Cameroun : créer des opportunités de croissance inclusive et de réduction de la pauvreté

12 juillet 2016


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La croissance camerounaise s’est renforcée ces dernières années mais le pays s’est largement appuyé sur des investissements publics, grevant les comptes budgétaires et élevant le niveau de la dette. Par ailleurs, la croissance économique n’a pas mené à une réduction équitable de la pauvreté, principalement en raison des inégalités géographiques et sociales, d’un environnement commercial défavorable caractérisé par des retards d’équipement en infrastructures, et d’une gouvernance défaillante. Le taux de pauvreté stagne aux alentours de 40 % et l’on constate de grandes disparités régionales, la population pauvre étant majoritairement concentrée dans les zones rurales. Le Cameroun dispose néanmoins d’un fort potentiel de développement et peut s’appuyer sur ses importantes ressources, naturelles notamment, pour assurer une croissance économique inclusive et réduire la pauvreté.

Défi

La croissance camerounaise s’est renforcée ces dernières années et le pays a fait preuve de résilience vis-à-vis de la crise des prix du pétrole. La croissance du PIB s’est accélérée, passant de 4 % en 2011 à 6,2 % en 2015, rythme qui devrait se maintenir au moins jusqu’en 2018. Néanmoins, ces résultats, en grande part imputables à un programme ambitieux d’investissements publics qui sera de plus en plus difficile à maintenir, ont été insuffisamment tirés par le secteur privé. Le déficit budgétaire a récemment augmenté pour atteindre près de 5 % du PIB, ce qui porte le niveau de la dette à 30 % du PIB. La perspective d’une nouvelle augmentation de la dette publique dans les prochaines années a conduit, en combinaison avec la baisse des recettes pétrolières, à une récente dégradation de l’évaluation de viabilité de la dette (risque qualifié d’élevé dans l’évaluation de novembre 2015). La forte croissance économique n’a pas entraîné de réduction de la pauvreté (en raison d’une croissance élevée de la population mais aussi de fortes inégalités géographiques et sociales). Le taux de pauvreté n’a pratiquement pas baissé entre 2001 et 2014, passant de 40,2 à 37,5 %, sur fond de disparités régionales prononcées et croissantes : les régions rurales de l’Extrême-Nord et du Nord affichent un taux de pauvreté de 72 % avec une proportion de 55,8 % de populations pauvres tandis que le taux de pauvreté des zones urbaines est de 4,8 % (3,2 % de pauvres). Le Cameroun n’a atteint aucun des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), à l’exception de celui relatif à la scolarisation primaire.

Il est important que le Cameroun agisse dès maintenant pour relever ces défis. Le pays doit d’abord stimuler la croissance tirée par le secteur privé, ce qui nécessite d’améliorer le climat des affaires et la gouvernance sectorielle, d’abaisser les coûts des intrants (énergie, transport, télécommunications...) et d’élever le niveau de formation de la main-d’œuvre. Ensuite, même si un effort important est nécessaire du côté des infrastructures (effort qui favorisera la croissance du secteur privé), les dépenses publiques doivent être gérées avec plus de stratégie et d’efficacité en s’appuyant davantage sur les synergies avec le secteur privé. Il sera aussi essentiel d’optimiser les bénéfices de l’effort d’infrastructure en menant des réformes sectorielles pertinentes. Enfin, des mesures ciblées de réduction de la pauvreté devront être prises pour résorber les nombreuses poches de pauvreté des régions nord. Ces mesures devront avoir pour but i) un accroissement du rendement et de la production agricoles ; ii) une amélioration des résultats dans les domaines de l’éducation et de la santé ; iii) l’élargissement de l’accès aux infrastructures de base ; iv) la mise en place de filets de sécurité en attendant que les conditions générales ne s’améliorent. La faiblesse de la gouvernance, qui pèse sur toutes ces questions, constitue un défi d’envergure pour le développement du Cameroun ; elle a en effet des répercussions sur les transactions économiques et la fourniture des services - et par voie de conséquence sur les résultats en matière de développement.  

