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Yémen : s’appuyer sur un partenariat de longue date pour soulager les populations pendant le conflit

16 janvier 2017


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Sandra Bloemenkamp, responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Yémen, revient sur les dernières initiatives de l’institution pour aider les habitants du pays victimes de la crise actuelle.


Le conflit qui sévit au Yémen a plongé dans la crise un pays qui était déjà le plus pauvre de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Près de 80 % des 27,5 millions d’habitants — dont 3,2 millions de déplacés — ont aujourd’hui un besoin urgent de gagner leur vie et d’accéder à des services essentiels. En 2016, grâce à un financement de l’IDA, le fonds de la Banque pour les pays les plus pauvres, plus de 1,5 million d’enfants ont été vaccinés. En 2017, l’IDA va octroyer deux nouveaux dons d’urgence, pour une enveloppe globale de 450 millions de dollars. Ces ressources aideront deux institutions yéménites, le Fonds social pour le développement et le Projet de travaux publics, à poursuivre leurs interventions sur le terrain en fournissant, à travers des projets communautaires, des revenus à ceux qui en ont le plus besoin. Ce nouveau financement permettra également d’étendre la couverture de services de santé et de nutrition d’une importance critique.

Depuis deux ans, la situation au Yémen s’est considérablement dégradée. Comment la Banque mondiale a-t-elle réagi ?

Sandra Bloemenkamp : Permettez-moi un petit retour en arrière. La Banque mondiale soutient le développement au Yémen depuis plus de 45 ans, ce qui explique l’étroitesse de nos relations avec ce pays. Les institutions avec lesquelles nous avons travaillé et les partenariats que nous avons construits au fil des années sont aujourd’hui au cœur de l’aide que nous apportons à des millions de Yéménites dans tout le pays, qui ont besoin de trouver des emplois rémunérateurs et d’accéder aux services essentiels. Conformément à la nouvelle stratégie de la Banque pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, et au lieu d’attendre l’issue du conflit, l’idée défendue est de compléter l’imposant effort humanitaire en renforçant la résilience des habitants et des communautés face aux chocs induits par la guerre. Une composante essentielle de cette nouvelle stratégie consiste à établir de solides partenariats à l’échelle régionale et locale pour pouvoir s’atteler au défi dans sa globalité. Notre engagement actuel au Yémen, alors que le conflit sévit toujours, est guidé par cette stratégie régionale. Nous voulons aider les familles et les communautés touchées par la guerre à faire face à toutes ses conséquences. Nous nous appuyons sur des partenariats locaux et internationaux afin de maintenir des services essentiels pour des millions de Yéménites, mais nous cherchons également à renforcer la résilience des organisations qui assurent ces services. Bien sûr, notre stratégie couvre aussi les réflexions menées avec d’autres partenaires pour élaborer un programme de redressement post-conflit, axé sur le développement de l’État et des institutions et à même de poser les jalons d’un cadre de développement pour l’avenir à la fois plus solidaire et plus résilient.

 


« La responsable des opérations pour le Yémen, Sandra Bloemenkamp, dirige le programme de la Banque mondiale depuis son arrivée à ce poste, au début de l’année 2015, au moment même où le conflit s’est aggravé, ce qui explique sa vision unique de l’évolution du soutien à ce pays. »

Comment la Banque est-elle parvenue à maintenir son soutien au Yémen, malgré le conflit ?

