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Avril 2011

L’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale reste proche de son record de 2008. En dépit d’une légère baisse enregistrée récemment, l’indice des prix alimentaires en mars 2011 est supérieur de 36 % au niveau qui était le sien il y a un an (figure 1). Parmi les hausses majeures enregistrées depuis un an figurent celles du maïs (74 %), du blé (69 %), du soja (36 %) et du sucre (21 %). En revanche, le prix du riz est resté stable. La comparaison entre les prix moyens au premier trimestre 2011 et ceux du dernier trimestre 2010 (tableau 1) montre que les hausses de prix ont concerné un large éventail de produits alimentaires de base.

Source : Groupe d’étude des perspectives de développement (DECPG) de la Banque mondiale

Les prix des produits alimentaires restent instables à la suite des événements survenus récemment au Moyen-Orient et au Japon. À la suite des troubles survenus au Moyen-Orient, le prix du pétrole brut a augmenté de 21 % au premier trimestre 2011. Les événements tragiques qui ont frappé le Japon le 11 mars dernier ont contribué à une baisse des prix à terme du maïs, du soja et du blé, liée aux perspectives de diminution de la demande d’importations ; celles-ci ont depuis été revues à la hausse (figure 2).

La volatilité récente des prix alimentaires est liée à un certain nombre de facteurs qui ont contribué à faire monter les prix au cours de l’année écoulée. Ces facteurs comprennent : i) des évènements météorologiques extrêmes dans des pays exportateurs de céréales tels que la Fédération de Russie, le Kazakhstan, le Canada, l’Australie et l’Argentine au cours de la deuxième moitié de 2010 ; ii) une augmentation généralisée des prix des produits agricoles en 2010, qui a entraîné une concurrence accrue sur la terre et autres intrants ; et iii) le lien avec la hausse des prix du pétrole et les biocarburants (voir ci-dessous). Ces facteurs s’inscrivent dans un contexte à moyen terme caractérisé par : i) une croissance de la demande alimentaire supérieure à la celle de la production au cours de la dernière décennie (figure 3) ; ii) des niveaux de stocks céréaliers historiquement bas (qui sont la conséquence de la donnée précédente) ; iii) l’impact du changement climatique sur la variabilité météorologique et la production agricole ; iv) le recours accru aux restrictions sur les exportations de céréales depuis la flambée des prix alimentaires de 2008 ; v) la hausse de la part des exportations de céréales provenant de la mer Noire et de l’Amérique latine, où les productions sont plus variables que dans les pays exportateurs membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

La hausse des prix alimentaires est liée à celle des prix énergétiques. Les prix du pétrole brut, qui ont connu une hausse brutale de 10,3 % en mars, sont supérieurs de 36 % à leur niveau d’il y a un an. L’impact de cette hausse sur les prix des aliments – une augmentation de 10 % du prix du pétrole brut est associée à une hausse de 2,7 % 1 dans l’indice des prix alimentaires – agit de multiples façons (figure 4). Premièrement, la hausse du prix du pétrole brut favorise les biocarburants et donc une plus grande utilisation de produits alimentaires destinés à cet usage (maïs, huile végétale, sucre). Selon une évaluation d’avril 2011, le département américain de l’Agriculture (USDA) indique que la part de la production de maïs des États-Unis destinée à la fabrication de biocarburants va passer de 31 % en 2008-2009 à 40 % en 2010-2011 – l’estimation publiée en avril pour 2010/11 est légèrement supérieure à celle de mars (50 millions de boisseaux supplémentaires) sous l’effet des fortes incitations en matière de mélanges et en raison de marges plus élevées, selon l’USDA 2. Deuxièmement, la hausse des prix énergétiques affecte le coût de production des produits alimentaires par le biais d’une augmentation des prix des engrais, des coûts d’irrigation et des prix d‘autres intrants agricoles ; l’ampleur de l’impact dépend donc du type de culture et du niveau de mécanisation. Troisièmement, la hausse des prix énergétiques agit aussi sur les prix alimentaires par le vecteur de la hausse des coûts de transport des récoltes vers les marchés, ce qui entraîne des variations de prix plus importantes au sein des pays et accroît les coûts des pays importateurs. Par exemple, le prix du maïs a augmenté de manière beaucoup plus importante dans l’ouest du Guatemala que dans le reste du pays en raison de coûts de transport plus élevés. De même, la forte hausse enregistrée au cours de l’année écoulée au Tadjikistan, en Azerbaïdjan et en République kirghize dans les prix des produits dérivés du blé dépend en partie de l’augmentation des coûts de transport des importations provenant du Kazakhstan.

