Haïti Présentation

Cinq ans après le séisme de magnitude 7 qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010,  Haïti est passé de la phase de relèvement au développement de long-terme, et continue d’améliorer les infrastructures et les institutions, travaille à augmenter l’accès à la santé et à d’autres services sociaux, et à stimuler les investissements.

Malgré l’immensité de la tâche, les progrès accomplis sont remarquables, grâce à la mobilisation de la population et du gouvernement haïtien, en partenariat avec des organisations de la société civile, le secteur privé et la communauté internationale.

  • Sur un total de 1,5 million, plus d’1,4 million de déplacés ont pu quitter les camps pour être relogés. Les programmes de reconstruction s’emploient à remettre en état les habitations, à construire des logements plus sûrs et à réhabiliter les infrastructures de quartiers.
  • Les enfants haïtiens bénéficient d'un meilleur accès à l’éducation primaire qui a connu une augmentation de  78 à 90 % du taux de participation des enfants en âge d’être scolarisés.  Cependant, la qualité de l'éducation et l’apprentissage reste faible. Seul un tiers de tous les enfants âgés de 14 ans sont inscrits dans la classe correspondante à leur âge.
  • Haïti a accompli des progrès dans le contrôle de l’épidémie de choléra depuis son apparition en 2010 - le nombre de cas ayant diminué d’une moyenne mensuelle supérieure  à 35 000 cas en 2011 à environ 2 2200 cas par mois en 2014. Cependant le choléra reste une menace et les maladies d'origine hydrique demeurent l'une des principales causes de mortalité infantile et juvénile
  • Le gouvernement a également pris des mesures pour lutter contre l'extrême pauvreté en Haïti en lançant des initiatives de protection sociale pour les plus pauvres. Cependant, la durabilité, le ciblage et la couverture de protection sociale demeurent des défis importants. Seulement 8 pour cent de la population haïtienne a reçu des prestations d'aide sociale à caractère non contributif en 2012, telles que les bourses, l'aide alimentaire, et les autres transferts.

Il reste cependant beaucoup à faire pour réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.

Situation politique

Au cours des dernières années, la situation politique a été relativement stable. Ayant été élu en 2011, un an après le tremblement de terre de 2010, le mandat du Président Michel Martelly fini dans moins d’un an. Toutefois la tension politique due aux retards dans la tenue d'élections parlementaires et municipales a conduit à la démission de l'ancien Premier Ministre Lamothe en Décembre 2014, qui avait dirigé le gouvernement pendant plus de deux ans et demi. Depuis janvier 2015, le mandat de la majorité  des parlementaires ont expiré et, sans possibilité de quorum, le parlement ne fonctionne plus. En conséquence, le Président Martelly est laissé à gouverner le pays par décret avec un gouvernement intérimaire.

Cependant, avec la publication du calendrier électoral pour les élections municipales, parlementaires, présidentielles, commençant au mois d’août 2015 et se terminant au début de 2016, la crise semble diminuer en intensité. Selon le dernier rapport du Secrétaire général de l'ONU sur la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti, le pays a fait des «gains mesurables vers la tenue d'élections attendues depuis longtemps d’cii fin 2015, malgré la persistante « incertitude » causée par l'absence de parlement fonctionnel. » Les principaux partis politiques se sont inscrits pour participer au processus.

Économie

L’économie haïtienne se redresse depuis le séisme de janvier 2010. Si la croissance demeure modeste, la stabilité macroéconomique a été préservée et l’inflation reste sous contrôle. Cette performance a été possible malgré un environnement international défavorable, une succession d’ouragans et de tempêtes tropicales comme Isaac et Sandy, d’épisodes de sécheresse et d’invasions de parasites agricoles.

La croissance économique est estimée à 2.7%% pour l’exercice 2014, à la baisse par rapport aux 4.3% observés en 2013. Ce fort ralentissement en 2014 s’explique par les délais dans l’approbation du budget national et des conditions météorologiques adverses qui ont affecté la production agricole.

Un des grands défis pour Haïti sera de gérer la diminution substantielle de l’aide des bailleurs de fonds. Ayant diminué au cours de ces trois dernières années, la tendance devrait se poursuivre à l'avenir. Cela aura probablement pour effet de limiter les investissements en capital d'Haïti, ce qui rend plus urgent pour le gouvernement d'utiliser les ressources internes et externes plus efficacement.

