provoquant le déplacement de 2 000 personnes. Cette catastrophe, qui exigeait une réaction immédiate, a soulevé des questions clés sur la viabilité des systèmes de gestion de l'eau dans la bande de Gaza, l'une des zones les plus densément peuplées au monde.

Aussi la Banque mondiale a-t-elle aidé à faire face à l’urgence en contribuant au pompage des eaux résiduaires, tout en se mobilisant pour l’avenir, à savoir le développement d’une solution viable à long terme pour le traitement des eaux dans le nord de Gaza. La réalisation de ce projet a pris plusieurs années, du fait des multiples difficultés inhérentes à tout projet d’infrastructure de grande envergure dans des zones touchées par des conflits.

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Nous sommes soumis à une tension constante, pris entre l’impératif des objectifs de court terme et le souci de ne pas perdre de vue le long terme. Si le court terme est nécessaire, le long terme est synonyme de viabilité. Close Quotes

Mariam Sherman
Directrice des opérations de la Banque mondiale pour la Cisjordanie et Gaza

L’effondrement de l’usine de Beit Lahiya aurait pu causer une crise sanitaire beaucoup plus importante : le vieillissement et les défaillances du système de traitement des eaux usées menaçaient de contaminer les nappes d’eau souterraines, ce qui aurait pu mettre en danger la santé des 300 000 Gazaouis.

En endiguant la crise et en mettant en œuvre une solution pour le long terme, il s’agissait aussi de répondre à un problème beaucoup plus large qui touche les Territoires palestiniens et l’ensemble de la région : celle de l'amenuisement des ressources naturelles. La consommation d’eau de la plupart des pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord dépasse la capacité de recharge naturelle des aquifères, menacés d’épuisement. L'efficacité de la gestion de ressources toujours plus rares sera vitale pour assurer une croissance économique viable dans la région. Cette question est particulièrement cruciale pour les Palestiniens, dont l’accès à l'eau douce est le plus faible de la région.

La Banque mondiale aurait pu considérer avoir achevé sa mission, avec l'évacuation des eaux résiduaires et la rénovation de l’usine de Beit Lahiya. Mais elle a persisté dans sa volonté de trouver des solutions de long terme et a mis à profit ses relations avec des donateurs multiples pour lever les fonds nécessaires à la construction d'une nouvelle station d’épuration moderne, qui sera située à proximité de celle de Beit Lahiya et fournira un service de traitement secondaire. Un programme de surveillance de la qualité des eaux souterraines a également été mis en place, tandis que l’on procède actuellement à l’élaboration d’un programme de récupération et de recyclage des eaux usées destiné à irriguer les champs voisins et à protéger la nappe côtière.

La demande croissante en ressources limitées compromet la qualité de l’eau dans les Territoires palestiniens. L’épuisement de l’unique aquifère qui approvisionne la bande de Gaza a entraîné l’intrusion d’eau saline, un phénomène qui a réduit la proportion d’eau potable de qualité issue de l’aquifère à 10 voire 5 %. Les restrictions à la liberté de mouvement en Palestine entravent le développement de nouvelles sources d’approvisionnement et l’expansion des systèmes en place, pourtant nécessaires. Cette situation rend difficile la réalisation de projets d’infrastructure importants et limite l’accès à des matériaux aussi essentiels que les tuyaux, indispensables à la réparation et l’expansion des réseaux, ou le chlore, nécessaire à la désinfection. Dans ces circonstances, le risque de maladies transmises par l’eau est élevé, notamment pour les populations tributaires de puits peu profonds et d'eau livrée par camions, comme c’est le cas pour de nombreuses personnes appartenant aux catégories les plus pauvres de la société palestinienne. Le coût annuel de l’impact sanitaire dû à une eau de qualité médiocre et à un assainissement insuffisant est estimé à 20 millions de dollars, soit 0,4 % du produit intérieur brut palestinien.

Au regard de ses conséquences importantes sur la santé et l'économie, la qualité de l’eau en Cisjordanie et à Gaza continue de faire l’objet d’une attention constante de la part de la Banque mondiale. En novembre dernier, celle-ci a lancé un programme de financement pour la réhabilitation et l’expansion de l’ensemble du réseau de distribution d’eau et de récupération des eaux usées à Gaza. Si la Banque mondiale se mobilise pour mettre un terme à la détérioration importante de ces systèmes et protéger la population, elle pose également les fondations d’une gestion viable et efficace des ressources en eau naturelles et précieuses.