01 décembre 2017

Vers un monde climato-intelligent : 12 champs d’action pour un avenir résilient

Des vents d’une violence extrême ont arraché le toit de la maison de Rai Tabusoro. L'homme de 43 ans a sauvé la vie de sa mère âgée en la mettant à l’abri dans une salle de bains en béton, et secouru une femme enceinte en la portant jusqu’à un lieu sûr.

Dans le même village, Asmita Kamal, une enseignante de 24 ans, s’est réfugiée sous une table avec sa grand-mère, tandis que le reste de la famille était sous un lit. Malgré tous leurs efforts pour protéger leur maison, les vents ont presque tout emporté.

C’était en février 2016, aux Fidji, dans la province de Ra, là où le cyclone Winston a d’abord touché terre, avec une puissance de catégorie 5, rasant des localités entières. Ce cyclone — le plus puissant que l’hémisphère Sud ait jamais connu — a causé la mort de 44 personnes et touché 62 % de la population de l’archipel, faisant des centaines de blessés et 131 000 sinistrés. Les dégâts se chiffrent à 2 milliards de dollars fidjiens, soit 20 % du PIB.

Winston est une illustration tragique des nouvelles menaces auxquelles les populations locales doivent désormais faire face et qui ont pour facteur commun le changement climatique. 

La situation ne s’est guère améliorée au cours de l’année 2017, qui a vu les catastrophes climatiques se succéder. Des ouragans d’une violence inédite ont emporté des vies et détruit des infrastructures dans plusieurs États insulaires des Caraïbes, ainsi que dans des villes et grandes agglomérations du Sud des États-Unis. Où qu’elles frappent, les catastrophes naturelles laissent bien plus qu’un champ de ruines : elles condamnent plus que jamais à la pauvreté les populations concernées. Car les pauvres ont davantage tendance à vivre dans des habitations précaires situées dans des zones sujettes aux catastrophes et à travailler dans des secteurs éminemment exposés aux phénomènes climatiques extrêmes, comme l’agriculture et l’élevage. Les conséquences d’une tempête, d’une inondation, d’une sécheresse ou d’un tremblement de terre sont plus de deux fois plus graves pour les pauvres que pour le reste de la population.

C’est la raison pour laquelle la lutte contre le changement climatique est devenue un enjeu critique pour le développement dans le monde entier, et qu’il est urgent d’agir à la fois pour réduire les émissions de CO2 qui sont à l’origine du réchauffement planétaire et pour

« Nous avons tout perdu. Le lendemain, le soleil brillait comme s’il ne s’était rien passé. On aurait dit qu’une bombe avait explosé dans le village : il ne restait plus rien, pas même quelques vêtements. J’ai réuni les habitants, tout le monde pleurait.  »
Raivolita « Rai » Tabusoro
Ancien chef du village de Nabukadra

L’accord de Paris

Il y a deux ans, plus de 180 pays se réunissaient à Paris pour l’adoption d’un accord historique sur le climat, avec l’objectif de limiter la hausse de la température mondiale en dessous du seuil des 2 °C. Mais les températures mondiales ont déjà augmenté de plus de 1 °C depuis l’époque préindustrielle. Et, depuis 800 000 ans, jamais les concentrations de CO2 dans l’atmosphère n’ont été aussi élevées. En outre, après trois années de stagnation, les émissions mondiales de carbone sont reparties à la hausse en 2017.

Cette augmentation des températures peut paraître négligeable. C’est loin d’être le cas, et ses effets se ressentent déjà sur la capacité des populations à sortir de la pauvreté. Sans un processus de développement rapide, inclusif et climato-intelligent, ce sont 100 millions de personnes supplémentaires qui pourraient tomber dans la pauvreté d’ici à 2030. À cet horizon, la baisse du rendement des cultures agricoles pourrait renchérir les produits alimentaires de 12 % en moyenne en Afrique subsaharienne, ce dont pâtiront tout particulièrement les ménages pauvres, qui consacrent jusqu’à 60 % de leur revenu à l’alimentation. Et la malnutrition qui en résulterait pourrait faire augmenter de 23 % le nombre de cas de retard de croissance sévère chez les enfants. 

 

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Mobilisation en faveur de l’action climatique

Si l’on veut tenir les engagements pris à Paris, il faudra investir à un rythme et à une échelle sans précédent (a). Au cours des 15 prochaines années, environ 90 000 milliards de dollars devront être alloués à la construction d’infrastructures, principalement dans les pays en développement et à revenu intermédiaire.