Haïti reste le pays le plus pauvre du continent américain et l’un des plus déshérités du monde (avec un PNB par habitant de 846 dollars en 2014), et souffre de carences importantes dans les services essentiels. D’après la dernière enquête sur les ménages (ECWAS 2012), plus de 6 sur 10,4 millions d’Haïtiens (59%) vivent sous le seuil de pauvreté de 2.44 dollars par jour et plus de 2.5 millions (24%) vit sous le seuil de pauvreté extrême d’ 1.24 dollar par jour. C’est aussi l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, avec un coefficient de Gini de 0,61 en 2012.

La stratégie de la Banque mondiale s’efforce de répondre de manière équilibrée aux besoins de reconstruction et aux enjeux du développement économique à long terme. La reconstruction privilégie deux grands axes : le logement et l’électricité.  Au-delà de la reconstruction, le Groupe de la Banque mondiale appuie les initiatives du gouvernement destinées à atténuer la vulnérabilité de Haïti aux catastrophes naturelles, à reconstruire l’infrastructure indispensable, à développer le capital humain, à promouvoir une croissance inclusive et décentralisée et à renforcer la gouvernance.

Pour le logement, l’approche de la reconstruction quartier par quartier utilisée vise à améliorer l’infrastructure, à remettre les logements en état, à reconstruire et à subventionner les loyers de manière à faciliter le retour chez elles des personnes déplacées. Dans le secteur de l’électricité, l’aide est centrée sur l’élargissement de l’accès et la qualité du service, sur le renforcement de la gestion de l’entreprise publique et sur la réduction à terme des transferts de l’État.

Les projets d’investissement dans la gestion des risques de désastres, qui améliorent la capacité de réaction de l’ensemble du pays face aux catastrophes et renforcent la résilience des infrastructures de transport critiques, sont complétées par un recours stratégique aux ressources fiduciaires : le Dispositif mondial de réduction des effets des catastrophes et de relèvement - GFDRR a permis, à la suite du séisme, d’élaborer des codes de construction pour les bâtiments publics et de procéder à l’évaluation des risques selon une approche multi-aléas.

Pour favoriser le renforcement du capital humain, la Banque mondiale finance également des programmes d’exonération des frais de scolarité et de cantine scolaire pour les enfants des écoles primaires, ainsi que l’amélioration de la qualité de l’enseignement et la gestion publique du secteur de l'éducation largement privée. Elle appuie aussi des services de santé destinés aux mères et aux enfants de moins de 5 ans, des services chargés d’orienter les personnes vers les établissements de soins adéquats et les exonérations des frais de santé pour les personnes vulnérables vivant dans des zones reculées, des campagnes de sensibilisation/prévention  et traitement du choléra, ainsi que l’amélioration de l’accès à l’eau et l’assainissement.

Pour relancer l’économie de manière à concilier croissance inclusive et décentralisation, la Banque mondiale finance l’amélioration des services publics agricoles, y compris des subventions afin d’augmenter les rendements et les revenus de la population rurale, et soutient l’infrastructure rurale à petite échelle selon une approche communautaire. Elle investit aussi dans des pôles de croissance régionale et collabore étroitement avec la Société financière internationale (IFC) pour améliorer l’environnement des affaires, accroître l'accès au financement pour les PME, et soutenir la création d’emplois.

Par le biais de l’appui budgétaire, la Banque mondiale a aidé le pays à combler son déficit budgétaire et contribue aux efforts de réforme de la gestion des finances publiques, renforçant ce faisant la transparence et l’efficience des dépenses publiques.

L’amélioration de la gouvernance et le renforcement des capacités institutionnelles constituent un axe transversal du programme de la Banque mondiale en Haïti. Tous les projets s’attachent en effet à affermir le rôle des institutions de l’État, et notamment à renforcer leurs capacités afin qu’elles soient en mesure d’instaurer des politiques publiques efficaces et de fournir des services à la population. Le programme de la Banque sert également cet objectif en faisant transiter la totalité de ses financements par le gouvernement haïtien.

À la suite du séisme de 2010, l’Association internationale de développement (IDA) — l’institution de la Banque mondiale qui vient en aide aux pays les plus pauvres — a attribué  à Haïti un don exceptionnel de 500 millions de dollars, le don le plus élevé que la Banque mondiale ait jamais  alloué à Haïti. La somme totale est déjà à la disposition du gouvernement sous la forme de projets en cours.

