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Coup de projecteur sur les entrepreneurs numériques d’Afrique de l’Ouest et centrale

09 décembre 2016


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Une jeune femme sénégalaise suit une formation en technologies numériques.

Banque mondiale

LES POINTS MARQUANTS
  • En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, la lenteur de la connexion Internet, le sous-développement des réseaux professionnels et le coût du transport sont autant d’entraves à l’innovation dans le secteur du numérique.
  • Mais les nouvelles technologies offrent des opportunités considérables dans cette région. Le Sénégal, par exemple, compte cinq des sept pôles technologiques d’Afrique subsaharienne.
  • Le mois dernier, le Groupe de la Banque mondiale a lancé le Jambar Tech Lab, un programme d’accompagnement sur six mois qui aidera les entrepreneurs à mettre au point et à commercialiser des produits et services numériques innovants.

DAKAR, Sénégal, le 9 décembre 2016 – Les entreprises technologiques d’Afrique de l’Est et de pays comme le Kenya et le Rwanda ont focalisé ces dix dernières années l’intérêt des médias et des investisseurs. Mais qu’en est-il du reste du continent ? Lentement mais sûrement, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale veillent aussi au développement de leurs jeunes pousses numériques, et ces start-up locales, par leurs innovations technologiques et les revenus qu’elles génèrent, ont le potentiel de transformer le paysage économique de la région.

De fait, un pays comme le Sénégal est déjà bien positionné pour favoriser l’innovation et l’entrepreneuriat dans le numérique. Le Sénégal accueille cinq pôles technologiques et c’est l’un des pays d’Afrique qui encouragent le plus l’entrepreneuriat dans les technologies de l’information et de la communication (TIC), selon l’édition 2016 du Rapport sur le développement dans le monde consacré aux « Dividendes du numérique ». Sa population est aussi l’une des plus connectées du continent africain : l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes du Sénégal dénombre entre 12 et 13 millions d’abonnés.

C’est dans ce contexte national et régional prometteur qu’a été inauguré le mois dernier le Jambar Tech Lab, un programme panafricain coordonné par l’incubateur CTIC Dakar, avec l’appui du programme InfoDev (a) du Groupe de la Banque mondiale et en partenariat avec plusieurs bailleurs de fonds (Agence norvégienne de coopération pour le développement, Agence suédoise de coopération pour le développement international, ministère finlandais des Affaires étrangères et opérateur de télécommunications Sonatel).

Le Jambar Tech Lab accompagnera pendant six mois 40 entrepreneurs d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale pour les aider à mettre au point et à commercialiser des produits et services numériques innovants. À l’issue d’un processus de sélection rigoureux, qui évaluera la viabilité et la bancabilité de leurs projets, les entrepreneurs retenus participeront à une formation de sept jours en immersion à Dakar. Ils bénéficieront ensuite, durant 24 semaines, d’un coaching personnalisé et des conseils de mentors expérimentés pour définir des solutions destinées à accélérer et à étendre leur activité.

Le programme traitera de sujets essentiels, tels que la propension à investir et la mobilisation d’investisseurs, les réseaux de la diaspora et l’internationalisation des acteurs du numérique. Il cherchera aussi à mettre en place les capacités et les réseaux nécessaires pour transformer des projets à fort potentiel en entreprises rentables.

Pour Kemo Touré, qui a créé et dirige Wutiko, une plateforme sénégalaise de recrutement en ligne, le Jambar Tech Lab pourrait constituer le tremplin nécessaire au développement de son activité, notamment à l’international. « Peu après avoir créé mon entreprise, j’ai réalisé que le marché sénégalais était très petit par rapport à mes ambitions. Une entreprise de technologie comme la mienne a impérativement besoin d’une masse critique d’utilisateurs. C’est pourquoi les formations et les opportunités que propose le Jamber Tech Lab pourraient réellement renforcer mes capacités et mon activité », a expliqué le jeune entrepreneur à l’issue de sa participation à un débat organisé à l’occasion du lancement du Jambar Tech Lab.

En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, les entrepreneurs se heurtent à divers obstacles, dont bon nombre sont propres à la situation géographique et au contexte culturel. La connexion et le débit Internet sont moins bons que dans les autres régions d’Afrique, et restent très chers. En outre, les entrepreneurs ne bénéficient pas d’un puissant réseau qui leur permettrait d’échanger les meilleures pratiques et de chercher ensemble des solutions à des problèmes communs. À cela viennent s’ajouter des frais de transport élevés dans la région. Il n’est donc pas surprenant que les entreprises locales aient du mal à se développer au-delà de leur marché national.

« Au Sénégal, le secteur des TIC est pénalisé par une réglementation qui n’encourage pas vraiment les nouveaux acteurs à entrer sur le marché. C’est tout particulièrement le cas pour les fournisseurs de services Internet. Du fait de cette absence de concurrence, les coûts sont élevés et la qualité de service n’est pas toujours au rendez-vous, ce qui nuit fortement à la compétitivité de l’économie sénégalaise », observe Laurent Corthay, spécialiste senior du développement du secteur privé à la Banque mondiale, basé au Sénégal.

Le Jambar Tech Lab prêtera une attention particulière aux femmes entrepreneurs, qui sont confrontées à des difficultés encore plus grandes. Pour cela, il s’attachera à concevoir des services spécifiques et à mettre en évidence des exemples de réussite dont elles pourront s’inspirer.

Les innovations numériques sont l’un des services les plus faciles à exporter ; grâce à Internet, elles sont en mesure d’accéder directement à un marché mondial. À condition de disposer des bons outils et d’une formation de qualité, les entrepreneurs numériques d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale pourraient transformer radicalement l’activité économique dans la région, et même au-delà.