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NOTE 2 octobre 2020

Peuple Paix Prospérité

World Bank Group


CONTEXTE

En repli partout dans le monde, le taux d’extrême pauvreté continue pourtant d’augmenter dans les pays en situation de fragilité, conflit et violence. Selon les estimations, jusqu’aux deux tiers des personnes les plus pauvres du monde vivront dans ces pays à l’horizon 2030. Une tendance qui risque d’anéantir les efforts visant à mettre fin à l’extrême pauvreté dans les pays à faible revenu et dans les pays à revenu intermédiaire. 

Les effets sur les populations et les économies sont dramatiques. Depuis 2010, l’éclatement de conflits violents connaît un regain spectaculaire. Les conflits sont à l’origine de 80 % des besoins d’aide humanitaire et amputent la croissance du PIB de deux points de pourcentage par an en moyenne. L’exclusion économique et sociale, le changement climatique, les inégalités de genre et autres, la pression démographique, les flux financiers illicites et d’autres tendances mondiales compliquent la donne. Les problèmes engendrés par la fragilité, le conflit ou la violence ignorent les frontières nationales et évoluent souvent en crises multidimensionnelles d’envergure régionale ou mondiale.

La recrudescence des conflits violents explique également les niveaux inédits des déplacements forcés : sur les 79,5 millions de personnes déplacées (a) par des violences, des conflits ou des persécutions, 26 millions environ sont des réfugiés — un record absolu. Près de 85 % de ces réfugiés trouvent refuge dans un pays en développement et 77 % d’entre eux y vivent toujours au bout de cinq ans. Ces déracinements interminables peuvent avoir des effets dévastateurs sur plusieurs générations de réfugiés, et affecter aussi profondément les populations locales.

La pandémie de coronavirus (COVID-19) qui sévit actuellement vient encore aggraver la situation, en menaçant d'effacer plusieurs décennies de progrès sur le front de la réduction de la pauvreté et du développement :

  • les pays en situation de fragilité, conflit et violence vont connaître leur pire récession depuis 50 ans, avec une contraction de l'activité économique estimée à 4,3 % en 2020, soit un taux inférieur de 8 points de pourcentage aux projections établies précédemment ;
  • dans ces pays, la pandémie entraînera entre 18 à 27 millions de personnes supplémentaires dans la pauvreté en 2020 selon les estimations de la Banque mondiale.

Le caractère prolongé de ces situations signifie qu’en plus d’une aide humanitaire indispensable, ces pays ont besoin d’investissements de long terme dans le développement pour protéger leur capital humain, bâtir une paix durable et garantir une prospérité partagée.

STRATÉGIE

Fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale pour soutenir la reconstruction post-conflit en Europe, la Banque mondiale a vu sa mission évoluer, pour couvrir les problèmes qui surgissent avant, pendant et après une crise. La stratégie 2020 du Groupe de la Banque mondiale en matière de fragilité, conflit et violence, axée sur les pays à revenu faible et intermédiaire, déploie une approche du développement privilégiant les aspects suivants :

  • prévention des crises, en s’attaquant aux causes profondes que constituent notamment le changement climatique, la transparence de la gouvernance et la redevabilité des dirigeants, la justice et l’État de droit ;
  • maintien de son engagement dans les zones de conflit, pour préserver les institutions clés et l’accès des personnes les plus marginalisées aux services de base, comme la santé et l’éducation ; 
  • soutien aux pays sortant d’un conflit ;
  • aide aux réfugiés et aux communautés d’accueil ;
  • stimulation de la croissance du secteur privé local, en particulier des petites et moyennes entreprises qui assurent 80 % des emplois dans les environnements fragiles.