Décaissements

Le portefeuille de la Banque mondiale en Haïti comprend 15 projets, pour un engagement total de 798.2M millions de dollars, soit l’engagement le plus important de la Banque mondiale en Haïti. Le programme finance un projet du gouvernement dans des domaines tels que la gestion des risques de catastrophe, le logement, l'électricité, les infrastructures de transport, l'eau et l'assainissement, l'agriculture, l'éducation, la santé, le développement régional, la croissance du secteur privé, et la gestion des finances publiques. La Banque est le troisième donateur en Haïti, derrière le gouvernement des États-Unis et la BID.

En mars 2015, le portefeuille de la Banque mondiale en Haïti, 322.45 millions ont été déboursés. Au cours de l’année fiscale 2014, les décaissements ont totalisé 120 millions de dollars, et des décaissements supplémentaires de 80 millions de dollars sont attendus au cours de l’année fiscale 2015. Par ailleurs, la Banque mondiale fournit 3.73 millions de dollars en assistance technique et l'analyse économique et sectorielles.

Appui au secteur privé

Le climat d'investissement en Haïti est peu propice en raison d’un certain nombre de défis, parmi lesquels l'environnement des affaires, la pénurie de terrains disponibles et le régime foncier, l'accès aux infrastructures de base, les problèmes d’accès à l’infrastructure de base et aux services financiers et logistiques, ainsi que le manque de compétences. Les ressources de l'IDA financent le tourisme dans le Nord, le transport et les infrastructures de marché dans les régions du Centre et de l'Artibonite, le développement des chaînes de valeur régionales dans chacun des 10 départements et une assistance technique sur l'inclusion financière. En plus de l'IDA, le Groupe de la Banque mondiale s'engage dans le secteur privé d'Haïti à travers un portefeuille actif de l’IFC.

La stratégie poursuivie par l’IFC à Haïti est double :

Agir rapidement pour créer des emplois, élargir l’accès à l’infrastructure de base et offrir des possibilités de revenu en procédant à des investissements catalytiques malgré les obstacles;

Appuyer le développement d’une économie viable et inclusive grâce à des programmes de conseil qui aident à surmonter les défis et à créer un environnement plus favorable pour les investisseurs et les micro-, petites et moyennes entreprises (MPME).

Depuis le séisme de janvier 2010, l’IFC a lancé sept nouveaux projets d’investissement pour Haïti et sensiblement renforcé ses activités de conseil. À ce jour, son portefeuille s’élève à 113 millions de dollars, dont 24 millions sont mobilisés auprès d’autres partenaires. IFC a soutenu la plupart des projets phares du secteur privé en Haïti avant et après le tremblement de terre ; Ensemble, les projets d’investissement et de conseil de l’IFC ont contribué à créer 5 000 emplois et à en préserver 5 000 autres.

Les services de conseil de l’IFC en Haïti ont appuyé la formation de près de 3 000 entrepreneurs et dirigeants (dont 45 % de femmes) par l’intermédiaire de son partenaire, la SOFIHDES.

MiCRO, un projet des services de conseil de l’IFC, permet d’assurer 60 000  micro-entrepreneurs contre les catastrophes naturelles.

Immédiatement après le séisme :

  • La Banque a aidé à l’évaluation de l'état de 450 000 bâtiments à Port-au-Prince, ainsi qu’à l’élaboration et à la diffusion de codes de construction pour la reconstruction des logements et des bâtiments publics ;
  • Elle a financé la création de 25 000 emplois à court terme dans le cadre de programmes « argent contre travail » portant notamment sur le tri des débris et sur le nettoyage des canaux à Port-au-Prince, travail crucial pour éviter l’inondation de l’un des plus grands camps de réfugiés (celui de Champ-de-Mars) pendant la saison des ouragans ;
  • La Banque mondiale a financé des locaux et des équipements et matériels pour le Ministère de l’Économie et des Finances et la Direction Générale des impôts (500 agents) de sorte que les institutions ont pu verser les salaires des fonctionnaires, percevoir les recettes fiscales et poursuivre leurs efforts de gouvernance économique ;
  • La Banque mondiale a contribué à la mise en place de la première décharge de débris conforme aux normes de protection environnementale et sociale à Haïti, dotée d’une capacité suffisante pour traiter les débris et décombres provenant de Port-au-Prince, où le séisme s’était concentré.

