Syria Présentation

  • Le conflit violent qui sévit en Syrie depuis sept ans continue de prélever un lourd tribut sur la population et l’économie du pays. Le nombre de morts dépasse les 250 000 selon les estimations de l’ONU, mais, d’après d’autres sources, le bilan s’élèverait à près de 500 000 victimes (470 000) et 1,2 million de blessés. Plus de 6,3 millions de personnes seraient déplacées à l’intérieur du pays, tandis que 4,9 millions sont officiellement enregistrés comme réfugiés.

    Sur le plan social et économique, les répercussions déjà considérables s’accentuent. L’absence d’accès durable aux soins de santé, à l’éducation, au logement et aux produits alimentaires aggrave les effets du conflit et précipite des millions de Syriens dans le chômage et la pauvreté. Par ailleurs, l’effondrement des recettes pétrolières et les perturbations commerciales liées au conflit pèsent lourd sur la balance des paiements, et entraînent l’épuisement rapide des réserves en devises.

    Évaluer l’impact de la crise syrienne

    Avant le déclenchement du conflit, le Groupe de la Banque mondiale apportait une assistance technique à la Syrie, ainsi que des services stratégiques et de conseil sur le développement du secteur privé, le développement humain, la protection sociale et la durabilité de l’environnement. En 2011, au début du conflit, toutes les activités et les missions opérationnelles de la Banque mondiale sur le terrain ont été suspendues. La Banque suit cependant l’évolution des conséquences de la guerre sur la population et l’économie syriennes. Elle entretient un dialogue régulier avec les instances de la communauté internationale concernées par le dossier syrien, dans la perspective de se préparer à soutenir les efforts de redressement au sortir du conflit. Elle a réalisé dernièrement une évaluation des dommages et des besoins dans les villes d’Alep, de Idlib et de Hama, ainsi qu’une analyse de l’impact économique et social du conflit sur la Syrie, qui a donné lieu à la publication d’un rapport intitulé Toll of war.

    La première évaluation, qui a reposé sur l’exploitation d’images satellites, l’analyse de contenus sur les réseaux sociaux ainsi que sur les données de partenaires ou du domaine public, a permis d’estimer le coût des dommages causés par la guerre à six secteurs dans trois agglomérations urbaines. En s’inspirant des travaux déjà menés dans d’autres pays en proie à un conflit, cette évaluation a recours à une approche fondée sur des éléments factuels pour quantifier les dégâts matériels causés aux infrastructures essentielles, déterminer l’impact du conflit sur la fourniture des services publics dans un ensemble représentatif de villes syriennes et dégager des tendances sur les formes de résilience locales.

    Le rapport Toll of War a évalué les conséquences économiques et sociales du conflit sur le pays tout entier, soit ses effets sur le capital humain et physique ainsi que sur le bien-être global de la population. Pour déterminer l’importance relative de ces impacts, il se penche sur leur ressort spécifique : destruction matérielle, perte de vies humaines, mobilité démographique et désorganisation économique. Le rapport est parvenu aux conclusions suivantes :

    • Le bilan humain du conflit (pertes en vies humaines et déplacements forcés) et les dommages causés aux facteurs de production comme à l’activité économique sont considérables. Les dégâts et les destructions qui portent sur les équipements concernent environ un tiers du parc immobilier, et la moitié des installations sanitaires et des établissements éducatifs. Les conséquences sur l’activité économique se chiffrent à une perte cumulée du PIB estimée à 226 milliards de dollars sur la période 2011-2016. 
    • Principal facteur de désorganisation économique, les perturbations causées par le conflit à l’économie (diminution de la connectivité, réduction des incitations à poursuivre un travail productif et désarticulation des circuits économiques et des chaînes d’approvisionnement) occasionnent une perte cumulée du PIB vingt fois plus importante que les dégâts matériels. Cette amplitude s’explique par la façon dont l’économie réagit à différents chocs. Une « destruction qui se limite aux équipements » peut s’apparenter à la survenue d’une catastrophe naturelle : dans une économie saine, l’impact sur l’investissement est limité (-22 %, après simulations), parce que les équipements peuvent être rapidement reconstruits et les effets jugulés. En revanche, la désorganisation économique réduit considérablement les investissements (-80 %, après simulations) et ses effets se propagent dans le temps.
    • Plus le conflit durera, plus le relèvement du pays sera ardu. Les répercussions induites par la détérioration de l’économie se font plus persistantes au fil du temps. Si le conflit prenait fin au cours de sa sixième année, le PIB pourrait se redresser d’environ 41 % par rapport à son niveau d’avant conflit en l’espace de quatre ans, avec des pertes cumulées équivalentes à 7,6 fois le niveau du PIB de 2010, au bout de 20 ans. En comparaison, le PIB ne se relèverait que de 28 % en 4 ans, si le conflit s’achevait dans sa dixième année, et les pertes cumulées s’établiraient à 13,2 fois le niveau du PIB de 2010 lors de la vingtième année. Des simulations montrent également que l’émigration pourrait doubler entre la 6e et la 20e année du conflit.