Variation des prix moyens
1er trimestre 2011/1er
trimestre 2010 (en %)
1er trimestre 2011/4e
trimestre 2010 (en %)
Blé (USD, HRW) 69.1 16.5
Maïs (n° 2, jaune) 73.8 17.1
Riz (25%, thaïlandais) -2.4 -1.3
Soja (USD, cif Rotterdam) 35.6 8.3
Tourteau de soja (cif Rotterdam) 18.3 3.1
Huile de palme (Malaisie, 5 % en gros) 54.9 12.9
Sucre (mondial) 21.0 8.1
Bananes (Amérique centrale/du Sud) 23.4 21.1
Bœuf (Australie/Nouvelle-Zélande) 30.3 16.0

Source : Groupe d’étude des perspectives de développement (DECPG) de la Banque mondiale. Les variations de prix portent sur les prix moyens enregistrés au cours des trimestres considérés. Par exemple, la première colonne indique la variation des prix moyens au cours de la période de janvier à mars 2011 par rapport aux prix moyens de la période de janvier à mars 2010.

L’inflation des prix alimentaires s’est accrue dans un grand nombre de pays au cours de l‘année écoulée. La figure 5a montre la variation des taux d’inflation des prix alimentaires dans une sélection de pays d’Asie de l’Est au cours des deux dernières années. En février 2011, l’inflation des prix alimentaires au Viet Nam, en Indonésie et en Chine était respectivement de 17 %, 15 % et 11 % ; aux Philippines, en Thaïlande et en Malaisie, elle était inférieure à 10 %. En Chine, l’inflation des prix alimentaires est en grande partie imputable à l’augmentation des prix des légumes due à de mauvaises conditions météorologiques et à des goulets d’étranglement de l’offre, ainsi qu’à la hausse des prix de la viande, elle-même liée à l’augmentation du coût du fourrage. Au Viet Nam, la dévaluation de 18 % de la monnaie par rapport au dollar depuis novembre 2009 a eu pour conséquence l’augmentation du coût des produits alimentaires et des aliments pour animaux importés. Dans les pays d’Amérique centrale, l’inflation des prix alimentaires a augmenté de manière constante au cours de l’année écoulée (figure 5b). En Europe et Asie centrale, elle s’est accélérée dans la plupart des pays en 2010, avec un pic à plus de 20 % en République kirghize et en Géorgie (figure 5c).

Il convient de surveiller les incidences que ces hausses des prix alimentaires ont sur le plan macroéconomique. Le degré de répercussion qu’elles auront sur les attentes inflationnistes et l’ampleur de la croissance économique détermineront l’utilisation appropriée des politiques monétaires. En Asie de l’Est, l’inflation des prix alimentaires intervient dans le contexte d’un essor du crédit supérieur à la moyenne de la plupart des pays, ce qui a contribué aux pressions inflationnistes d’ensemble ; un resserrement de la politique monétaire pourrait être un choix envisageable étant donné les signes de surchauffe 3. En Europe de l’Est et en Asie centrale, plusieurs pays connaissent une reprise progressive à la suite de la crise financière, et tout resserrement de la politique monétaire devra tenir compte de l’état du secteur financier et de la croissance 4. Au niveau du commerce extérieur, les importateurs nets de produits alimentaires, de combustibles et d’autres produits de base sont les plus vulnérables, en particulier ceux qui accuse d’importants déficits des comptes courants et/ou ont une couverture de réserves extérieures limitées.

Les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire subissent des hausses de l’inflation des prix alimentaires plus marquées, en particulier lors de flambées des prix internationaux. Les données de 46 pays pour la période 2007-2010 montrent que les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ont subi des hausses plus marquées de l’inflation des prix alimentaires que les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et que les pays à revenu élevé, en particulier lors de flambées des prix internationaux. L’écart entre les deux groupes de pays a atteint environ 5 points de pourcentage en 2008 et 2010 (figure 6). Ces différences peuvent s’expliquer par le fait que les canaux de commercialisation des produits alimentaires dans les pays les plus pauvres ne sont pas en mesure d’absorber des fluctuations importantes dans les prix des produits de base, tandis que les grands détaillants dans les pays plus riches disposent de marges plus importantes, le prix des produits de base ne constituant qu’une petite partie du prix des aliments transformés. Par ailleurs, les gouvernements des pays les plus pauvres n’ont qu’une capacité limitée pour protéger les consommateurs des hausses de prix sur les marchés internationaux.

Source : Bourse de Chicago. Les prix fournis sont ceux à la clôture de chaque jour et correspondent aux contrats dont la livraison est prévue pour le 11 mai.

