ARTICLE 25 janvier 2018

L’union fait la force: le Bénin et le Togo collaborent pour garantir la sécurité hydrique

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Photo : Croix rouge Togo


LES POINTS MARQUANTS

  • La coopération régionale autour des ressources en eau peut réduire les risques de conflit et décupler les progrès de chaque pays en matière de développement.
  • Soucieux de gérer et de valoriser ensemble un fleuve qui traverse leurs deux territoires, le Bénin et le Togo ont créé l’Autorité du bassin du Mono. • Cet organisme joue un rôle clé dans la gestion de l’eau, en permettant de suivre l’évolution des niveaux hydrologiques, de travailler de manière consensuelle et d’aligner les objectifs de développement.
  • Une étude récente sur différentes options de financement vise à garantir la pérennité de l’Autorité et la poursuite de ses travaux au service de la sécurité hydrique et de la croissance économique de la région.

Le Mono constitue une frontière naturelle entre le Bénin et le Togo. Dix fois moins long que le Nil et le Niger, le fleuve joue cependant un rôle clé dans l’économie de ces deux petits pays d’Afrique de l’Ouest, à travers la pêche lagunaire, les cultures irriguées ou la fourniture d’énergie hydroélectrique. Mais quand plusieurs États partagent un bassin fluvial, il y a souvent un risque important de développement unilatéral ou d’une surexploitation de la ressource commune (ladite « tragédie des biens communs »), au détriment de ses effets potentiellement positifs sur l’économie et l’environnement. Les désaccords sur la ressource partagée peuvent déboucher sur des conflits susceptibles d’assombrir encore davantage les perspectives économiques et environnementales.

« L’eau est un sujet sensible. L’Afrique de l’Ouest possède de nombreuses ressources hydriques partagées, qui sont souvent à l’origine de conflits », souligne Mahamane Toure, chargé de programme régional au sein du centre de coordination des ressources en eau de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). En 1981, un différend frontalier opposant la Mauritanie et le Sénégal autour du bassin du fleuve Sénégal et des droits de pâturage a entraîné la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays et plusieurs milliers de réfugiés fuyant les violences.

Une gestion concertée du bassin versant du fleuve Mono peut aider le Bénin et le Togo à maximiser les gains économiques et environnementaux tout en réduisant les risques de désaccord ou de conflit. Cette coopération peut contribuer à forger un consensus sur l’état du fleuve, offrir un espace pour un développement mutuellement bénéfique et garantir une gestion durable au service des futurs objectifs économiques et environnementaux des deux pays.

Même si les avantages d’une telle coopération sont évidents, sa bonne mise en œuvre peut parfois se heurter à de nombreux obstacles, notamment pour trouver des accords de gouvernance efficaces et convenant aux deux parties ou la pérennité (notamment financière) de l’entité chargée de gérer les ressources.


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Photo : Arne Hoel/Banque mondiale


Des petites structures de coopération confrontées aux difficultés financières

En 2014, les gouvernements du Bénin et du Togo ont institué l’Autorité du bassin du Mono (ABM) dans le but de parvenir à une gestion et une exploitation concertées des ressources en eau du fleuve. Les deux pays espèrent ainsi profiter au maximum de retombées positives en termes de développement, tout en protégeant durablement la valeur de leur ressource commune. Dès sa première année d’existence, l’Autorité a sollicité les pouvoirs publics et la société civile des deux pays pour recenser les besoins et les mesures à engager. En plus du projet de schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, elle a mis sur pied des comités locaux et s’est attaquée au renforcement des systèmes d’information afin de définir des normes communes pour la qualité de l’eau, l’approvisionnement et l’état de santé du fleuve.

Le défi, pour l’ABM, est d’assurer sa pérennité financière, sachant que d’autres entités régionales du même type ont été victimes par le passé d’un assèchement de leurs financements, entraînant le gel des opérations et la démoralisation des équipes. « Nous voulons atténuer les aléas financiers, parce que si nous ne pouvons pas garantir une gestion durable de l’eau, alors la qualité de la ressource en pâtira et, par ricochet, les populations locales et les personnes les plus vulnérables, qui seront les premières touchées », insiste Mahamane Toure. Il s’agit là d’une préoccupation particulièrement importante pour les petites structures qui, par rapport aux entités plus importantes, consacrent une part supérieure de leurs dépenses de fonctionnement au personnel de base.

Afin d’étudier des solutions novatrices de financement, les services de Mahamane Toure ont fait appel au Programme pour la coopération dans les eaux internationales en Afrique (CIWA) de la Banque mondiale. Il s’agissait d’identifier les options qui permettraient à l’ABM de disposer de sources de financement pérennes et cohérentes, indépendamment des contributions nationales. Une équipe composée de membres du CIWA, de la CEDEAO et du comité technique ad hoc d’experts de l’ABM vient d’achever ce travail. L’étude, intitulée Sustainable Financing Mechanism Study for Mono Basin Authority, analyse les besoins et les missions de l’Autorité, identifie des moyens de réduire les coûts, évalue les sources possibles de financement et préconise des solutions à court, moyen et long termes. Plusieurs mécanismes de financement ont été passés en revue : contributions des États membres, impôt régional spécifique, application du principe pollueur-payeur, vente de données et de services, frais de gestion pour les projets d’infrastructure, frais de gestion et d’administration, dividendes provenant d’un fonds d’investissement, contributions de bailleurs de fonds ou encore partenariats public-privé.

Il ressort de cet examen que la solution idéale consisterait à introduire une faible redevance d’utilisation dans les secteurs hydroélectrique et minier. Cela permettrait de réunir suffisamment de moyens pour financer une entité recentrée sur ses fonctions clés et, surtout, « de permettre à cette structure de fonctionner de manière indépendante, sans contributions des États », conclut Mahamane Toure.

Il s’agit d’un moment déterminant pour l’Autorité du bassin du Mono, comme elle n’est pas pleinement opérationnelle, les décideurs ont encore toute latitude pour décider de sa structure organisationnelle et de ses sources de financement. Mahamane Toure reste confiant : lors de sa prochaine séance, le Conseil des ministres devrait adopter les recommandations garantissant un financement durable de l’Autorité. Quant aux enseignements de l’étude, ils pourront dès maintenant être utiles aux autres pays qui envisagent une coopération du même type.


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