Démarche

Le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi du Cameroun (DSCE) porte sur la période de 2009 à 2019 et s’inscrit dans le plan à plus long terme du Gouvernement du Cameroun intitulé Vision 2035.

La précédente stratégie d’aide-pays de la Banque (les exercices 2010 à 2014) s’alignait sur le DSCE ainsi que sur la vision et les priorités de développement annoncées par le Cameroun. Elle était centrée sur l’accroissement de la compétitivité du pays et l’amélioration de la fourniture de services. En termes de compétitivité, l’appui de la Banque portait sur trois axes principaux : i) l’augmentation des investissements dans les infrastructures des secteurs de l’énergie, du transport et des télécommunications ; ii) les activités orientées vers l’utilisation transparente, équitable et durable des ressources naturelles, en particulier l’exploitation minière, l’agriculture, la pêche et les zones protégées ; iii) la promotion de chaînes de valeur à fort potentiel et d’un meilleur climat des affaires. Compte tenu de son importance pour l’amélioration de la compétitivité, l’intégration régionale est un élément crucial de cet axe.

L’appui de la Banque à la fourniture des services ciblait trois domaines principaux : i) le développement humain, de façon à améliorer l’efficacité et la responsabilisation du secteur éducatif et à élever la qualité des services de santé ; ii) la protection sociale, de façon à favoriser la mise en place d’un système efficace de protection fondé sur des programmes ciblés ; et iii) le développement local, de façon à élargir l’accès aux services de base par une amélioration des infrastructures et le renforcement des capacités pour une meilleure administration locale. Cette stratégie comprenait également un thème transversal axé sur la gouvernance. Les orientations de la stratégie précédente ont continué d’être appliquées pendent la période charnière qui a permis la préparation d’un diagnostic systématique du pays (SCD). Celui-ci a été soumis au Conseil en juin 2016. Le nouveau CPF (les exercices 2017 à 2021), en cours de finalisation, traitera des principales difficultés identifiées par le SCD.


« Avec cet argent, je vais pouvoir nourrir mes enfants et payer leurs frais de scolarité. Si je réussis à économiser, je pourrai aussi acheter des marchandises de bonne qualité »

M. Wandji

Bénéficiaire

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Résultats

Le Projet de compétitivité de l’agriculture (IDA, 60 millions de dollars) a été lancé en 2010 pour stimuler la productivité agricole du pays en développant les infrastructures rurales et en investissant dans des chaînes de valeur pour la culture du riz et du maïs ainsi que dans la production de viande de porc et de poulet. À la clôture, au 30 juin 2016

  • dans les zones cibles, les rendements ont augmenté par rapport à la valeur de référence, de 16 % pour le riz, de 98 % pour le maïs et de 220 % pour le plantain ;
  • la production de viande (destinée à la consommation) a plus que doublé par rapport aux valeurs de base : le poids vif annuel moyen pour les porcs a enregistré un gain de 122 %, le poids vif annuel moyen pour les volailles un gain de 257 % et la production annuelle moyenne d’œufs une hausse de 141 %.

Le projet relatif au secteur de la santé du Cameroun (IDA, 45 millions de dollars, avec un projet parent et un financement supplémentaire de 20 millions de dollars) applique la méthode du financement basé sur la performance (FBP) et met l’accent sur la santé maternelle et infantile ainsi que sur la prévention des maladies transmissibles. Ce projet concerne environ six millions de personnes dans 44 districts sanitaires de sept des dix régions du Cameroun (quatre régions concernées par le projet parent). Depuis l’adoption de la méthode de FBP, la qualité et l’utilisation des services de santé maternelle et infantile ont nettement augmenté dans les centres de santé des quatre régions concernées par le projet parent.

  • Le pourcentage des centres de santé obtenant un score moyen de 75 % de l’indice de qualité des services a pratiquement été multiplié par sept depuis le troisième trimestre 2012, passant de 9,3 % à 71,6 % fin 2015.
  • Le taux des naissances assistées est passé de 43 à 63 %.
  • La proportion des enfants bénéficiant d’une vaccination intégrale a plus que doublé.

