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Le séisme de magnitude 7 qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a exacerbé les difficultés du pays — le plus pauvre du continent américain — et créé des besoins de reconstruction gigantesques.
Trois ans plus tard et malgré l’énormité de la tâche, les progrès accomplis sont remarquables, grâce à la mobilisation de la population et du gouvernement haïtiens, en partenariat avec des organisations de la société civile (OSC), le secteur privé et la communauté internationale.
- Environ 1,2 million de déplacés sur un total de 1,5 million ont pu quitter les camps pour être relogés. Les programmes de reconstruction s’emploient à remettre en état les habitations, construire des logements plus sûrs et réhabiliter les quartiers.
- Les 11 millions de mètres cubes de gravats à Port-au-Prince ont été évacués pour l’essentiel, et les rues de la capitale sont de nouveau praticables.
- De nombreuses écoles ont été reconstruites et le gouvernement s’est engagé à financer la scolarité de 900 000 enfants pour l’année scolaire 2012-2013, les donateurs assurant un accès gratuit aux six années du cycle primaire pour 230 000 autres écoliers. Dans le cadre d’un programme national de cantines scolaires, 2 millions d’enfants ont pu manger un repas chaud tous les jours.
Il reste cependant beaucoup à faire pour réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.
SITUATION POLITIQUE
Le pays connaît actuellement une situation politique relativement stable. Sous la houlette du Premier ministre Laurent Lamothe, le gouvernement tente d’accélérer ses programmes de reconstruction, de travailler « vite et bien » et de remédier aux lacunes endémiques dans les services publics. Les autorités misent sur le développement du secteur privé, avec notamment la campagne « Haiti is open for business », destinée à séduire les investisseurs étrangers et à mobiliser la diaspora. Elles s’attèlent aussi à l’extrême pauvreté, à travers une large concertation et des initiatives permettant d’assurer une couverture sociale aux plus pauvres.
ÉCONOMIE
Avec un PIB par habitant de 725 dollars en 2011, Haïti reste le pays le plus pauvre du continent américain et l’un des plus déshérités du monde. Les carences de services essentiels sont criantes. Plus de la moitié des 10 millions d’habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour et environ 80 % avec moins de 2 dollars. C’est aussi l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, avec un coefficient de Gini de 0,59 en 2001 (une nouvelle enquête auprès des ménages, en cours, permettra d’actualiser les statistiques de la pauvreté).
L’économie haïtienne se redresse depuis le séisme de janvier 2010. Après un recul de 5,4 % sur l’exercice 2009/2010, le PIB a gagné 5,6 % sur l’exercice suivant, tiré par les industries manufacturières, le bâtiment et les services, qui ont enregistré un net rebond après le tremblement de terre. La situation macroéconomique s’est stabilisée : les recettes publiques ont représenté 13,5 % du PIB sur l’exercice 2011/2012 (contre 11,9 % en 2009/2010), essentiellement grâce aux efforts soutenus de l’administration fiscale sur le front du recouvrement.
Mais le dynamisme de la reprise a ralenti en 2012. La croissance devrait marquer distinctement le pas en 2012, autour des 2 %, plombée par les effets conjugués de la sécheresse sur la production agricole, du renchérissement des denrées alimentaires et d’un ralentissement relatif dans le BTP et les transports, provoqué par des investissements publics moindres que prévu (l’approbation du budget ayant pris du retard). À ces facteurs sont en outre venus s’ajouter les dommages causés par les ouragans Isaac et Sandy.
La stratégie de la Banque mondiale s’efforce de répondre de manière équilibrée aux besoins de reconstruction et aux enjeux du développement économique à long terme. Les efforts de reconstruction portent sur deux grands axes : le logement (réaménagement des quartiers à travers l’amélioration des infrastructures locales pour faciliter le retour des personnes déplacées) et les subventions connexes ; et l’électricité (élargissement de l’accès et optimisation du service, renforcement de la gestion de l’entreprise publique et réduction des transferts de l’État).
Le Groupe de la Banque mondiale soutient par ailleurs les initiatives du gouvernement pour réduire la vulnérabilité de Haïti aux catastrophes naturelles, reconstruire des infrastructures indispensables, développer le capital humain, promouvoir une croissance sans exclus et décentralisée, et raffermir la gouvernance.
Les projets d’investissement en gestion des risques de catastrophe sont complétés par un recours stratégique aux ressources fiduciaires (Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement - GFDRR), qui a permis d’entreprendre, à la suite du séisme, un travail sur les normes de construction et une évaluation de la multiplicité des risques. La Banque mondiale finance également le développement du capital humain à travers le paiement des droits de scolarité et des programmes de cantines scolaires. Elle mobilise par ailleurs les ressources d’un fonds fiduciaire pour des travaux sur la nutrition ainsi que pour un projet pilote de constitution d’un réseau d’agents communautaires chargés d’orienter les ménages vulnérables des zones reculées vers des structures médicales et de soins subventionnées.