Dans le contexte de la crise du coronavirus, le soutien apporté par le Groupe de la Banque mondiale doit privilégier les plus vulnérables, ce qui inclut notamment les habitants des pays en situation de fragilité, conflit et violence et les populations déplacées. Cet appui vise en priorité à prévenir, détecter et combattre la pandémie, mais aussi à renforcer la préparation des systèmes nationaux aux urgences de santé publique. Près d’un tiers des projets financés par la Banque mondiale pour lutter contre la pandémie concernent des pays en situation de fragilité, conflit et violence.

Une étroite collaboration avec les partenaires humanitaires et œuvrant pour le développement, la paix et la sécurité est un autre aspect indispensable pour obtenir des résultats concrets dans des contextes aussi précaires.

Financer le soutien aux pays en situation de fragilité, conflit et violence

L’Association internationale de développement (IDA), le fonds de la Banque mondiale pour les pays à faible revenu, recentre aussi ses activités sur les situations de fragilité, conflit et violence. La 19e reconstitution de ses ressources (IDA-19) prévoit une enveloppe de 18,7 milliards de dollars en faveur des pays en situation de fragilité, conflit et violence — en hausse de 27 % par rapport à IDA-18, qui avait déjà doublé le volume de financements disponibles — dans le but de soutenir les priorités de la stratégie en matière de fragilité, conflit et violence. Un dispositif doté de 2,2 milliards de dollars a également été mis en place pour soutenir les réfugiés et les communautés d’accueil. L’IDA dispose enfin d’autres leviers pour déclencher des investissements dans le secteur privé, s’atteler aux facteurs de fragilité à l’échelle de régions et investir dans des mesures d’anticipation et de gestion des crises. Tous ces financements ont vocation à couvrir les conséquences économiques et sociales d’une situation de crise à moyen terme. 


Financement IDA-19 pour les pays en situation de fragilité, conflit, ou violence

L’augmentation de capital de la Banque mondiale intervenue en 2018 souligne la volonté d’aider les pays à revenu intermédiaire en situation de fragilité, conflit et violence. De plus, le Mécanisme mondial de financement concessionnel (GCFF) (a), mis en place par la Banque mondiale pour venir en aide aux pays à revenu intermédiaire accueillant un grand nombre de réfugiés, a également augmenté ses financements. Lancé en 2016 par la Banque mondiale, en collaboration avec les Nations Unies et la Banque islamique de développement, le GCFF a octroyé environ 600 millions de dollars de dons pour débloquer plus de 3 milliards de dollars de financements concessionnels au bénéfice de la Jordanie et du Liban, confrontés à un afflux massif de réfugiés syriens, et de la Colombie et de l’Équateur, qui doivent répondre aux besoins de plus de 1,2 million de Vénézuéliens déplacés et des communautés qui les accueillent.

PARTENARIATS

Seul un effort concerté de la communauté internationale permettra de remédier aux situations de fragilité, conflit et violence. Des partenariats bâtis sur les complémentarités et les avantages comparés de chacun sont essentiels pour s’atteler aux racines et aux conséquences de ces situations. Le Groupe de la Banque mondiale, qui intervient aux côtés d’un large éventail de partenaires, s’est engagé à approfondir sa collaboration avec tous les acteurs humanitaires et œuvrant pour le développement, la paix et la sécurité ainsi qu’avec des entreprises privées afin d’obtenir un impact maximal sur le terrain.

À l’échelle nationale, il s’appuie sur son expertise en matière de développement afin d’aider ses partenaires à renforcer l’impact des opérations dans les zones instables et veiller, au besoin, au respect des engagements pris par des tiers. Voici trois exemples de cette collaboration multipartenaires :

  • à l’instar du projet de fourniture de services essentiels au Soudan du Sud (2019), des partenariats opérationnels entre la Banque mondiale, le Comité international de la Croix-Rouge et l’UNICEF garantissent le maintien de services sanitaires vitaux au bénéfice des communautés vulnérables et marginalisées dans les zones en proie à un conflit ;
  • la conduite d’évaluations conjointes à l’échelle d’un pays avec les Nations Unies et l’Union européenne, à l’image des évaluations pour le redressement et la consolidation de la paix (a) ;
  • des partenariats avec des organisations régionales ayant le mandat et les moyens de s’atteler aux défis transfrontaliers et le renforcement de la coopération avec les organisations de la société civile bien implantées dans leurs communautés.

