Côte-d’Ivoire : consolider les efforts de reconstruction et de réconciliation

19 mars 2013


En dépit du potentiel économique de la Côte d’Ivoire, des années de crise politique et militaire, ponctuées par un bref conflit armé qui a divisé le pays en 2002 et aggravées par la mauvaise gouvernance, ont eu de lourdes conséquences, transformant cette nation qui était jadis érigé en modèle en un État fragile qui se débat pour tendre à nouveau vers un avenir meilleur. La longue période d’instabilité a provoqué l’arrêt de l’activité économique, gravement affecté la fourniture des services sociaux de base et mis à mal le tissu social du pays. En ce moment décisif dans l’histoire de la Côte d’Ivoire, un des défis les plus importants et les plus difficiles pour le président Alassane Dramane Ouattara, qui a remporté le scrutin présidentiel de novembre 2010, est de rétablir la paix et la sécurité, notamment dans la partie occidentale du pays.

Défi

La Côte d’Ivoire reste marquée par les fractures et les dissensions ethniques et politiques qui divisent fortement sa population. La Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) n’est toujours pas totalement fonctionnelle, tandis que les poursuites judiciaires contre l’ancien président Laurent Gbagbo, en attente de procès devant le Tribunal pénal international de La Haye, et ses proches collaborateurs, risquent de compromettre la dynamique de la réconciliation.

Plusieurs incidents violents survenus au cours des derniers mois ont mis au jour la fragilité de la situation dans le pays. Le renouvellement du mandat de l’Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) jusqu’à juillet 2013 permet au gouvernement de bénéficier d’un soutien continu afin de maintenir la sécurité et poursuivre la mise en œuvre des mesures en faveur de la réconciliation et de la reconstruction. À moyen terme, les nouvelles autorités devront faire face à une multitude d’obstacles dans leurs efforts pour remettre le pays sur les rails de la croissance économique.

Le pays devra remédier aux causes profondes de son instabilité — la polarisation ethnique et politique, le régime foncier, la réforme des forces de sécurité — et aux facteurs susceptibles de déclencher de nouvelles violences. Le gouvernement a pris des mesures en vue de réunifier le pays, améliorer les services et attirer l’investissement privé. Cependant, les lenteurs observés dans la mise en œuvre du processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion, la présence de groupes armés et le nombre important d’armes en circulation, la persistance de mouvements de groupes armés transfrontaliers et les violents incidents entre les communautés sont autant de menaces susceptibles de compromettre la transition. 

Un rapport d'avancement à mi-parcours de la stratégie de partenariat de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire est planifié pour le premier trimestre de l’exercice 2013. Il vise à incorporer d’éventuels ajustements, conformément aux recommandations du Rapport sur le développement dans le monde 2011 sur les conflits, la sécurité et le développement et aux conclusions d’une récente évaluation effectuée par le nouveau Centre sur les conflits, la sécurité et le développement (Nairobi) et consacrée aux facteurs déterminants de la fragilité et des conflits.

Solution

La situation de conflit et d’insécurité qui a prédominé en Côte d’Ivoire a compromis son développement et s’est répercutée sur la note obtenue par le pays dans l’Évaluation de la politique et des institutions nationales (CPIA), à savoir 2,9 en 2011 et 2,7 en 2010. Le Conseil des administrateurs de la Banque mondiale a examiné en avril 2010 une stratégie de partenariat-pays pour la période 2010-2013. Alignée sur la stratégie générale de la Banque pour l’Afrique, celle-ci comporte quatre piliers : i) amélioration de la gouvernance économique ; ii) réhabilitation des infrastructures ; iii) production agricole et promotion des exportations ; et iv) développement du secteur privé.

Pour répondre aux besoins du pays au lendemain de la crise postélectorale, la Banque a décidé de concentrer 93 % de l’enveloppe de l’IDA sur l’exercice 2012 (qui correspond à la première année d’IDA-16). Il s’agit d’exploiter les circonstances favorables offertes par la fin de la crise pour permettre à la Banque de contribuer à renforcer l’impact de l’assistance des bailleurs de fonds pour le maintien de la paix en période de transition. Sur une enveloppe totale de 330 millions de dollars, le Conseil des Administrateurs a approuvé le montant de 300 million de dollars au titre de l’exercice 2012 — ce montant ne comprend pas le financement de 41 millions de dollars alloué dans le cadre de l’Initiative pour la mise en œuvre accélérée de l’Éducation pour tous (FTI-EPT). Le solde de l’allocation de l’IDA en faveur de la Côte d’Ivoire, pour les deux années restantes du cycle d’IDA-16, s’élève à 20 millions de dollars environ (malgré une légère augmentation de l’enveloppe d’IDA-16 due à l’amélioration de la note CPIA, au recours aux dons plutôt qu’aux comptes de crédit pour combler le déficit des ressources disponibles par rapport aux prévisions). Ce reliquat de 20 millions de dollars sera consacré à financer une garantie partielle de risque de l’IDA d’un montant de 60 millions de dollars en faveur du projet gaz-électricité de Foxtrot.

