Favoriser l’intégration des Roms en Europe de l’Est

10 avril 2014


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La Banque mondiale soutient l’intégration des Roms en Europe de l’Est depuis 2003 en favorisant la recherche et la production d’études, en fournissant une assistance au renforcement des capacités et au développement des politiques, et en intégrant la question de l’insertion de ces populations dans ses propres opérations.

Défis

Les Roms d’Europe représentent 6 à 12 millions d’individus selon les estimations, soit l’équivalent de la population d’un pays de la taille de la Bulgarie ou du Portugal. Deux-tiers d’entre eux vivent en Europe centrale et de l’Est. Sédentarisés depuis plusieurs siècles, en général dans des régions rurales, ils vivent pour la plupart dans la pauvreté. La population rom est aussi très jeune, en croissance et exclue du marché de l’emploi dans des pays par ailleurs confrontés à un vieillissement démographique rapide. En Bulgarie et en Roumanie, près d’un entrant sur cinq sur le marché du travail est Rom, un chiffre qui atteint un sur six en Hongrie et en Slovaquie. Du fait de leur proportion croissante dans la main d’œuvre en âge de travailler, l’intégration des Roms est une évidence économique. Pour y parvenir, cette insertion doit s’appuyer sur des politiques fondées sur les faits et des interventions intégrées reposant sur des données fiables.

Solutions

Dans le cadre de son action pour réduire la pauvreté et favoriser le partage de la prospérité en Europe centrale et de l’Est, la Banque mondiale privilégie trois grands leviers pour promouvoir l’intégration des Roms :

  •  amélioration des décisions politiques factuelles grâce à des évaluations diagnostiques détaillées et des conseils stratégiques ;
  • mobilisation de partenariats avec des acteurs internationaux importants dans ce domaine, entre autres la Commission européenne et le Fonds pour l’éducation des Roms (a) ;
  • généralisation des solutions viables et prise en compte de l’intégration des Roms dans les opérations soutenues par la Banque mondiale.

Résultats

Le soutien à l’intégration des Roms a permis d’obtenir les résultats suivants :

Production de données et de connaissances sur l’exclusion des Roms afin d’éclairer les décisions politiques :

- L’étude Roma Inclusion is Smart Economics (2011) souligne à quel point les divergences démographiques (la jeunesse des Roms par rapport au vieillissement des populations majoritaires), combinées à l’exclusion des Roms de l’éducation et du marché de l’emploi, posent des problèmes économiques majeurs en Europe de l’Est.

- L’Enquête régionale sur les Roms (2011), préparée par la Banque mondiale et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et conduite par le PNUD en République tchèque, en Slovaquie, en Hongrie, en Roumanie et en Bulgarie, a permis d’interroger près de 750 ménages Roms et 350 ménages non-Roms vivant à proximité. La Banque a ainsi pu construire une base de données très fournie sur les conditions de vie des Roms en Europe de l’Est. Cette base de données permet de réaliser des analyses plus poussées et servira de référence pour effectuer des comparaisons avec les données qui seront recueillies ultérieurement. Elle a d’ores et déjà nourri un certain nombre de stratégies nationales et a été utilisée par la Commission européenne dans le cadre de ses Recommandations par pays.

- À partir de l’enquête ci-dessus, la Banque mondiale a elle-même élaboré plusieurs rapports de fond sur l’accès à l’éducation et la prise en charge de la petite enfance chez les Roms (Toward an Equal Start: Closing the Early Learning Gap for Roma Children in Eastern Europe, 2012), ainsi que sur leur inclusion financière (Reducing Vulnerability and Promoting the Self-Employment of Roma in Eastern Europe through Financial Inclusion, 2012), de même qu’une étude de cas sur le Kiutprogram (2013), un programme de microfinance sociale mis en place en Hongrie.

- Dans le cadre des services de conseil remboursables sollicités par les gouvernements, la Banque mondiale a réalisé des analyses approfondies nationales et formulé des avis détaillés pour l’élaboration de politiques sur l’intégration des Roms en Slovaquie (2012) et en Roumanie (2014). Ces recommandations concrètes portaient sur l’emploi, l’éducation, la santé, le logement, la discrimination et la gouvernance locale.

- L’étude Gender Dimensions of Roma Inclusion: Perspectives from Four Roma Communities in Bulgaria (2014) examine comment l’appartenance à l’un ou l’autre sexe influe sur des choix stratégiques en matière d’éducation, d’emploi et de mariage chez les Roms de Bulgarie.