Le deuxième Projet d’appui au Programme national de développement participatif (IDA, 40 millions de dollars) visait l’amélioration des services prioritaires de base dans les communes cibles et le soutien du processus de décentralisation en cours. Ce projet, mis en œuvre de 2009 à 2015, a produit les résultats suivants :

  • 329 communes (sur 360) ont bénéficié de financements ;
  • le nombre d’habitants des zones urbaines ayant accès à des routes praticables en toute saison dans un périmètre de moins de 500 mètres est passé de 31 000 à 435 000 ;
  • le nombre de personnes bénéficiant d’un système adéquat de tout-à-l’égout est passé de 31 00 à 565 000 ;
  • le nombre d’habitants des zones concernées par le projet ayant accès à des sources d’eau améliorées est passé de 6 831 000 à 8 430 970 ;
  • le nombre des bénéficiaires du projet est passé de 6 831 000 à 8 996 071 et celui des femmes bénéficiaires de 3 700 000 à 4 600 000 (la valeur de référence renvoie aux bénéficiaires du premier projet).

L’appui pluridimensionnel accordé au secteur énergétique a débouché sur des résultats très importants 
Dans le secteur de l’énergie, le Groupe de la Banque mondiale, qui a un long historique de partenariat avec le gouvernement, est un conseiller privilégié et un partenaire d’investissement. La Banque a, en particulier, entrepris un travail analytique sur la planification à moindre coût du secteur de l’énergie, y compris l’électrification en milieu rural et le renforcement des capacités réglementaires. Ce partenariat a débouché sur des changements de grande ampleur illustrés par les résultats suivants :

  • des réformes institutionnelles majeures englobant i) la mise en place d’un organe de réglementation et d’une agence d’électrification rurale en 1999 ; ii) la concession des services publics de distribution et de transport à un opérateur privé en 2001 ; iii) l’ouverture du sous-secteur de la génération à des producteurs d’électricité indépendants ; iv) au titre de la loi de 2011 sur l’électricité, un nouveau dégroupage du secteur par le transfert du réseau de transport d’électricité du concessionnaire privé à une entité publique séparée ;
  • l’arrivée de plusieurs producteurs d’électricité indépendants (deux avec l’appui financier du Groupe de la Banque mondiale) débouchant sur des augmentations directes et potentielles de la mise à disposition d’une électricité plus propre à moindre coût : i) la Kribi Power Development Company (KPDC), qui a construit la centrale au gaz de Kribi (216 MW) en 2012 et bénéficie d’une garantie partielle des risques de l’IDA à hauteur de 82 millions de dollars (ainsi que d’un investissement de l’IFC) ; ii) l’Electricity Development Corporation (EDC), qui a notamment développé le projet phare de la centrale hydroélectrique de Lom Pangar (LPHP) avec l’aide d’un prêt de l’IDA de 132 millions de dollars. Il s’agit essentiellement d’un barrage de régulation qui accroîtra les capacités hydroélectriques du fleuve Sanaga en toutes saisons. L’achèvement et la mise en eau du barrage à l’automne 2015 a augmenté la capacité installée de 120 MW et le potentiel de développement de nouvelles centrales hydroélectriques sur le fleuve Sanaga de 40 %. Une centrale en cours d’installation au pied du barrage produira 30 MW supplémentaires et contribuera à assurer une première alimentation électrique à plus de 2 400 ménages ruraux et à améliorer la fiabilité de l’alimentation de quelque 22 000 ménages du réseau Est.

Contribution de la Banque

En juin 2016, le portefeuille national de l’IDA pour le Cameroun s’élève à 816 millions de dollars d’engagements et englobe 12 projets. Il comprend également trois projets d’intégration régionale dont la part d’engagement consacrée au Cameroun est de 272 millions de dollars. 