Les projets approuvés par le Conseil au cours de l’exercice 2012 comprennent une opération à l’appui des politiques de développement, un projet d’emploi pour les jeunes et un projet de réhabilitation des infrastructures, de même qu’un projet en faveur de l’éducation de base qui a été financé par l’Initiative FTI/EPT. Un projet d’assistance post-conflit approuvé en 2007 vise également à répondre aux impératifs de redressement du pays tout en contribuant à la réinsertion des jeunes à risque et des ex-combattants, à la cohésion sociale et aux activités de développement communautaire. Sept autres projets approuvés avant 2011 soutiennent également la reprise de la Côte-d’Ivoire dans plusieurs secteurs, notamment l’eau et l’assainissement, la gouvernance et la réforme du secteur public, ainsi que le développement des PME et du secteur privé.

Résultats

À la suite du réengagement de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire, en 2008, l’IDA a financé plusieurs projets qui ont obtenu des résultats tangibles.

Projet d’assistance post-conflit (résultats au 31 janvier 2012) :

  • 18 000 anciens combattants, individus associés à des groupes armés et jeunes à risque ont participé aux activités de réinsertion économique du projet ;
  • 74 des 83 sous-préfectures prévues (bureaux d’État civil) ont été construites ;
  • 374 projets communautaires et 705 plans de développement villageois ont été menés à bien ;
  • 7 bureaux régionaux avaient été mis en place avant la crise postélectorale ;
  • 65 kilomètres de routes rurales ont été réhabilités, en faisant appel à une technique hautement intensive en main-d’œuvre.

L’opération « Ville propre » du projet d’urgence pour la réhabilitation des infrastructures urbaines s’est achevée avec succès :

  • 3 140 000 citadins ont accès à des routes ouvertes toute l’année dans un périmètre de 500 mètres ;
  • 4 000 000 de citadins ont accès à un système périodique de collecte des déchets ;
  • 4 243 240 citadins ont accès à des sources d’eau améliorées ;
  • 3 443 640 citadins ont accès à des systèmes d’assainissement améliorés ;
  • la plupart des contrats de travaux publics ont été achevés ;
  • 100 kilomètres de voies urbaines ont été réhabilités ;
  • 21 500 nouveaux raccordements de ménages au réseau d’eau ont pu être effectués ;
  • 91 points d’eau communautaires ont été construits ou remis en état et 38 écoles y ont été raccordées ;
  • 5 audits municipaux et contrats municipaux ont été préparés ;
  • 1 500 000 tonnes de déchets solides ont été ramassées et évacuées dans une décharge officielle (le projet a atteint son objectif) ;
  • 21 stations de pompage ont été remises en état.

Projet d’urgence multisectoriel pour la lutte contre le VIH/sida (résultats au 30 novembre 2011) :

  • 1 501 adultes (594 hommes et 907 femmes) et enfants présentant une infection avancée au VIH ont bénéficié d’une thérapie antirétrovirale ;
  • 425 femmes enceintes infectées (34 %) ont reçu un traitement antirétroviral complet pour réduire le risque de transmission mère-enfant ;
  • 6 933 personnes appartenant aux groupes à haut risque ont bénéficié d’un dépistage au cours des 12 derniers mois et ont pris connaissance du résultat ;
  • 2 633 personnels de santé ont été formés ;
  • 16 plans décentralisés (départements) pour la santé et l’éducation ont été mis au point et déployés dans les quatre régions ;
  • 81 contrats de sous-traitance ont été passés et mis en œuvre pour les groupes à haut risque et les populations vulnérables ;
  • 1 040 908 préservatifs (masculins et féminins) ont été distribués aux travailleurs du sexe dans les quatre régions ciblées par le projet.