- Dans ce même pays, l’assistance technique fournie au Conseil national pour la coordination sur les questions ethniques et d’intégration (NCCEII) permet d’analyser et de consolider les plans d’action du gouvernement en faveur de l’intégration des Roms.

- En partenariat avec des chercheurs de l’Université d’Europe centrale, du Laboratoire d’action contre la pauvreté, du Fonds pour l’éducation des Roms, de l’Open Society Foundations (OSF) et du Slovak Governance Institute, la Banque mondiale conduit des évaluations d’impact randomisées des programmes favorisant la prise en charge préscolaire chez les populations roms de Bulgarie et de Slovaquie.


« Nous sommes très contents. L’ancien système d’alimentation en eau a été remplacé. Il était en très mauvais état, les vieilles canalisations éclataient chaque hiver. Ils ont installé de nouvelles canalisations qui alimentent chaque maison. Le réseau d’égout aussi était en mauvais état, l’eau était contaminée dès qu’il pleuvait. Maintenant, il fonctionne très bien, et les eaux usées ne débordent plus.  »

Ismet Selimovic, Gracanica, Kosovo


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Mobilisation de partenariats avec de grands acteurs internationaux :

- Institution de la Décennie pour l’intégration des Roms, une initiative lancée en 2005 avec le soutien de la Banque mondiale, de l’OSF et de 12 pays pour promouvoir l’adoption de politiques d’amélioration des conditions de vie des Roms. Les autres organisations internationales sont le PNUD, le Conseil de l’Europe, la Banque de développement du Conseil de l’Europe (CEB), l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’Office européen d’information sur les Roms, le Forum européen des Roms et Gens du voyage, le Centre européen pour les droits des Roms, le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

- Création du Fonds pour l’éducation des Roms (REF), une organisation non-gouvernementale internationale fondée par la Banque mondiale, l’OSF, la Banque de développement du Conseil de l’Europe et huit donateurs bilatéraux. Son but est de soutenir des politiques et programmes d’éducation dans 16 pays en vue de réduire le déficit d’éducation des populations roms. Dans le cadre de son programme pour l’intégration des Roms, la Banque mondiale fournit une assistance technique qui contribue au renforcement des capacités au sein du REF. Le suivi des programmes et une évaluation d’impact rigoureuse permettent ainsi d’optimiser les résultats de l’organisation.

- Collaboration avec la Commission européenne afin de partager les résultats des analyses de la situation des Roms et de diffuser les enseignements politiques qui en découlent lors de réunions organisées par la Commission avec les parties prenantes. Les conclusions des travaux de la Banque ont servi de base à l’élaboration de documents politiques importants par la Commission et le Parlement européen. Cette dernière a par ailleurs financé une partie des travaux d’assistance technique fournis par la Banque mondiale, notamment l’enquête régionale sur les Roms, les études sur la prise en charge préscolaire et l’inclusion financière et, plus récemment, la cartographie des poches de pauvreté en Europe de l’Est et une étude sur les conditions de vie des Roms.


« On était habitués à marcher dans la boue. Quand ils revenaient de l’école, les enfants étaient couverts de boue. À présent il y a de la lumière, des trottoirs et un passage pour piétons pour que les enfants puissent traverser la route.  »

Sanela Berisha, mère de cinq enfants, Gracanica, Kosovo


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Prise en compte de l’intégration des Roms et généralisation des solutions viables dans les opérations de la Banque mondiale :

- Au Kosovo, le Projet d’intégration sociale et de développement économique local (2010-2013, 4,99 millions de dollars, fonds fiduciaire) a permis à des communautés défavorisées de déterminer dans quelles infrastructures essentielles il était urgent d’investir pour améliorer les conditions de vie des Roms, entre autres les routes, l’électricité, l’évacuation des eaux usées, l’alimentation en eau potable, l’enlèvement des ordures et l’accès aux transports publics.

- En Roumanie, le Projet d’intégration sociale (2006-2014, 58 millions de dollars, Banque internationale pour la reconstruction et le développement [BIRD]) finance des infrastructures locales et des structures d’éducation pour la petite enfance (construction d’écoles maternelles, élaboration de programmes scolaires) au profit des populations roms.

- Dans ce même pays, le Projet de modernisation du système d’assistance sociale (2011-2015, 710 millions de dollars, BIRD) a pour but d’améliorer l’efficacité du système d’assistance sociale roumain par le renforcement de la gestion des performances, une meilleure équité, l’amélioration de l’efficacité administrative et la réduction des erreurs et des fraudes. Ce projet a permis d’améliorer la qualité et le ciblage des programmes d’assistance sociale dont de nombreux Roms sont bénéficiaires.  