Partenaires

Le Cameroun est l’un des pays d’Afrique subsaharienne le moins dépendant de l’aide. La Banque travaille en étroite collaboration avec des partenaires multilatéraux et bilatéraux, techniques et financiers, parmi lesquels la Banque africaine de développement, l’Union Européenne (UE), l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement, la Banque islamique de développement, l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), la Banque de développement des États de l’Afrique Centrale (BDEAC), le Fonds monétaire international, les Nations Unies et l’Allemagne. Ce dynamique partenariat se manifeste dans des opérations conjointes de financement et de mise en œuvre de divers projets, notamment le programme CEMAC de facilitation du commerce et du transport, le projet hydroélectrique de Lom Pangar et le projet de soutien au programme national de développement participatif. Grâce à des financements conjoints accordés au secteur des transports par l’Association internationale de développement (IDA), l’UE, la BAfD, et des donateurs bilatéraux (France, Japon et Banque islamique de développement), près de 90 % des couloirs Douala-N’Djamena et Douala-Bangui devraient être empruntables d’ici fin 2018.


« Les partenariats établis dans le cadre du projet entre organisations de production, acheteurs de l’agroalimentaire et institutions financières nous ont aidés à améliorer la filière du manioc et à répondre à la demande de l’industrie agroalimentaire. »

Chef de l’association de producteurs SOCOOPROMAN

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Perspectives

Le Cameroun devra accélérer sa croissance dans les dix prochaines années tout en gérant son budget de manière responsable ; il devra en outre s’assurer que cette croissance soit durable et permette une réduction équitable de la pauvreté. C’est là le principal défi de développement que le Cameroun devra relever au cours des dix prochaines années, dont l’issue déterminera l’accès ou non du pays au groupe des économies émergentes. Le diagnostic systématique de pays a récemment mis en lumière trois groupes de difficultés qui devront impérativement être traitées pour réduire la pauvreté : i) la faible productivité rurale, en particulier au nord du Cameroun ; ii) un climat des affaires défavorable au secteur privé, formel et informel ; iii) la fragilité et la piètre gouvernance des secteurs public et privé. Les résultats engrangés par les interventions précédentes de l’IDA devraient assurer de bonnes bases au Cadre de partenariat-pays en cours de préparation pour les exercices 2017 à 2021. La Banque a d’ailleurs déjà commencé à s’appuyer sur ces résultats pour développer son appui aux secteurs et projets ci-après.

  • Dans le secteur de la santé, le Conseil de l’IDA a approuvé un nouveau projet, d’un montant de 100 millions de dollars, qui permettra l’application à tout le territoire du système de FBP. Ce projet est cofinancé par le Fonds mondial de financement.
  • Un troisième volet du Projet d’appui au Programme de développement participatif (70 millions de dollars) a été approuvé par le Conseil de l’IDA pendant l’exercice 2016.
  • Les prochaines opérations majeures d’extension et de modernisation du réseau de transport d’électricité (programme de 1,2 milliard de dollars coordonné par la Banque comprenant un prêt de 325 millions de dollars de la BIRD) devraient encore accroître l’attractivité du secteur pour les producteurs d’électricité indépendants. La nouvelle centrale hydroélectrique de Nachtigal, sur le fleuve Sanaga, en est un bon exemple ; elle permettra d’augmenter la capacité installée de 420 MW. Le Groupe de la Banque mondiale prévoit d’appuyer ce projet par des garanties (BIRD) et des investissements (IFC).

Les bénéficiaires s’expriment

Au début du projet pilote de mise en place du programme de protection sociale (65 000 ménages pauvres concernés dans cinq régions), M. Wandji a donné libre cours à son émotion en recevant le premier versement : « Avec cet argent, je vais pouvoir nourrir mes enfants et payer leurs frais de scolarité. Si je réussis à économiser, je pourrai aussi acheter des marchandises de bonne qualité » a-t-il déclaré.

« Les partenariats établis dans le cadre du projet entre organisations de production, acheteurs de l’agroalimentaire et institutions financières nous ont aidés à améliorer la filière du manioc et à répondre à la demande de l’industrie agroalimentaire », a expliqué le chef de l’association de producteurs SOCOOPROMAN, au sud du Cameroun. « Cela nous a aussi permis d’augmenter nos bénéfices et de subvenir à nos besoins. »


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© Odilia Hebga/Banque mondiale