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Cartographier la révolution des énergies renouvelables

17 juin 2013

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LES POINTS MARQUANTS
  • Le nouveau programme de cartographie de la Banque mondiale fournira pour la première fois des données complètes sur les ressources renouvelables disponibles dans chacun de ces pays.
  • Cette initiative permettra notamment de localiser le potentiel solaire et éolien ainsi que celui de la biomasse et de la petite hydroélectricité.

Le Pakistan illustre parfaitement les difficultés auxquelles sont confrontés nombre de pays en développement et de pays émergents désireux d'effectuer la transition vers les énergies renouvelables. En dépit d'une abondance de ressources dans ce domaine, notamment le solaire, l'éolien, l'hydroélectricité et la biomasse, ce potentiel n'a quasiment pas été exploité. Parallèlement, environ un tiers des Pakistanais n'ont pas accès à l'électricité.

Alors que le Pakistan a d’ambitieux plans de développement de l'énergie solaire et éolienne, et s'est doté d'un cadre d'intervention global pour les énergies renouvelables, les projets réalisés sur le terrain restent rares.

À quoi tient cet écart ? « L'une des raisons majeures est l'absence de données fiables sur les ressources », explique Arif Alauddin, l'ancien président et directeur général du Conseil pakistanais pour le développement des énergies renouvelables, et désormais directeur général du Centre national pour la préservation de l'énergie.

Les pouvoirs publics disposent bien de cartes des vents et de l’ensoleillement mais leur degré de précision est insuffisant pour qu’ils soient à même de déterminer le plein potentiel solaire et éolien, et que le secteur privé puisse localiser les sites à mettre en valeur.

Pour remédier à ces difficultés, le Pakistan et huit autres pays se sont associés à la Banque mondiale dans le cadre d'un nouveau programme de cartographie qui fournira pour la première fois des données complètes sur les ressources renouvelables disponibles dans chacun de ces pays. Cette initiative, qui est coordonnée et financée par le Programme d'assistance à la gestion du secteur de l'énergie (a) de la Banque mondiale, permettra de localiser le potentiel solaire et éolien ainsi que celui de la biomasse et de la petite hydroélectricité. 

« On ne saurait trop insister sur l'importance de cette cartographie des ressources [pour le Pakistan] », souligne Arif Alauddin. « Le pays connaît une pénurie d'énergie sans précédent, les tarifs ne cessent d'augmenter, et les importations pétrolières absorbent une large proportion de nos recettes d'exportation. Il faut donc que nous nous tournions vers les sources intérieures d'énergie renouvelable. »


« La cartographie des ressources est une étape cruciale sans laquelle les promoteurs ne peuvent accroître leur investissement dans les énergies renouvelables. »

Oliver Knight

Spécialiste senior au Programme ESMAP, Banque mondiale

Outre le Pakistan, les autres pays qui participent à la phase initiale de ce programme sont l'Indonésie, le Lesotho, Madagascar, les Maldives, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Tanzanie, le Viet Nam et la Zambie. Un budget de 11,6 millions de dollars sur quatre ans a été alloué au programme qui devrait continuer de s’étendre en réponse à la demande des clients.

Pour les pays en développement, il est primordial d'accroître la part de l'électricité produite à partir de sources renouvelables intérieures, et d'améliorer ainsi leur sécurité énergétique, l'accès à l'électricité, la solidité des perspectives budgétaires nationales et la transition vers un secteur énergétique plus viable. Des aides financières seront fournies au titre de ce nouveau programme pour financer la réalisation de cartes haute résolution, la collecte de données sur le terrain, des analyses géospatiales et des évaluations environnementales stratégiques. Les travaux seront réalisés par les services opérationnels de la Banque mondiale, en étroite collaboration avec les gouvernements des pays clients.

« Nous espérons que cette initiative aura un fort effet catalyseur », indique Oliver Knight, spécialiste senior au Programme d'assistance à la gestion du secteur de l'énergie (ESMAP). « La cartographie des ressources est une étape cruciale sans laquelle les promoteurs ne peuvent accroître leur investissement dans les énergies renouvelables, faute de certitude concernant les ressources et les politiques. Par ailleurs, les pouvoirs publics seront ainsi mieux équipés lors des négociations sur des projets spécifiques, et les bailleurs de fonds seront plus au fait des besoins de données et de capacités, ainsi que du potentiel des énergies renouvelables dans les pays clients. »

Outre la cartographie, le programme viendra financer une large gamme d'activités, notamment la consolidation et la validation des ensembles de données existants, les travaux de normalisation des méthodes d'évaluation de la ressource, et le développement des capacités des institutions et des spécialistes locaux. Les données collectées seront centralisées et disponibles en libre accès et les produits géospatiaux (strates de données SIG) pourront être consultés sur un nouveau portail Internet. Ces produits seront également transmis pour intégration dans l’Atlas mondial de l'énergie solaire et éolienne (a) élaboré par l'Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) et le Clean Energy Ministerial (conférence ministérielle sur les énergies propres).

Ce programme de cartographie des ressources énergétiques renouvelables est l'une des nombreuses initiatives engagées par le Groupe de la Banque mondiale pour soutenir la campagne mondiale de l’Énergie durable pour tous (a). Le rapport relatif au cadre de suivi de cette initiative (SE4ALL Global Tracking Framework report), qui a été produit par une équipe issue de plusieurs institutions et dirigée par la Banque mondiale, a été rendu public le 28 mai ; il indique que la part de l'électricité produite dans le monde à partir des énergies renouvelables devra passer de 18 à 36 % d'ici 2030 pour atteindre les objectifs fixés dans le cadre de la campagne. D'après la même source, les énergies renouvelables (hors biomasse) constituaient en 2010 seulement 1,6 % de la consommation énergétique finale de l'Afrique subsaharienne, et 1,8 % en Asie du Sud.

« L'initiative de cartographie des ressources débouchera sur une multitude de possibilités pour les investisseurs de toutes catégories ainsi que pour les consommateurs qui ont désespérément besoin de nouvelles solutions énergétiques », conclut Arif Alauddin.