Le Groupe de la Banque mondiale s’attache plus que jamais à accompagner les pays dans la lutte contre le changement climatique.

L’institution s’est mobilisée au cours des deux dernières années : elle a engagé plusieurs milliards de dollars pour aider les pays à atteindre leurs objectifs pour le climat, apporté son soutien dans les différents secteurs concernés et œuvré pour faire avancer les grands dossiers mondiaux du défi climatique, témoignant ainsi d’une prise de conscience de plus en plus large par la communauté internationale de la nécessité de s’attaquer au changement climatique sans tarder, de manière systématique et à grande échelle.

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Le Groupe de la Banque mondiale va porter la part de ses financements liés à l’action climatique à 28 % en 2020, afin de répondre aux besoins de ses pays clients. Si les niveaux de financement direct et de cofinancement actuels se maintiennent, 29 milliards de dollars par an devraient ainsi être consacrés à des projets climatiques d’ici à 2020.

Transformer l’action climatique, investir dans les opportunités

Le 12 décembre 2017, deux ans jour pour jour après l’adoption de l’accord de Paris, la France accueille dans sa capitale le One Planet Summit, qui réunira des centaines de chefs d’État, dirigeants d’entreprises privées, maires, philanthropes et représentants de la société civile pour réaffirmer la volonté planétaire de lutter contre le changement climatique. Ce sommet sera axé sur les moyens de mobiliser les fonds nécessaires à la réalisation des objectifs de l’accord historique de 2015. Y participeront des acteurs de premier plan qui peuvent faire avancer l’innovation, créer des emplois et investir dans les pays qui ont le plus de besoins. 

Depuis l’adoption de l’accord de Paris, les pays cherchent à développer leur économie tout en réduisant leurs émissions, et à renforcer leur résilience face aux conséquences possibles du changement climatique.

À l’occasion du One Planet Summit, le Groupe de la Banque mondiale et ses partenaires donneront un aperçu des projets entrepris dans cette direction dans divers pays : mise en place d’un système de transports en commun rapide à Dakar (Sénégal), soutien aux investissements dans la géothermie en Indonésie, expansion du marché des panneaux solaires sur toit en Inde, promotion de l’agriculture climato-intelligente au Ghana et en Éthiopie, ou encore lutte contre l’érosion côtière en Afrique de l’Ouest.

Dans la perspective du sommet du 12 décembre, voici 12 exemples qui illustrent comment le Groupe de la Banque mondiale aide les pays à réussir leur transformation vers un monde climato-intelligent :

  1. Résilience des zones côtières : Une plateforme d’investissement régionale mobilisera des financements pour gérer l’érosion et les inondations côtières en Afrique de l’Ouest. 
  2. Assurance climatique : Un programme d’assurance contre le risque peut soutenir les opérations de secours dans les pays vulnérables et accélérer le relèvement aux Philippines. 
  3. Agriculture climato-intelligente : L’agriculture doit faire partie de la solution au Ghana et en Côte d’Ivoire, où les acteurs de la filière du cacao passent à l’action pour lutter contre la déforestation. 
  4. Résilience urbaine : Un programme pour la résilience des villes aide des centaines de municipalités à accéder aux financements nécessaires pour faire face aux risques liés au changement climatique et se préparer aux catastrophes. 
  5. Mobilité : Un système de liaisons rapide par autobus encouragera la mobilité urbaine, limitera la pollution et favorisera la croissance économique au Sénégal. 
  6. Forêts/paysages : Une forme de collaboration inédite améliore la résilience climatique du secteur caféier en Éthiopie.
  7. Hydrométéorologie : Grâce à un programme de développement et de modernisation des services. hydrométéorologiques, l’Afrique renforcera ses systèmes d’alerte précoce et d’intervention d’urgence. 
  8. Obligations vertes : Un nouveau fonds pour les obligations vertes dédié aux marchés émergents permettra d’accroître fortement les financements pour des investissements climato-intelligents.
  9. Prix du carbone : Une coalition internationale de leaders prend les devants pour promouvoir les politiques de tarification du carbone. 
  10. Solaire : Une méga-centrale solaire de 750 MW alimentera le métro de Delhi (Inde). 
  11. Géothermie : Un nouveau dispositif de financement facilitera le développement de la géothermie à grande échelle en Indonésie. 
  12. Efficacité énergétique : Un nouveau partenariat en Inde promeut la transformation du marché de l’efficacité énergétique résidentielle.