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Cambodge : aider les collectivités locales à mettre fin à la défécation à l’air libre

02 février 2015



Au début des années 2000, le gouvernement cambodgien s’est fixé pour but d’assurer un accès universel à l’assainissement à l’horizon 2025. Pour atteindre cet objectif ambitieux, les autorités ont redoublé d’efforts depuis quelques années, mettant au point un Plan stratégique national pour l’approvisionnement en eau, l’assainissement et l’hygiène en milieu rural, qui a été approuvé par le Premier ministre au début de l’année 2014. « Grâce à l’esprit de collaboration et de concertation qui règne entre partenaires du secteur, j’ai bon espoir de voir cet objectif concrétisé en 2025 », estime Pom Chreay, directeur du département des soins de santé en milieu rural au ministère du Développement rural, le premier organisme gouvernemental en charge de l’assainissement dans les campagnes.

Le programme des pratiques mondiales de l’eau et assainissement de la Banque mondiale (WSP) aide les autorités à étoffer l’offre de services d’assainissement durables et conseille le gouvernement national sur ses plans de décentralisation du secteur afin de conférer aux districts et aux communes la responsabilité des programmes d’assainissement. Leurs capacités sont en effet la clé du succès (a) pour la promotion de l’assainissement, puisque ces acteurs les plus proches du terrain et les plus sensibles aux problématiques locales peuvent intervenir directement avec les habitants et les entreprises privées du cru pour trouver des solutions. Les autorités locales consacrent davantage de moyens, y compris financiers, à l’assainissement : « certaines communes allouent désormais une part de leur budget à l’assainissement, ce qui constitue une étape importante pour assurer un accès universel », observe Virak Chan, expert en eau et assainissement pour le WSP.

Districts et communes s’efforcent, avec des ONG et d’autres partenaires, d’inciter les institutions de microfinance à prêter de petites sommes d’argent aux ménages à faible revenu pour aider ces derniers à s’équiper de latrines. Un projet pilote de neuf mois (a) mis en place dans la province de Kandal a permis à 1 994 ménages de s’équiper de toilettes à crédit, fournissant la preuve qu’un accès aux financements peut accélérer l’adoption de latrines dans les foyers, y compris les pauvres. L’accès aux financements pour les familles peu fortunées est crucial puisque cela leur donne les moyens d’investir. Mais les plus démunis, qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour, sont souvent exclus des dispositifs de prêt, les établissements bancaires estimant qu’ils sont incapables de rembourser leurs emprunts.

Au-delà de la question du financement, les innovations sur le plan de la conception, de la fabrication et de l’installation des latrines pourraient entraîner une baisse des prix et rendre ces équipements plus désirables et abordables pour tout un chacun. Le succès du modèle The Easy Latrine (a), déployé au Cambodge, dont le développement et l'introduction sur le marché a été soutenu par la Banque mondiale en témoigne. Les quelque 170 000 unités vendues par des entrepreneurs locaux depuis son introduction il y a seulement 4 ans, démontrent que les entreprises locales peuvent rentablement produire et vendre un produit abordable pour laquelle une grande partie des consommateurs à faibles revenus est prête à payer. Ce sont des projets de ce type, soucieux du contexte local, de la demande et du coût, qui peuvent aider des pays comme le Cambodge à réaliser leurs objectifs d’accès universel à l’assainissement.


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Mao Sokunthea fait partie des villageois convaincus : elle vient de construire une petite cahute extérieure avec des toilettes équipées d’une chasse d’eau, financée grâce à un prêt qu’elle rembourse tous les mois, avec sa fille et son gendre, à hauteur de 25 dollars.

Zita De Pooter/Banque mondiale

« Grâce à l’esprit de collaboration et de concertation qui règne entre partenaires du secteur, j’ai bon espoir de voir cet objectif concrétisé en 2025  »
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Mr. Pom Chreay

directeur du département des soins de santé en milieu rural au ministère du Développement rural, sur comment assurer un accès universel à l’assainissement à l’horizon 2025


« Qui dispose de latrines à la maison ? », s’enquiert Sophan San, animatrice communale en charge de l’assainissement déléguée par le conseil local pour les femmes et les enfants. Un quart seulement des villageois assis par terre, devant elle, lèvent la main.

Sophan anime une séance de sensibilisation à l’assainissement dans le village de Thmey, un petit hameau de 146 foyers de la province de Kandal, au Cambodge. Dans ce pays qui détient le record du taux de défécation à l’air libre (51 %) en Asie de l’Est, l’enjeu de cette campagne est d’inciter un maximum de familles à utiliser des latrines en faisant passer des messages sur les avantages de l’assainissement, que ce soit en termes de dignité, de commodité ou de salubrité.

Sor Mech fait partie du groupe de villageois qui n’a pas pu lever la main : son habitation n’étant pas équipée de toilettes, son mari, ses enfants et ses trois-petits enfants doivent, comme elle, aller dans les champs alentour pour effectuer leurs besoins. Mais elle a parfaitement conscience des risques sanitaires d’une telle pratique pour sa famille puisqu’elle a introduit d’autres règles d’hygiène, comme de faire bouillir l’eau et de se laver les mains régulièrement. Depuis qu’elle a assisté à une réunion sur ces questions, voici plusieurs mois, elle n’a plus qu’une idée en tête : installer des latrines. Mais la famille n’en a tout bonnement pas les moyens.

Cette nouvelle réunion a permis à Sophan, formée par le Programme pour l’eau et l’assainissement (WSP) opérant au sein du pôle Eau de la Banque mondiale, de présenter une petite institution de microfinance prête à aider les villageois désireux de s’équiper de sanitaires. Sor Mech a pu ainsi obtenir un microcrédit de 50 dollars pour acheter des toilettes à chasse d’eau avec dalle et sous-structure. Sa famille évitera ainsi l’exposition aux matières fécales, ce qui limitera les problèmes de santé (notamment les maladies diarrhéiques) liés à cette contamination. Elle entend aussi économiser suffisamment pour construire une structure en dur autour des latrines. En attendant, dit-elle, il faudra se contenter d’une vieille couverture pour avoir un peu d’intimité.

Plus de la moitié de la population du Cambodge est privée d’accès à des systèmes d’assainissement améliorés. La situation est encore pire en milieu rural, puisque 86 % des ménages les plus démunis y pratiquent la défécation à l’air libre. Une telle situation a des répercussions économiques et sociales considérables (a), la mortalité infantile liée aux diarrhées et les retards de croissance et de développement chez les enfants (a) atteignant des niveaux 

Dernière mise à jour: 02 févr. 2015