- En Bulgarie, le Projet d’intégration sociale (2008-2013, 43 millions de dollars, BIRD) finance des microprojets municipaux destinés à fournir des services intégrés de protection sociale et d’accueil des enfants, notamment la construction d’infrastructures de prise en charge préscolaire là où elles sont absentes ou inadaptées.

- En Serbie, le Projet d’amélioration de la délivrance des services de proximité (2006-2013, 46 millions de dollars, BIRD) a permis de renforcer les institutions locales et d’améliorer les services de proximité, par le biais notamment de dons à 56 municipalités pour favoriser l’intégration des populations défavorisées.

- Dans l’ex-République yougoslave de Macédoine, le Projet de transferts monétaires conditionnels (2007-2014, 25 millions de dollars, BIRD) offre un soutien financier aux bénéficiaires, y compris des Roms, sous réserve qu’ils inscrivent leurs enfants à l’école secondaire et que le taux de présence en classe soit d’au moins 85 %.


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Contribution du Groupe de la Banque mondiale

Sur l’exercice 2014, la contribution de la BIRD aux activités de la Banque mondiale en faveur des Roms en Europe centrale et de l’Est s’est élevée à 250 000 dollars, complétée par un montant de 150 000 dollars provenant de fonds fiduciaire (dont le Mécanisme général de financement de l’égalité des sexes [UFGE]). Ces sommes ont été investies dans la production de nouvelles études sur l’intégration des Roms dans les pays de la région. La Banque mondiale a par ailleurs investi environ 688 000 dollars dans la conduite d’évaluations d’impact et 300 000 dollars dans la préparation de l’étude sur l’inégalité entre les sexes en Bulgarie. Enfin, la Banque mondiale a pris en compte les questions d’intégration des Roms dans plusieurs de ses opérations en Europe centrale et de l’Est, ainsi que dans les Balkans occidentaux (voir liste ci-dessus), ce qui contribue directement à une meilleure qualité de vie de ces populations.

Partenaires

La Banque mondiale privilégie toujours la mobilisation des partenariats avec des organisations internationales et locales afin de rassembler des parties prenantes aux intérêts divers autour d’un but commun. Ainsi, elle a établi des partenariats avec la Commission européenne, le PNUD, l’UNICEF, différents gouvernements et organisations de la société civile telles que l’Open Society Foundations, et avec le Fonds pour l’éducation des Roms. En outre, de nombreux domaines d’intervention sont au cœur de la stratégie Europe 2020 pour une croissance intelligente et inclusive.

Perspectives

À l’avenir, la Banque mondiale poursuivra son action en faveur de l’intégration des Roms en Europe de l’Est, notamment par la promotion de l’égalité des chances grâce à une éducation inclusive, des emplois productifs et de meilleures conditions de vie. Elle mène cette action au travers de la réalisation de diagnostics et d’analyses rigoureuses, de concertations sur l’action à mener, de services de conseil et du renforcement des capacités institutionnelles, y compris celles du Fonds pour l’éducation des Roms. La Banque mondiale continuera à mobiliser ses partenariats avec des gouvernements, des acteurs internationaux et des organisations de la société civile pour renforcer l’impact des programmes mis en œuvre.

Bénéficiaires

Dans la ville de Gracanica, au centre du Kosovo, un don de 70 000 dollars alloué à un quartier rom dans le cadre d’un projet d’infrastructure communautaire a permis de réaliser des investissements pour assurer aux habitants des conditions de vie plus sûres et agréables.

« Nous sommes très contents. L’ancien système d’alimentation en eau a été remplacé. Il était en très mauvais état, les vieilles canalisations éclataient chaque hiver. Ils ont installé de nouvelles canalisations qui alimentent chaque maison. Le réseau d’égout aussi était en mauvais état, l’eau était contaminée dès qu’il pleuvait. Maintenant, il fonctionne très bien, et les eaux usées ne débordent plus. » Ismet Selimovic, Gracanica, Kosovo

« On était habitués à marcher dans la boue. Quand ils revenaient de l’école, les enfants étaient couverts de boue. À présent il y a de la lumière, des trottoirs et un passage pour piétons pour que les enfants puissent traverser la route. » Sanela Berisha, mère de cinq enfants, Gracanica, Kosovo.

250 000 $
ont été alloués par la BIRD pour des activités en faveur des Roms en Europe centrale et de l’Est au cours de l’exercice 2014


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