Pour relancer l’économie et la croissance sans faire d’exclus et tout en favorisant la décentralisation, la Banque mondiale finance l’amélioration des services publics agricoles afin d’augmenter les rendements et les revenus de la population rurale, et soutient les infrastructures rurales de petite taille selon une approche communautaire. Elle investit aussi dans des pôles de croissance régionale et intervient en concertation avec la Société financière internationale (IFC) pour améliorer l’environnement des affaires et créer des emplois.
Par le biais de l’appui budgétaire, la Banque mondiale a aidé le gouvernement à combler son déficit et à réformer la gestion de ses finances, augmentant ce faisant la transparence et l’efficience des dépenses publiques.
L’amélioration de la gouvernance et le renforcement des capacités institutionnelles constituent un axe transversal du programme de la Banque mondiale à Haïti. Tous les projets entrepris s’attachent en effet à affermir le rôle de l’État, et notamment à renforcer ses capacités afin qu’il soit en mesure d’instaurer des politiques publiques efficaces et de fournir des services à la population. Le programme de la Banque sert également cet objectif en faisant transiter la totalité de ses financements par le gouvernement haïtien.
À la suite du séisme de 2010, l’Association internationale de développement (IDA) — l’institution de la Banque mondiale qui vient en aide aux pays les plus pauvres — a affecté un don de 500 millions de dollars à Haïti pour la période 2012/2014, au titre de son mécanisme de riposte aux crises. Le Conseil des Administrateurs de la Banque mondiale a par ailleurs approuvé le 27 septembre 2012 la deuxième note de stratégie intermédiaire 2013/2014 pour Haïti, programmant l’octroi de 245 millions de dollars de dons. Cette deuxième note de stratégie complète la précédente, approuvée pour l’année civile 2012 et dotée d’une enveloppe de 255 millions de dollars.
Dans ce cadre, le Conseil des Administrateurs a également approuvé le financement de deux projets, à hauteur de 125 millions d’euros : le projet d’amélioration de l’accès à l’énergie et de reconstruction des infrastructures énergétiques (90 millions) permettra d’élargir l’accès à l’électricité et d’améliorer la viabilité commerciale de ce secteur tandis que le financement additionnel pour le projet de relèvement d’urgence des infrastructures et des institutions (35 millions) soutiendra le développement d’infrastructures essentielles et renforcera la gestion des finances publiques.
Décaissements
Le portefeuille de la Banque mondiale pour Haïti comprend 15 projets, pour un engagement total de 635,7 millions de dollars, dont 230,1 millions ont déjà été décaissés. Depuis le tremblement de terre, la Banque mondiale a versé en moyenne 8,3 millions de dollars par mois et le taux de décaissement — de 11,1 % — est supérieur à la moyenne régionale (de 6,5 %).
Appui au secteur privé
Plusieurs types de difficultés contribuent à entraver le climat de l’investissement à Haïti, et notamment l’environnement des affaires, la disponibilité de terrains et les droits fonciers, l’accès aux infrastructures essentielles, les services financiers et logistiques, ainsi que la disponibilité de compétences.
La stratégie poursuivie par l’IFC à Haïti est double :
Agir rapidement pour créer des emplois, élargir l’accès aux infrastructures essentielles et offrir des possibilités de revenu en procédant à des investissements qui montreront à d’autres acteurs qu’Haïti est bel et bien « ouvert aux affaires » en dépit des entraves existantes ;
Appuyer le développement d’une économie viable et inclusive grâce à des activités de conseil qui aident à relever les défis du climat de l’investissement et à créer un environnement plus favorable pour les investisseurs et les micro-, petites et moyennes entreprises (MPME).
Depuis le séisme de janvier 2010, l’IFC a lancé six nouveaux projets d’investissement pour Haïti et sensiblement renforcé ses activités de conseil. À ce jour, son portefeuille s’élève à 55 millions de dollars, dont 15 millions levés auprès d’autres organisations.
La dernière transaction en date est un investissement de 10 millions de dollars dans le fonds haïtien Leopard Capital, destiné à soutenir les PME, vitales pour créer des emplois, dans la construction de logements sociaux ou à loyer modéré, le BTP, l’agro-industrie et l’hôtellerie. C’est la première opération de capital investissement de l’IFC sur l’île.
L’IFC a également mis sur pied le plus important investissement direct étranger depuis le séisme, à savoir un investissement de 100 millions de dollars de l’opérateur vietnamien Viettel dans l’entreprise haïtienne TELECO destiné à moderniser le réseau de télécommunications du pays.