Depuis le séisme :

  • Au cours des quatre dernières années, la Banque mondiale a aussi financé des exemptions de frais de scolarités pour 290 000 écoliers du primaire, environ 237 000 repas quotidiens pour plus de 81 000 étudiants par jour et des indemnités de compensation ponctuelle pour 2 824 établissements, permettant ainsi à ces écoles de ré-ouvrir après le séisme de 2010 ;
  • Elle  a financé des subventions au loyer pour permettre à plus de 50 000 personnes de quitter les camps et se reloger dans des habitations plus sûres ;
  • Amélioration en cours de l’infrastructure dans les quartiers affectés par le séisme à travers des routes plus larges, de meilleurs éclairages, et des berges renforcées pour 300 000 personnes ;
  • Reconstruction ou réparation de maisons pour 12 000 personnes ;
  • Traitement et formation à la prévention contre le choléra de plus de 3 millions de personnes et fourniture de produits de traitement de l’eau et/ou du savon à près de 600 000 personnes ;
  • Apport en personnel et/ou du matériel à plus de 200 centres de traitement du choléra et postes de réhydratation orale et formation de plus de 6 000 agents de santé et d’hygiène et autre personnel médical ;
  • Amélioration de l’accès à l’eau potable pour 60 000 habitants dans le sud d’Haïti ;
  • Remise  en état de la route reliant Port-au-Prince et Jacmel, permettant à un demi-million de Haïtiens dans le Sud d’Haïti de rester connectés à la capitale ;

Société Financière Internationale

  • Codevi, une entreprise de fabrication de vêtements, est l’un des plus grands employeurs du secteur privé en Haïti, avec près de de 7 000 travailleurs et 2000 de plus devraient être engagés dans les trois ans à venir. Environ 30 000 personnes dans la ville Ouanaminthe située au nord d’Haïti, où se trouve Codevi, tirent leurs moyens de subsistance des emplois indirects liés aux activités de l'entreprise ;
  • La centrale électrique E-Power a augmenté sa capacité de production de 35 % dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince ; la compagnie génère de l’électricité pour 1.59 millions de clients.
  • Teleco, la compagnie de téléphone nationale perdait US$ 1 million par mois et servait à peine 20 000 clients. NATCOM , un partenariat public -privé appuyé par IFC , sert maintenant environ 1,7 millions d'abonnés et devrait générer environ US$ 200 millions en recettes fiscales pour le gouvernement en cinq ans ; 
  • Près de 3000 entrepreneurs et gestionnaires ont reçu une formation d'entreprise à travers son partenaire SOFIHDES ;
  • Environ 60 000  micro-entrepreneurs à faible revenus sont assurés contre les catastrophes naturelles grâce au partenariat IFC/Micro/Fonkoze.  Cela permet de protéger leurs moyens de subsistance contre les risques liés aux conditions météorologiques et les catastrophes naturelles.

Le Fonds de reconstruction d’Haïti (FRH)

À la demande des autorités haïtiennes, la Banque mondiale a créé le Fonds de reconstruction d’Haïti (FRH) en mars 2010, en partenariat avec la Banque interaméricaine de développement, les Nations Unies et 19 bailleurs de fonds. Le FRH est devenu la principale source de financement flexible pour la reconstruction. La Banque mondiale est l’administrateur du fonds, en assure le secrétariat et supervise certaines des activités qu’il finance. Les contributions au FRH totalisent 396 millions de dollars, dont 386 millions ont  été reçus au mois de juin 2014. Depuis que le fonds est entré en service, en juin 2010, 342.3 millions de dollars ont été alloués à 25 projets portant sur les problèmes post-séisme tels que la gestion des débris, la relocalisation et le logement de personnes déplacées, la réhabilitation des infrastructures publiques et des places, la gestion des risques de  désastres ainsi que sur le développement à moyen et long terme tels que l'éducation, l'énergie et le développement du secteur privé.

Les activités financées FRH ont aidé le gouvernement à obtenir des résultats, y compris:

  • Retrait de plus de 900.000 mètres cubes de débris dans les quartiers urbains ;
  • Réparation et la reconstruction de près de 2.600 maisons ;
  • Facilitation de la fermeture de plus de 50 camps et l’offre des solutions de logement pour plus de 24 000 ménages déplacés ;
  • Environ 4500 emplois créés dans le cadre de la réhabilitation des routes et la reconstruction maisons ;
  • Mise en place de 12 centres de ressources communautaires pour faciliter la planification, la coordination et le partage d'informations sur le développement local et la reconstruction ;
  • Distribution de plus de 14 000 kits de fournitures scolaires, 24 000 uniformes scolaires et 76 000 manuels scolaires dans tout le pays ;
  • Formation de plus de 900 enseignants.

FINANCEMENTS

Haïti: Engagements par exercice (en millions de dollars)*

*Les montants comprennent les engagements de la BIRD et de l’IDA