Source : « Faire face à la volatilité des prix alimentaires mondiaux et à ses répercussions sur la sécurité alimentaire », Document du Comité du développement (2011)

La persistance de la tendance haussière des prix mondiaux du maïs est attribuable à une combinaison de facteurs. En premier lieu, les stocks mondiaux sont historiquement faibles, en raison notamment des sécheresses survenues en Argentine et aux États-Unis. Les stocks aux États-Unis, premier exportateur au monde de maïs, sont à leurs niveaux les plus faibles depuis 30 ans. En deuxième lieu, les incertitudes pesant sur le niveau des importations chinoises en 2011 et sur la nouvelle récolte aux États-Unis continuent d’exercer des pressions sur les prix du maïs. Enfin, en troisième lieu, la hausse du prix du pétrole brut accroît la demande pour la production de biocarburants à base de maïs, tandis que celle du prix du sucre accroît la demande pour les édulcorants à base de maïs.

Les prix locaux du maïs ont grimpé au cours des trois derniers mois dans un certain nombre de pays. Entre décembre 2010 et février 2011, le prix du maïs blanc a augmenté de 27 % au Kenya, de 25 % en Somalie et en Ouganda, de 20 % en République démocratique du Congo et de 16 % au Bénin. Ces fortes hausses découlent en partie de faibles précipitations (tableau 2). Elles ont suivi une période de relative stabilité des prix du maïs au cours de la deuxième partie de 2010 dans la majeure partie de l’Afrique subsaharienne. Au Mexique, au Brésil et en Argentine, le prix du maïs a augmenté respectivement de 37 %, 15 % et 14 % au cours des trois derniers mois. Au Mexique, les industriels réclament que le prix plafond de la tortilla soit relevé afin de refléter cette hausse du prix du maïs.

Source : Données du DECPG

Les tendances sur les prix locaux du blé varient beaucoup en fonction des pays. Au cours des 12 derniers mois, les hausses des prix du blé les plus élevées ont été enregistrées en République kirghize (63 %), au Bangladesh (36 %) et en Colombie (34 %). Si certains pays ont connu ces trois derniers mois une certaine stabilisation du prix des produits dérivés du blé – Bangladesh, Afghanistan et Indonésie –, la tendance est à la hausse dans d’autres pays : Soudan (87 %), Éthiopie (18 %), Inde (11 %) et Colombie (10 %). Dans l’ensemble, l’augmentation des prix du blé a incité les agriculteurs des principales régions productrices (Union européenne, Russie et Ukraine) à accroître la superficie des cultures, et les chiffres de la production devraient s’améliorer en 2011, sauf événements climatiques contraires comme en 2010.

Les prix mondiaux du riz semblent s’être stabilisés mais les tendances des prix varient localement. En février 2011, les prix mondiaux du riz étaient inchangés par rapport à février 2010 et, dans l’ensemble, le prix de référence se situe à environ 32 % de moins que le niveau record atteint lors de la crise de 2008. Les bonnes récoltes enregistrées dans des pays exportateurs clés comme la Thaïlande et le Viet Nam, combinées au fait que les stocks mondiaux sont à leur niveau le plus haut depuis 2002-2003, ont globalement eu pour effet de rassurer les marchés quant à une possible pression à la hausse sur le prix du riz à l’exportation. Les incertitudes pesant sur le niveau de la production avaient contribué à une hausse de 18 % du prix du riz entre juin et décembre 2010 et incité les grands importateurs de riz à accroître leurs stocks intérieurs. En conséquence, les prix locaux du riz ont connu récemment une certaine baisse, même si plusieurs pays enregistrent des hausses importantes. Ainsi, après avoir augmenté de 29 % au Bangladesh et de 25 % au Mozambique en 2010, le prix du riz a légèrement diminué dans ces deux pays ces trois derniers mois. En Indonésie, le prix du riz a baissé de 5 % au cours du premier trimestre 2011 mais, au mois de mars, il était supérieur de 17 % au niveau qui était le sien un an auparavant. En revanche, dans certaines parties du Tchad, de la Tanzanie, du Mozambique et d’Haïti, le prix du riz a connu des hausses de plus de 10 % au cours des trois derniers mois (tableau 2).

Source : PREM, Région Asie de l’Est. Les valeurs fournies correspondent au taux d’inflation en glissement annuel au mois de décembre.

Source : PREM, Région Amérique latine et Caraïbes. Les valeurs fournies correspondent au taux d’inflation en glissement annuel au mois de décembre.


Source : PREM, Région Europe et Asie centrale. Les valeurs fournies correspondent au taux d’inflation en glissement annuel au mois de décembre.