SB : Grâce aux partenariats. En mars 2015, pour des raisons de sécurité, la Banque a suspendu ses opérations et évacué l’essentiel de son personnel. Mais nous n’avons jamais perdu de vue les besoins toujours plus pressants des membres les plus fragiles de la population à mesure que la situation se dégradait. Nous avons trouvé un moyen de maintenir des programmes vitaux. Par exemple, la Banque a maintenu le financement de deux projets sanitaires administrés par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance et l’Organisation mondiale de la santé. Les campagnes nationales contre la polio financées par ce biais ont touché plus de 1,6 million d’enfants de moins de 5 ans, soit environ 30 % de la population cible à l’échelle du pays. Les projets ont par ailleurs permis de traiter plus de 1 million d’enfants contre les infections parasitaires, la malnutrition et les maladies maternelles et infantiles. Nous avons également maintenu notre partenariat de longue date avec le Fonds social pour le développement (SFD) et le Projet de travaux publics (PWP), deux institutions locales qui disposent de solides réseaux locaux et communautaires offrant des services essentiels dont dépendent des millions de Yéménites. Nous avons aussi établi d’étroits partenariats avec des agences des Nations Unies qui, grâce à leur large présence sur le terrain, peuvent gérer les projets en cours. De plus, en juillet 2016, un don d’urgence de l’IDA de 50 millions de dollars a été approuvé en vue de maintenir les services essentiels les plus urgents. Pour acheminer des ressources financières critiques au SFD et au PWP, nous nous sommes rapprochés du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), ce qui a permis la poursuite des services et la fourniture d’emplois rémunérateurs vitaux pour les plus vulnérables. Avec les deux nouveaux projets d’urgence lancés aujourd’hui, la Banque élargit à la fois l’ampleur et la portée de ses programmes.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les deux projets d’urgence que la Banque mondiale vient d’approuver ?

SB : La Banque a approuvé un don de 450 millions de dollars pour deux projets d’urgence, en dotant de 250 millions de dollars de dollars supplémentaires le Projet d’intervention d’urgence en réponse à la crise, lancé l’an dernier avec une enveloppe initiale de 50 millions de dollars. Elle a également alloué 200 millions de dollars à un nouveau projet d’urgence pour la santé et la nutrition. Ces deux projets devraient apporter à environ 7 millions de Yéménites des services essentiels de santé et de nutrition, créer plus de 9 millions de jours/travail rémunérés pour quelque 2 millions d’habitants et permettre à 2,5 millions de personnes supplémentaires d’accéder à des services sociaux de base. Notre engagement vise à soutenir tous les Yéménites, en accordant néanmoins la priorité aux plus vulnérables : femmes, enfants, jeunes et déplacés.

Quels sont les plans pour la reconstruction du Yémen ?

SB : Tout plan de reconstruction du pays est conditionné à la fin du conflit mais nous avons déjà engagé des réflexions, avec un large éventail de partenaires internationaux et régionaux, pour préparer la reprise et la reconstruction. Les besoins seront colossaux. En plus des pertes humaines et des déplacements insupportables, il va falloir remettre sur pied des infrastructures et une économie à terre. Près de 2 millions d’enfants ne sont plus scolarisés depuis le début du conflit. Les deux principaux moteurs de l’économie yéménite avant la crise — la production et les exportations de pétrole — sont à l’arrêt, ce qui a provoqué une grave crise financière. Les salaires des fonctionnaires ne sont plus versés et il n’y a plus de ressources pour assurer des services publics vitaux dans la santé, l’éducation et la sécurité sociale. Le Yémen, lourdement tributaire des importations de produits vivriers, risque bientôt de ne plus pouvoir régler ses factures. Face à une crise d’une telle ampleur, nous estimons qu’il faut commencer d’ores et déjà à planifier la reprise et la reconstruction, pour être opérationnels dès le retour de la paix. Avec nos partenaires, nous actualisons constamment notre évaluation des dommages pour avoir une vision précise des besoins et guider ainsi nos futures interventions de reconstruction. Nous analysons également les différents secteurs de l’économie yéménite, ce qui nous permet d’avoir une bonne connaissance des leviers à actionner pour relancer l’économie et remettre sur pied les services essentiels. Notre objectif est de disposer de toutes les informations factuelles nécessaires et d’être d’accord sur un plan d’intervention qui permettra à la communauté internationale de réagir rapidement au moment voulu. À l’heure actuelle, nous nous efforçons également de renforcer la résilience des Yéménites les plus vulnérables et de préserver les capacités d’institutions locales vitales pour qu’elles puissent, dès que les combats cesseront, fournir des services essentiels en appui aux indispensables programmes de relance.

 





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