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Transports durables : les banques multilatérales de développement vont accroître leur appui aux pays en développement

03 décembre 2015


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Autorité de transport de la zone métropolitaine de Lago (LAMATA), premier réseau de bus en Afrique.

Photo: Gwenn Dubourthoumieu

LES POINTS MARQUANTS
  • Les transports constituent une dimension essentielle de la solution climatique. Tandis que la demande de services de transport augmente, ce secteur contribue à hauteur de 23 % aux émissions de CO2 liées à l’énergie.
  • Alors que les pays en développement viennent de prendre des engagements sur les transports, les banques multilatérales de développement joignent leurs forces pour aider ces États à matérialiser leurs ambitions.
  • La Banque mondiale publie un rapport décrivant les efforts qu’elle déploie actuellement pour renforcer la prise en compte de la résilience climatique dans les politiques, plans et investissements liés aux transports.

Lagos, au Nigéria, est la sixième plus grande ville de la planète. C’est aussi celle qui connaît la croissance la plus rapide et l’une des plus congestionnées au monde. Les trajets domicile-travail peuvent y être particulièrement compliqués. Jusqu’à récemment, les options dont disposaient les habitants se limitaient à des minibus : les danfos, de petite taille, et les molues, un peu plus grands. Les conditions de circulation étaient mauvaises et les transports très coûteux.

Grâce à des financements de la Banque mondiale et de l’Agence française de développement, l’Autorité de transport de la zone métropolitaine de Lagos (ou LAMATA selon son acronyme en anglais) a mis au point et en place le premier réseau de bus (a) d’Afrique. Cette initiative avait pour objectif de simultanément améliorer l’efficacité des transports dans la ville et réduire les émissions qu’ils génèrent. Couronné de succès au-delà de toutes les espérances, le système a transporté plus de 400 millions de passagers au cours des cinq dernières années d’exploitation. Selon la LAMATA, du fait de l’utilisation des bus et de la réduction des déplacements en voiture privée, les émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux transports ont baissé d’environ 13 % dans les zones couvertes par le projet. Et on a aussi assisté à une réduction de 20 % des accidents de la route dans ces zones.

L’équation transports-climat

Répondre à la demande croissante de services de transport est un défi auquel tous les pays sont confrontés, qu’ils soient développés ou en développement. Parallèlement, les transports représentent 23 % des émissions de CO2 liées à l’énergie et contribuent donc significativement au changement climatique. Autre aspect qui vient compliquer l’équation, les systèmes de transport qui ne sont pas en mesure de faire face aux effets déjà perceptibles du changement climatique s'avéreront extrêmement onéreux. En effet, ils présenteront des coûts de maintenance et de réparation élevés, limiteront l’accès des popuations locales aux emplois, aux écoles et aux hôpitaux, et provoqueront de grosses pertes économiques. Veiller à ce que les investissements dans les transports s’effectuent dans une logique de résilience climatique est également essentiel pour que les autres secteurs soient en mesure de rebondir rapidement après une catastrophe naturelle ou un choc économique lié au climat.

Toutefois, de l’autre côté de la balance, comme l’illustre l’exemple du réseau de Lagos, les systèmes de transport respectueux du climat sont aussi ceux qui desservent le mieux les membres les plus pauvres et les plus vulnérables de la population citadine, parce qu’ils sont moins chers et fournissent souvent de meilleures capacités d’accès que les autres moyens de transport. Les femmes sont par exemple moins susceptibles de posséder et d’utiliser une voiture, et ont plus tendance à se déplacer à pied ou à utiliser principalement les transports publics. En éliminant des routes les voitures et les minibus, les systèmes de transports en commun (par bus, métro ou train) améliorent aussi la sécurité routière. Autre aspect important, si les investissements d’aujourd'hui dans des transports durables généreront des dividendes sur le plan économique, social et climatique, tant dans l’immédiat que pour les générations futures, l’inverse est également vrai : les investissements réalisés aujourd'hui dans des transports gourmands en carbone enfermeront les pays et les villes qui font ce choix dans des trajectoires de développement non durables.