    Ces deux études mettent en évidence les concertations en cours entre la Banque et les Nations Unies, l’Union européenne et d’autres partenaires de développement, et fournissent un éclairage important sur l’état de l’économie, des infrastructures, des services publics et des institutions en Syrie. Elles ne permettent pas cependant d’avoir une vision suffisante des besoins auxquels il faudra répondre à l’issue du conflit.

    Aider les réfugiés syriens et les communautés d’accueil

    Les retombées de la crise syrienne sont considérables au Liban et en Jordanie, où, selon les estimations les plus basses, le nombre de réfugiés syriens représenterait 25 % et 10 % de la population des deux pays respectivement. Pour y faire face, la Banque mondiale s’est attachée à : i) conduire des travaux analytiques sur les conséquences sociales et économiques de cet afflux de réfugiés ; ii) accélérer la mise en place de projets destinés à venir en aide aux communautés d’accueil et aux réfugiés ; et iii) mobiliser un volume conséquent de dons auprès de ses partenaires bailleurs de fonds afin de soutenir les deux pays. 

    En collaboration avec un large éventail de partenaires et d’institutions financières internationales, la Banque a présidé à la création du Mécanisme mondial de financement concessionnel (GCFF), un dispositif conçu pour permettre aux pays à revenu intermédiaire confrontés à un afflux de réfugiés de faire face à leurs besoins de développement en leur offrant des conditions de financement plus avantageuses grâce à la combinaison des contributions recueillies auprès des pays donateurs et des prêts fournis par les banques multilatérales de développement.

    L’ensemble du programme et les projets en attente appuyés par la Banque mondiale qui ciblent directement les effets de la crise des réfugiés en Jordanie et au Liban représentent plus de 2 milliards de dollars, le plus souvent octroyés à des conditions concessionnelles. Ces projets portent sur l’emploi, les perspectives économiques, la santé, l’éducation et les infrastructures.

    La Banque mondiale administre également un fonds fiduciaire mis en place en 2014 pour apporter des financements sous forme de dons et destinés à atténuer l’impact de la crise syrienne au Liban. Financé par le Royaume-Uni, la France, la Norvège, la Finlande, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et le Danemark, ce fonds fiduciaire (LSCTF) a appuyé à ce jour des projets d’urgence dans les domaines tels que l’éducation, la santé et les services municipaux. 

    Il a également financé le programme national de ciblage de la pauvreté et les dispositifs envisagés par le Liban pour soutenir les réfugiés et les populations d’accueil vulnérables. En Jordanie, la Banque mondiale et ses partenaires de développement ont eu recours à des financements sous forme de dons pour appuyer le Programme de services d’urgence et de résilience sociale (ESSRP), qui vise à aider les municipalités et les communautés d’accueil à faire face à l’incidence de l’arrivée des réfugiés syriens depuis octobre 2013 sur la fourniture des services publics.

    Dernière mise à jour: 16 avr. 2018

  • En raison de la baisse du revenu national brut par habitant et de la hausse de la pauvreté dans le pays, le Groupe de la Banque mondiale a, en 2016, revu la catégorisation de la Syrie, pour classer le pays dans la catégorie des économies admises à bénéficier de l’aide de l’Association internationale de développement (IDA). Cette modification vient souligner l’ampleur des dommages infligés par la guerre à l’économie syrienne. 

    Il est par conséquent capital que la Banque et ses partenaires continuent de mieux cerner l’impact du conflit pour pouvoir être en mesure d’agir rapidement dès qu’ils pourront intervenir de nouveau dans le pays. Des travaux tels que les évaluations décrites ci-dessus, conjugués à un appui soutenu en faveur des pays d’accueil les plus touchés par la crise syrienne, sont autant d’éléments qui viennent nourrir le dialogue international sur l’avenir de la Syrie.

    Dernière mise à jour: 16 avr. 2018

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