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À l’Est de la RDC, l’heure est à la reconstruction

11 février 2014


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A Bunagana, les élèves expriment leur joie le jour de l'inauguration de leur nouvelle école.


LES POINTS MARQUANTS
  • Dans l’est de la RDC, région ravagée par des années de conflit, des travaux d’urgence ont été lancés afin de rebâtir les infrastructures de base après la signature d’un accord-cadre sur la paix en février 2013 et le lancement de l’initiative pour la région des Grands Lacs en mai 2013.
  • Même si la paix reste encore fragile, ces travaux d’urgence ont été entrepris par la Banque mondiale afin de renforcer les perspectives de paix et de relance économique et d’autres programmes ambitieux sont également mis en place.
  • Ces travaux, qui seront achevés en mars 2014, reflètent la volonté de la Banque mondiale de procurer une aide d’urgence aux populations les plus vulnérables, en collaboration avec l’ONU et d’autres partenaires.

BUNAGANA, le 11 février 2014 – La cité de Bunagana, dans le territoire de Rutshuru, réapprend lentement à vivre depuis la fin de la guerre. « Nous avons beaucoup souffert », confie, Liberata Burawa, l’administratrice de ce territoire situé dans la province du Nord-Kivu.

Ce samedi 14 décembre, l’ambiance, dans cette petite ville localisée à 78 kilomètres de Goma (chef-lieu du Nord-Kivu), est à la fête. Une foule nombreuse s’est rassemblée dans ce lieu hautement symbolique que fut le quartier général du groupe armé M23 pour participer au lancement des premiers travaux d’urgence financés par la Banque mondiale: « Nous sommes tellement heureux que la Banque mondiale nous aide à reconstruire notre école », assure Mateso Muhima, le préfet de l’école.  

La nouvelle école que l’on inaugure aujourd’hui, 39 jours seulement après le départ du M23, signale l’engagement fort de la Banque mondiale dans cette partie du pays. «Il était important pour nous de répondre le plus rapidement possible à l’urgence de la situation», confirme le directeur des opérations de la Banque mondiale en République démocratique du Congo, Eustache Ouayoro, qui a fait le déplacement de Kinshasa, la capitale de la RDC, pour participer à cette cérémonie.


« Il est important que ces travaux soient terminés rapidement pour qu’ils aient un impact réel sur les populations. Nous voulons travailler vite mais bien et ainsi faire la différence. Les écoles seront non seulement construites, mais il faut que les élèves aient des livres et même un accès à l’Internet. Nous devons être un programme modèle. »

Eustache Ouayoro

Directeur des opérations de la Banque mondiale en RDC

Priorité  aux communautés vulnérables

Ces travaux d’urgence sont nés de la volonté de la Banque mondiale de participer rapidement à la reconstruction de l’Est de la RDC dévasté par de nombreuses années de guerre. Ils sont  exécutés dans le cadre d’une avance de six millions de dollars qui  a pour but de financer les activités préparatoires du « Projet de stabilisation de l’est pour la paix » (STEP). Ce projet a pour objectif de contribuer à la stabilisation des communautés vulnérables dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ainsi que dans les districts de l'Ituri, Bas-Uélé et Haut-Uélé en Province Orientale. Une attention particulière sera portée aux personnes les plus fragilisées par les conflits, telles que les déplacés internes et leurs communautés d'accueil, les jeunes à risques ainsi que les femmes.

Le projet vise également à renforcer les perspectives de paix et de relance économique. Il se propose d’apporter une réponse aux effets collatéraux de la guerre, en appuyant la réinsertion économique, la réhabilitation et la construction des infrastructures communautaires et la résilience des populations affectées par la guerre. « Notre priorité, ce sont les communautés vulnérables »,  confirme Maurizia Tovo, responsable du projet pour la Banque mondiale.

Pour atteindre ses objectifs, le projet s’appuie sur trois composantes: la première concerne la résilience communautaire et l’amélioration de l’accès aux services socio-économiques de base,  la deuxième s’intéresse à l’augmentation des revenus des populations vulnérables à travers la création d’emploi et la troisième vise à renforcer les capacités des autorités et structures au niveau provincial.

Le projet  STEP ne représente qu’un élément d’une initiative plus ambitieuse que la Banque mondiale se propose de mettre en œuvre dans cette partie de la RDC. Lors de son voyage dans la région des Grands Lacs, effectué en mai dernier en compagnie de Ban Ki-moon, le Secrétaire général de l’ONU, le Président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim avait annoncé un financement d’un milliard de dollars pour aider les pays de la région à améliorer les services de santé et d’éducation, à accroitre les échanges transfrontaliers et financer des projets hydroélectriques.