Les banques multilatérales de développement (BMD) se tiennent prêtes à appuyer les engagements pris lors de la COP21 en matière de transports

Ce message a été largement entendu. Un nombre significatif d’États manifestent leur engagement à investir davantage dans les transports respectueux du climat dans les contributions nationales qu'ils présentent en amont de la COP21. Le Bénin, par exemple, s’est engagé dans ce cadre à améliorer les conditions de circulation dans les grandes villes, à développer un système de transport fluvio-lagunaire sur les cours d’eau navigables, et à moderniser et étendre ses infrastructures ferroviaires existantes. Le Bangladesh a quant à lui identifié une mesure d’atténuation potentielle qui passerait par un transfert modal de la route au rail, en développant les réseaux de métro tout en étendant les systèmes de bus express dans les zones urbaines. Le pays a également annoncé son intention de désengorger le trafic routier, notamment en bâtissant des voies rapides et en prenant des mesures en faveur des transports en commun. 


« La communauté internationale, les BMD et les autres acteurs du transport doivent accroître leur soutien aux pays en développement dans la lutte contre l'impact climatique et pour la résilience climatique des transports. La COP21 est une occasion unique de favoriser les investissements et les modèles d'activités liés aux transports durables. »
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Pierre Guislain

Directeur, Pratiques mondiales en matière de Transports et TIC, Banque mondiale

Pour appuyer ces engagements, les huit BMD se sont engagées à leur tour à accroître l’assistance financière et technique qu’elles apportent aux pays qui mettent en œuvre des solutions de transport durables.

Cet engagement s’articule selon trois axes :

  • Financements climatiques : à l'automne 2015, les BMD se sont engagées à accroître considérablement les financements destinés à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation des émissions. À cette occasion, la Banque mondiale s’est engagée à accroître ses financements au titre du climat pour les porter à 29 milliards de dollars annuels. Les transports joueront un rôle clé dans la mise en œuvre de cet engagement.
  • Solutions de transport sobres en carbone : les BMD vont mettre davantage l’accent sur ces solutions, et continuer à harmoniser les outils et indicateurs utilisés pour évaluer les émissions de GES liées aux transports.
  • Adaptation : les BMD vont développer conjointement une approche systématique pour généraliser la résilience climatique dans les politiques, plans et investissements liés aux transports.

Nouveau rapport de la Banque mondiale concernant la résilience des transports

Dans leur déclaration relative aux transports, les BMD soulignent l’importance que revêt l’amélioration de la résilience climatique des systèmes de transport. Elles s’engagent aussi à renforcer la sensibilisation au caractère critique de la protection des services de transport afin que ceux-ci soient en mesure de continuer à générer des bénéfices économiques et sociaux dans les scénarios de changement climatique actuels et futurs.

Dans sa nouvelle publication (a) intitulée Moving Towards Climate-Resilient Transport, la Banque mondiale souligne que, tandis que les pays investissent massivement dans les infrastructures de transport (entre 1 400 et 2 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale selon les estimations), peu de pays en développement ont développé à l’heure actuelle une approche systématique pour généraliser l’intégration des questions de résilience dans ce secteur.

La Banque mondiale travaille avec les pays clients pour veiller à ce que les plans et investissements liés aux transports soient à l’épreuve du climat actuel et futur. Ainsi, au Maroc, l’institution a réalisé une étude sur l’adaptation du secteur des transports au changement climatique et évalué la vulnérabilité des routes. Autre exemple, dans la ville de Can Tho (Viet Nam), elle a passé en revue les coûts infligés par les inondations sur le plan des transports.                                                                                    

En partenariat avec les BMD et les autres acteurs clés du secteur, la Banque mondiale s’est fermement engagée à accroître les ressources et l’expertise qu’elle propose à ses clients pour les aider à intégrer le facteur du changement climatique dans leurs plans et investissements dans les transports, et à renforcer ainsi la résilience climatique au niveau local et national. 


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