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La force de l’Éléphant : pour que la croissance ivoirienne génère plus d’emplois de qualité
Dernier numéro: 
  • Décembre 2015


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La majorité de la population ivoirienne travaille, mais peine à trouver des emplois à des salaires convenables sur le long terme. Les Ivoiriens gagnent en moyenne 120 000 francs CFA, soit 200 dollars par mois, revenu inférieur à la moyenne du continent africain.


LES POINTS MARQUANTS
  • Avec près de 9 % de croissance économique en 2015, la Côte d'Ivoire se classe parmi les pays les plus dynamiques du continent africain.
  • Ses perspectives économiques devraient rester bien orientées à court et moyen termes, à condition que l’environnement extérieur demeure favorable et que les autorités maîtrisent les risques liés à leur politique d'investissement ambitieuse.
  • La Côte d'Ivoire doit désormais rendre cette croissance plus équitable, en garantissant des emplois de qualité à la majorité de sa population.

ABIDJAN, 17 décembre 2015—L’économie ivoirienne est restée dynamique en 2015. La croissance s’est maintenue autour de 9 %, soutenue par les investissements publics et privés ainsi que par l'essor rapide du bâtiment et des travaux publics (BTP), des transports et de la finance. Celui qui visite Abidjan perçoit clairement cette transformation à la vue du nombre impressionnant de grues, de voitures et de banques. Mais la Côte d'Ivoire doit désormais relever le défi d’une croissance partagée. Car jusqu'ici, cette bonne performance ne s’est pas traduite par une baisse significative du taux de pauvreté ou par une augmentation des revenus de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté. Et les écarts de revenus entre les pauvres et le reste de la population demeurent élevés. Tel est le principal constat dressé par le nouveau rapport sur la situation économique de la Côte d’Ivoire publié cette semaine par la Banque mondiale.

Dans cet ouvrage intitulé La force de l’éléphant, pour que sa croissance génère plus d’emplois de qualité, les économistes de la Banque mondiale préconisent de promouvoir la productivité dans les trois grandes catégories d'emplois, à savoir le travail indépendant, l’emploi salarié et l’emploi agricole. 


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Des emplois de qualités avec des salaires convenables sont essentiels pour combler l’écart entre les riches et les pauvres en Côte d’Ivoire.


 « Le principal défi économique de la Côte d'Ivoire est de générer une croissance économique partagée, qui garantisse une progression des revenus de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté et une réduction des écarts de revenus entre les pauvres et non pauvres. Or, la croissance rapide de ces dernières années ne s'est pas encore traduite par une baisse significative de la pauvreté », note Jacques Morisset, économiste en chef à la Banque mondiale, et co-auteur du rapport. Les raisons ? Elles sont multiples selon le rapport, mais ce phénomène tient essentiellement au manque d'emplois de qualité, en particulier pour la majorité des Ivoiriens travailleurs indépendants ou employés dans une entreprise familiale sans perspectives de développement de carrière.

Des emplois ? Oui, mais peu productifs !

Selon le rapport, le secteur extractif, la finance et la communication contribuent fortement à la croissance économique. Cependant, ils génèrent peu d’emplois et ont peu d’effets directs  sur la vaste majorité des ménages ivoiriens. Et avant 2014-2015, l’agriculture a été moins performante que les autres secteurs, alors qu’elle emploie la majorité des pauvres. La récente embellie de ce secteur devrait entraîner une diminution importante de la pauvreté en milieu rural grâce notamment à la hausse de 17 % du prix bord-champ du cacao en octobre 2015. Les prix restent cependant tributaires des marchés internationaux dont les fluctuations continueront de peser sur  les conditions de vie des producteurs.

La population en âge de travailler est nombreuse et exerce dans sa grande majorité une activité. Ainsi, 93 % de la population active déclarent avoir un emploi, et seulement 7 % sont au chômage. Le chômage demeure très faible si on le compare aux taux enregistrés dans les pays industrialisés, mais les jeunes diplômés en sont les principales victimes. Ce taux  de chômage relativement faible s’explique pour partie par l’utilisation de catégories statistiques qui ne sont pas adaptées à la réalité des pays africains. Il tient aussi au fait que le chômage est un « luxe » que peu d’Africains peuvent se permettre. Ces derniers doivent gagner leur vie, même avec des petits boulots précaires, les assurances-chômages n’existant pas sur ce continent.

La principale difficulté pour un travailleur ivoirien n’est pas tant de trouver un emploi que de sécuriser un emploi de qualité. En effet, la plupart des Ivoiriens travaillent de nombreuses heures sans obtenir un revenu leur permettant de vivre décemment. Le revenu moyen par travailleur est d’environ 97 266 francs CFA soit seulement 197 dollars par mois, ce qui est inférieur à la moyenne du continent africain. Il est à noter que ce revenu moyen a peu augmenté au cours de la dernière décennie en raison de la forte croissance démographique et de la relative atonie de l’économie ivoirienne jusqu’en 2011. La reprise économique a permis d’améliorer les revenus dès 2012. Cette évolution positive devrait se poursuivre jusqu’en 2015 même si les données ne sont pas encore disponibles.

Des pistes pour l’avenir

En s’appuyant sur l’exemple d’autres pays, le rapport réfléchit à la manière dont la Côte d'Ivoire pourrait garantir des emplois de qualité à sa population active qui devrait doubler au cours des 15 prochaines années. Il prône une transformation structurelle du marché du travail avec un transfert graduel des travailleurs vers des emplois non-agricoles. Ce serait une bonne nouvelle pour la majorité des Ivoiriens, puisque, les rémunérations des indépendants et des employés non-agricoles sont en général plus élevées. Pour réussir cette transformation, la productivité devrait être stimulée dans les trois catégories d'emplois suivantes par diverses actions:

  • Le travail indépendant: sécuriser l'espace professionnel par des contrats simples; soutenir les jeunes entrepreneurs, y compris les femmes, en associant programmes de formation et  octroi de micro-crédits.
  • L’emploi salarié: encourager la création d'entreprises et le passage au secteur formel par une simplification des procédures administratives ; faciliter l'accès au crédit en informant davantage et en créant des instruments innovants; favoriser l'apprentissage et la formation continue en développant des partenariats entre les pouvoirs publics et le patronat.
  • L’emploi agricole: encourager la commercialisation des produits de l'agriculture en permettant l'émergence d'économies d'échelle pour les petits agriculteurs ; faciliter la mise en réseau communautaire et les partenariats le long de la chaîne de valeur; promouvoir l'accès et l'utilisation de nouvelles technologies par les exploitants agricoles de manière à réduire leurs coûts de production et de transaction.

Destiné également au grand public, ce rapport fournit des exemples de bonnes pratiques tirées d’expériences réussies dans d’autres pays qui pourraient guider la Côte d’Ivoire. Il recommande en particulier la mise en œuvre urgente d'une politique globale de l'emploi. Pour atteindre son objectif d’émergence économique dans les meilleurs délais, le pays doit accroître la productivité de sa population active en favorisant le transfert de travailleurs vers les secteurs les plus productifs de son économie, et en générant des gains de productivité dans les secteurs qui continueront d’employer la majorité des travailleurs ivoiriens.


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