 Pour Jim Yong Kim, il était important que ce financement contribue à la relance du  développement économique, à la création d’emplois et à l’amélioration des conditions de vie des populations qui souffrent depuis bien trop longtemps. « Les dirigeants de la région des Grands Lacs peuvent désormais, en vertu de la relance de l'activité économique et l'amélioration des conditions de vie dans les zones frontalières, rétablir la confiance, renforcer les économies et ouvrir de nouvelles perspectives à des millions de personnes»,  avait-il indiqué lors de sa visite dans la région. D’ici juillet 2014, environ la moitié du 1 milliard promis dans le cadre de l’Initiative pour la région des Grands Lacs,  aura été engagée, le reste  devant être alloué au cours des 12 mois prochains. 

En RDC,  les financements alloués dans le cadre de l’Initiative des Grands Lacs, combinés aux financements liés au programme national de la Banque mondiale, devraient avoir un plus grand impact et mieux répondre aux besoins des populations.

Tout au long de sa visite au Nord Kivu, le Directeur des Opérations, Eustache Ouayoro, n’a cessé de relayer le message du Président Kim et de réitérer le soutien de la Banque mondiale au processus de  consolidation de la paix. «Notre présence dans cette province, a-t-il répété à ses différents  interlocuteurs, témoigne de notre volonté d’être à vos côtés pour accompagner la reconstruction de cette belle province ».  

La promesse d’un avenir meilleur

Dans les territoires de Rusthuru et de Nyiragongo, ainsi qu’à Goma, les travaux d’urgence  mettront en œuvre 33 sous-projets d’infrastructures communautaires qui touchent les services sociaux de base: écoles, centres de santé, projets d’adduction d’eau potable, d’électricité et de routes de desserte agricole. Tous ces travaux devront être achevés d’ici le 15 mars 2014. « Il est important que ces travaux soient terminés rapidement pour qu’ils aient un impact réel sur les populations », insiste Eustache Ouayoro.  « Nous voulons travailler vite mais bien et ainsi faire la différence. Les écoles seront non seulement construites, mais il faut que les élèves aient des livres et même un accès à l’Internet. Nous devons être un programme modèle», ajoute-t-il.

Ces sous-projets, qui seront exécutés par le Fonds Social de la République, ont été proposés par les bénéficiaires qui participent ainsi à la reconstruction de leur communauté et prennent leur destin en main.  À  Majengo, par exemple, (l’un des quartiers défavorisés de Goma), les communautés ont opté pour l’électricité.

Ce lundi 16 décembre,  il y règne la même effervescence qu’à Bunagana et Kibumba. Ici, on inaugure un poteau électrique qui permettra  au quartier d’avoir enfin du courant électrique : « Nous sommes dans le noir depuis de longues années ; cela a favorisé  l’insécurité  et  le viol », confie Kubuya Ndole, le maire de la ville.  « Nous pourrons désormais circuler en toute sécurité, et les petites activités commerciales vont enfin reprendre», assure à son tour Georgette  Kitambala, la représentante des bénéficiaires.

Le vacarme des travaux va désormais se substituer aux bruits de la guerre et les marteaux vont remplacer les fusils. Dans cette perspective, les écoles, les centres de santé, les projets d’adduction d’eau qui seront construits sont bien plus que de simples infrastructures : ils sont les socles sur lesquels les communautés vont réapprendre  à vivre ensemble. « Nos programmes sont faits pour que les gens travaillent ensemble »,  précise  Eustache Ouayoro.  « La participation communautaire est importante pour recréer le  tissu social ».  

Si le mot souffrance revient souvent pour décrire les années de guerre, ce qui frappe à Bunagana,  Kibumba ou Goma, c’est la dignité des populations, leur courage et leur dynamisme.  « Même pendant la guerre, l’agriculture était florissante», assure Monseigneur Théophile Kaboyi, l’évêque de Goma.   

En quittant Goma, une image reste  vivace : celle des élèves de la petite école de Kibumba entonnant, sous une pluie battante, l’hymne de la RDC qui parle de solidarité, d’un pays plus beau qu’avant à bâtir dans la paix et de serment de liberté légué pour toujours à la postérité. Ici, plus qu’ailleurs, dans les  vertes collines de Nyiragongo,  ces mots prennent tout leur  sens et résonnent comme la promesse certaine d’un avenir meilleur…


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