Contribution du Groupe de la Banque

L’appui de la Banque mondiale à la Côte d’Ivoire s’articule autour de quatre objectifs stratégiques, ou piliers : 1) renforcement de la gouvernance et des institutions ; 2) réhabilitation des infrastructures et des services de base ; 3) amélioration de la productivité agricole ; et 4) renforcement du secteur privé. La création d’emplois, en particulier pour les jeunes, mais aussi l’intégration des aspects liés à la situation des femmes et à l’amélioration de leurs débouchés économiques sont autant d’objectifs transversaux.

En novembre 2012, le portefeuille d’opérations financées par l’IDA et par des fonds fiduciaires comprenait neuf projets en cours représentant un engagement total de 771 millions de dollars (projets régionaux compris).

Partenaires

En Côte d’Ivoire, la Banque mondiale travaille en étroite concertation avec d’autres partenaires techniques et financiers bilatéraux et multilatéraux, dont la Banque africaine de développement (BAD), l’Union européenne (UE), l’Agence française de développement (AFD), le FMI, les Nations unies, l’Allemagne, le Japon et l’USAID. Elle participe aussi aux réunions de donateurs à vocation technique et politique, même s’il n’existe pas de mécanisme formel pour coordonner les bailleurs de fonds du pays. Le ministère des Finances s’est récemment lancé dans l’élaboration d’un cadre pour la gestion de l’aide qui intègrera un tel mécanisme de coordination. Les conclusions et les recommandations de ce travail devraient être publiées prochainement.

La Banque mondiale s’est aussi activement impliquée dans le soutien international apporté à la Côte d’Ivoire dans le contexte de l’après-crise, à travers notamment deux tables rondes co-organisées avec la BAD en marge des Assemblées annuelles 2010/2011 de la Banque mondiale et du FMI. Ces tables rondes ont permis de discuter des réformes clés à engager pour relancer la croissance et la lutte contre la pauvreté dans le pays et dans la sous-région mais aussi pour obtenir l’appui de la communauté internationale aux initiatives actuelles en faveur de la réconciliation, de la reconstruction et de la croissance.

Perspectives

Étant donné l’importance de la poursuite du processus de paix pour installer une stabilité et une reprise durables, la Banque mondiale suit de très près l’évolution de la situation en Côte d’Ivoire. Les éventuels ajustements à la stratégie de partenariat 2010-2013 dépendront du rapport d’avancement de sa mise en œuvre, afin de renforcer la pertinence, l’opportunité et l’importance de la réponse de la Banque mondiale et d’améliorer son alignement sur les conclusions du Rapport sur le développement dans le monde 2011 et sur la nouvelle stratégie pour l’Afrique. Le programme financé par le Groupe de la Banque mondiale continuera d’aider le gouvernement à assurer des services de base et à relancer la croissance, tout en participant à la réconciliation nationale à travers la réhabilitation des infrastructures matérielles et sociales et la promotion d’une bonne gouvernance.

Bénéficiaires

Lutter contre le VIH dans un pays sortant d’un conflit

N'Doli Adjaffi Mary Magdalene dirige une ONG ivoirienne dénommée ADSR. Par le biais d’un accord conclu avec le projet d’urgence multisectoriel pour la lutte contre le sida (PUMLS), financé par la Banque et terminé en septembre 2012, son ONG était en première ligne dans la lutte contre le VIH dans les zones rurales. « Le PUMLS a été d’une très grande utilité pour les ONG qui travaillent sur le terrain pour limiter la propagation du VIH dans des zones particulièrement affectées par des années de conflits politiques et armés. Grâce à l’appui technique et financier que nous avons reçu du projet, nous avons pu fournir des soins médicaux, des infrastructures et modifier le comportement de nos concitoyens envers les personnes touchées par le VIH. Nos équipes ont reçu des bicyclettes, des ensembles d’outils de traitement de données informatiques et du matériel de laboratoire qui nous permettent de toucher des zones reculées et délaissées. Dans la Région des 18 Montagnes, par exemple, quand nous soumettons certains patients au test de dépistage et que les résultats sont positifs, ils ne peuvent pas se déplacer jusqu’à Man, la capitale régionale, où sont situés les dispensaires et l’hôpital, simplement parce qu’ils n’ont pas les moyens de financer les voyages et d’acheter les médicaments. Beaucoup d’entre eux meurent de leur maladie faute d’argent. »

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18 000
nombre d'anciens combattants et de jeunes à risque ayant participé à des activités de réinsertion économique


CARTE DU PROJET