Le rôle du secteur privé : IFC et MIGA

Les pays en situation de fragilité, conflit et violence ne reçoivent que 1 % des investissements directs étrangers, ce qui réduit les chances d’instaurer une croissance tirée par le secteur privé, pourtant essentielle pour permettre aux individus d’échapper à la pauvreté. Dans les pays en situation de fragilité, conflit et violence, un secteur privé dynamique et inclusif peut stimuler la croissance économique, créer des emplois, assurer des services et stabiliser la société. Bien conscientes du rôle central du secteur privé pour installer un développement durable dans ces pays, la Société financière internationale (IFC) et l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA) redoublent d’efforts dans ce domaine.

IFC :

L’appui à la stabilité et à la croissance dans les situations de fragilité est une priorité pour IFC (a). Car ces pays ont besoin d’investissements pour créer des emplois, animer la croissance, engendrer des recettes fiscales, reconstruire les infrastructures et redonner de l’espoir aux populations. En dépit de la spécificité et de la complexité des facteurs à l’origine des situations de fragilité et malgré des risques importants, le secteur privé peut aiguillonner la croissance ou améliorer le quotidien des habitants.

Depuis dix ans, IFC a plus que doublé ses investissements dans les pays fragiles et a pour ambition de consacrer 40 % de ses engagements d’ici 2030 à des pays IDA et en situation de fragilité, conflit et violence, réservant 15 à 20 % de ces financements aux pays éligibles à l’aide de l’IDA et classés dans le groupe des pays à très faible revenu et en situation de fragilité, conflit et violence.

Entre 2016 et 2019, IFC a consenti 5,7 milliards de dollars d’investissement dans ces pays. Avec la Banque mondiale, elle a également déployé des initiatives visant à aider les pays en situation de fragilité, renforçant ainsi son engagement à travers les initiatives CASA pour les États d’Afrique en conflit et FCS Africa pour les pays africains en situation de fragilité, conflit et violence. Elle a aussi multiplié ses activités consultatives avec le guichet de conseil sur la création de nouveaux marchés (CMAW).

IFC intervient par ailleurs en partenariat avec la Banque mondiale, le HCR et d’autres organisations pour aider les réfugiés et les communautés d’accueil à développer l’activité privée (a), à travers la création d’emplois pour étendre l’accès aux financements et à l’entrepreneuriat ; améliorer la fourniture de services essentiels dans l’éducation et l’énergie par exemple ; soutenir les politiques favorables aux entreprises dans les régions d’accueil des réfugiés ; et partager les enseignements retirés tout en approfondissant les partenariats.

MIGA :

Au cours des dernières décennies, les investissements directs étrangers dans les pays en développement ont permis à des milliards de personnes d’échapper à l’extrême pauvreté. Mais ces ressources n’atteignent que rarement les pays en situation de fragilité, conflit et violence, qui doivent se battre pour attirer des investisseurs étrangers, dissuadés par ce qu’ils redoutent le plus : guerres civiles, expropriations, rupture de contrat ou restrictions de change.

Depuis 1988, la MIGA est l’institution qui, au sein du Groupe de la Banque mondiale, assure les investisseurs contre de tels risques. En 2019, 12 % de ses émissions brutes de garanties concernaient les pays en situation de fragilité, conflit et violence — pour un montant total de 2,7 milliards de dollars.

La MIGA s’appuie également sur des dispositifs comme le Guichet de l’IDA pour la promotion du secteur privé (PSW), le Mécanisme d’aide aux économies fragiles et touchées par un conflit (CAFEF) (a) ou le Fonds de garantie des investissements pour la Cisjordanie et Gaza (a) pour inciter les investisseurs à opérer dans les environnements difficiles.