Globalement, les projets d’investissement et de conseil entrepris par l’IFC contribuent à créer 5 000 nouveaux emplois et à en préserver 5 000.
Le fonds de reconstruction de Haïti (FRH)
Le FRH est devenu la principale source de financement flexible pour la reconstruction. Ce fonds multidonateurs est administré par la Banque mondiale qui en assure aussi le secrétariat. Depuis sa création en juin 2010, le FRH a mobilisé 14 % de tous les moyens financiers affectés à la reconstruction (396 millions de dollars), dont 274 millions ont été alloués à 17 activités demandées par le gouvernement. Les projets financés sont évalués et contrôlés par l’une des quatre entités partenaires (Banque interaméricaine de développement [BID], IFC, ONU et Banque mondiale) et 89 % des allocations décidées à ce jour sont exécutées par des agences gouvernementales. Le portefeuille total du FRH se chiffre à 551 millions de dollars, chaque dollar investi par le fonds correspondant à un dollar de cofinancement.
Les activités financées par le FRH commencent à porter leurs fruits. Ainsi, 11 000 familles ont pu quitter la cinquantaine de camps montés à la suite du tremblement de terre et regagner leurs quartiers d’origine ; 720 000 mètres cubes de décombres ont été évacués dans des zones difficiles d’accès ; 105 000 élèves ont reçu des bourses d’étude ; plus de 19 000 emplois ont été créés dans les communautés touchées ; plus de 250 PME ont obtenu des crédits pour redémarrer leur activité, et 14 abris d’évacuation d’urgence ont été construits ou rénovés.
Dans le sillage immédiat du séisme:
- l’aide de la Banque mondiale a permis au pays d’acquérir des équipements et matériels pour les bureaux du ministère de l’Économie et des Finances et le Bureau des Contributions (plus de 500 agents) de sorte que les institutions ont pu verser les salaires des fonctionnaires, percevoir les recettes fiscales et poursuivre leurs efforts de gouvernance économique.
- La Banque mondiale a également contribué à la mise en place de la première décharge de débris conforme aux mesures de protection environnementale et sociale à Haïti, avec une capacité suffisante pour traiter les débris et décombres provenant de Port-au-Prince après le tremblement de terre.
- Elle a par ailleurs aidé à l’évaluation de l'état de 400 000 bâtiments à Port-au-Prince, ainsi qu’à l’élaboration et la diffusion de codes de construction pour la reconstruction de logements et des bâtiments publics.
Depuis le séisme:
- la Banque mondiale a aussi financé la scolarité de 290 000 écoliers du primaire, 70 000 repas par jour et des subventions compensatoires pour 2 824 établissements dans les régions touchées.
- Elle a touché plus de 1,5 million de Haïtiens à travers un programme ciblé d’éducation et de prévention sur le choléra, l’hygiène et la santé ; fourni du personnel et/ou du matériel à plus de 100 centres de traitement du choléra et postes de réhydratation orale ; et formé plus 4 000 agents de santé et d’hygiène et autre personnel médical.
- Elle a participé à la remise en état de la route entre Port-au-Prince et Jacmel, permettant à 500 000 Haïtiens de ne plus être coupés de la capitale.
- Elle a contribué à la réalisation de six systèmes d’approvisionnement en eau desservant 37 000 personnes dans des communautés rurales.
- Elle a financé la création de 25 000 emplois de court terme dans le cadre de programmes « argent contre travail » portant notamment sur le nettoyage des canaux à Port-au-Prince, crucial pour éviter l’inondation de l’un des plus grands camps de réfugiés (celui de Champ-de-Mars) pendant la saison des ouragans.
- Elle soutient la réinstallation de plus de 60 000 personnes dans des logements plus sûrs, par le biais de subventions ad hoc. Elle œuvre au confort de 125 000 habitants en réaménageant les quartiers (élargissement des routes, amélioration de l’éclairage public et consolidation des ravins).
Les projets de l’IFC contribuent à procurer près de 10 000 emplois, dont 4 000 concernent des femmes. Grâce à ses activités d’investissement ou de conseil, l’IFC a permis de créer 5 000 emplois depuis janvier 2010. La centrale électrique E-Power alimente 3,3 millions de clients.
Depuis janvier 2010, les services de conseil de l’IFC ont soutenu l’octroi de 450 prêts à des MPME dont le montant total s’élève à 14 millions de dollars. Dans le cadre de ce projet, le client de l’IFC (Sogebank) continue d’étoffer son portefeuille, avec 337 prêts à des MPME qui représentaient 6,5 millions de dollars en juin 2012.
Haïti : Volume des financements (millions de dollars)