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Renforcer la résilience de Madagascar face aux changements climatiques pour garantir la sécurité alimentaire et préserver les moyens de subsistance

04 décembre 2015


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Les dispositifs d’irrigation d’Ankararaina ont été construits dans le respect des nouvelles normes afin prévenir des inondations

© BVPI Project

LES POINTS MARQUANTS
  • Le changement climatique expose Madagascar toujours plus aux catastrophes naturelles, comme les cyclones ou la sécheresse, entravant ainsi les efforts de développement.
  • En détruisant les cultures de base comme le riz, ces phénomènes désastreux compromettent fortement la sécurité alimentaire du pays.
  • Avec le soutien de la Banque mondiale, Madagascar adapte ses infrastructures d’irrigation au changement climatique pour pouvoir préserver l’agriculture, qui assure la subsistance de 90 % des habitants.

ANTANANARIVO, le 4 décembre 2015 – Madagascar fait partie du V20, un groupe de 20 pays vulnérables dont le développement pourrait être sérieusement compromis par le changement climatique. Située dans l’océan Indien, l’île est l’un des pays d’Afrique les plus exposés aux cyclones et doit se préparer à des tempêtes deux fois plus violentes qu’actuellement. Quant au sud du pays, déjà éprouvé par des sécheresses récurrentes, il risque de ne pratiquement plus recevoir une goutte de pluie.

De ce fait, le changement climatique pourrait avoir un impact dramatique sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et les infrastructures de ce pays où 93 % de la population vivent avec moins de 3,10 dollars par jour (en PPA) et où la survie de près de 90 % des pauvres passe par l’agriculture. À l’heure actuelle, un enfant sur deux souffre de malnutrition chronique.


« Le changement climatique n’implique pas seulement de se préparer aux catastrophes météorologiques et de mieux y réagir. Il impose également de repenser la stratégie de développement d’un pays, afin de renforcer la résistance des moyens de subsistance de la population et l’économie nationale. »

Coralie Gevers

Responsable des opérations de la Banque mondiale pour Madagascar

Selon des estimations de la Banque mondiale, plus de 4 millions de Malgaches vivent dans des zones exposées aux ouragans et aux inondations. Les cyclones qui ont frappé le pays en 2014 et 2015 ont dévasté plus de 40 000 hectares de rizières, détruisant deux retenues d’eau et charriant d’importants volumes de sédiments dans les champs. Maisons, écoles et dispensaires ont été endommagés ou détruits et les rares routes revêtues de la région ne sont plus qu’une succession de trous béants. Les pistes et sentiers sont devenus pour la plupart impraticables et dangereux. Les pertes de récoltes se sont traduites par une hausse immédiate de l’inflation, qui a atteint 7,9 % en mars 2015, contre 6 % en moyenne en 2014.

Les ravages provoqués par les cyclones auront des conséquences durables puisque l’accumulation de sédiments dans les rizières va compromettre les rendements dans les années à venir. La remise en état des systèmes d’irrigation après chaque tempête coûterait en moyenne 7 milliards d’ariary (2,2 millions de dollars).

Ces dégâts à grande échelle aux conséquences économiques néfastes ont poussé les autorités et la Banque mondiale à agir. Depuis deux ans, leurs efforts conjoints portent sur l’adaptation des infrastructures d’irrigation au changement climatique. Dans un premier temps, il s’agit de concevoir de nouvelles normes techniques pour assurer une meilleure résistance. Ces normes de construction pour des ouvrages hydrauliques résistants aux inondations sont autant de lignes directrices pour prévoir l’évacuation des flots dans les plans d’irrigation et employer des matériaux adaptés aux sols. Plusieurs lois ont été votées qui rendent le respect de ces normes obligatoire.

Actuellement en cours de test, elles ont fait la preuve de leur efficacité pour améliorer la résistance des dispositifs (même si le surcoût de construction n’est pas négligeable, entre 50 et 150 %). Forte de ces résultats positifs, l’Association internationale de développement (IDA) a financé le Projet d’urgence de réduction de la vulnérabilité et de préservation des infrastructures pour remettre en état 12 barrages et canaux d’irrigation associés dans six régions du pays en respectant les nouvelles normes anticycloniques.

Trois cyclones se sont abattus sur le sud-est de l’île, dans la région de Vatovavy Fitovinany, entre décembre 2014 et février 2015. Les deux dispositifs d’irrigation d’Ankararaina et Betampona, construits dans le respect des nouvelles normes, ont résisté à ces phénomènes sans subir de dégâts significatifs. Profondément soulagés, les agriculteurs ont pu reprendre rapidement leurs activités.

Mais « le changement climatique n’implique pas seulement de se préparer aux catastrophes météorologiques et de mieux y réagir. Il impose également de repenser la stratégie de développement d’un pays, afin de renforcer la résistance des moyens de subsistance de la population et l’économie nationale », souligne Coralie Gevers, responsable des opérations de la Banque mondiale pour Madagascar. L’adaptation des infrastructures d’irrigation, qui bénéficie à une forte proportion de Malgaches, va justement dans ce sens.


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