Les prix des produits non céréaliers, qui sont essentiels à la diversité alimentaire, restent instables. Les prix des fruits et légumes ont augmenté en Syrie d’environ 27 % au cours de la période de 12 mois prenant fin en janvier 2010. Les augmentations du prix de la viande, qui constitue une part importante de l’alimentation dans les pays d’Asie centrale, sont en partie imputables à la hausse du coût du fourrage. En Mongolie, où 30 % en moyenne des apports caloriques proviennent de la viande, le prix du mouton a grimpé de 37 % au cours de l’année écoulée, dont une hausse de 15 % entre décembre 2010 et février 2011 ; une épidémie de fièvre aphteuse et un hiver rigoureux expliquent cette augmentation. Des hausses similaires ont été enregistrées au cours du dernier trimestre en Azerbaïdjan (36 % pour le mouton et 13 % pour le bœuf) et en République kirghize (15 % pour le mouton). On observe également de très fortes hausses dans les prix de l’huile de palme et de l’huile de soja, avec des niveaux supérieurs à ceux de l’année dernière de respectivement 104 % et 42 %. Le prix de l’huile de cuisson a augmenté de 43 % au Bangladesh, de 36 % à Maurice et de 19 % en Indonésie au cours de l’année écoulée.

Note : Les barres montrent l’écart en points de pourcentage de l’inflation des prix moyens des produits alimentaires entre les pays ayant un PIB par habitant supérieur et inférieur à 3 945 dollars américains (le seuil pour les pays à revenu intermédiaire de tranche inférieure). L’échantillon de 46 pays comprend des pays d’Asie de l’Est, d’Europe et d’Asie centrale, et d’Amérique centrale

Les conflits sont susceptibles de contribuer aux hausses des prix alimentaires. Les conflits peuvent entraîner une interruption de l’offre et des canaux de distribution, contribuer à des pénuries localisées et à une baisse de la production, et entretenir une hausse des prix alimentaires. Par exemple, la situation actuelle en Côte d’Ivoire a perturbé l’offre d’aliments transformés tels que le lait en poudre, le sucre et l’huile végétale, pour les pays enclavés d’Afrique de l’Ouest que sont le Burkina Faso, le Mali et le Niger, donnant lieu à une hausse du prix de ces produits. Inversement, l’histoire montre que les prix élevés des produits alimentaires et l’insécurité alimentaire qui en découle ont contribué à déclencher des troubles sociaux 5.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, l’inflation des prix alimentaires atteint des niveaux divers en fonction des pays (figure 7). En Égypte, où l’inflation des prix alimentaires est de 19 % (février 2010-février 2011), le prix des céréales est demeuré stable pendant la première moitié de 2010, puis a augmenté de près de 16 % entre juin et décembre 2010. En Syrie, l’inflation des prix alimentaires a presque doublé entre janvier 2010 (7 %) et janvier 2011 (13 %). Les prix des produits laitiers, des matières grasses et huiles et des fruits, qui avaient diminué respectivement de 9 %, 3 % et 1 % en janvier 2010, ont augmenté de 27 %, 28 % et 14 % en janvier 2011. De même, l’Iran a enregistré une inflation des prix alimentaires de 26 %, due principalement à la hausse du prix du pain et des céréales (46 %) et des matières grasses et huiles (64 %). Au même moment, l’inflation des prix alimentaires demeurait relativement modérée dans d’autres pays ayant récemment subi des troubles sociaux, tels que le Bahreïn, la Tunisie et la Jordanie, où elle se situait respectivement à 0,5 %, 4 % et 5 %.

Tableau 2 : Plus fortes fluctuations des prix pour une sélection de produits

Variation au cours des 12 derniers mois
Pays (marché, produit alimentaire)
Variation de prix
Maïs
Ouganda (ventes en gros, Kampala, USD) 114
Brésil (ventes en gros, São Paulo) 88
Argentine (ventes en gros, Rosaria) 71
Somali (ventes au détail, Mogadishu) 65
Rwanda (ventes en gros, Kigali, USD) 48
Nigéria (ventes en gros, Kano) -23
Tanzanie (ventes en gros, Dar es Salaam, USD) -30
Bénin (ventes au détail, Djougou) -34
Riz
Tchad (ventes au détail, N’Djamena) 71
Laos (ventes au détail, Vientiane) 40
Mozambique (ventes au détail, Maxixe) 39
Bangladesh (ventes au détail, Dhaka) 29
Malawi (ventes au détail, Mzuzu) 26
Mexique (ventes en gros, Mexico) -15
Haïti (ventes au détail, Port-au-Prince) -17
Rwanda (ventes au détail, Kigali) -22
 
Variation au cours des 3 derniers mois
Maïs
Mexique (ventes en gros, Mexico) 37
Mozambique (ventes au détail, Maxixe) 29
Kenya (ventes en gros, Nairobi, USD) 27
Somalie (ventes au détail, Mogadishu, USD) 25
Ouganda (ventes en gros, Kampala, USD) 25
Brésil (ventes en gros, São Paulo) 17
Bénin (ventes au détail, Djougou) 16
Argentine (ventes en gros, Rosaria) 15
Riz
Tchad (ventes au détail, N’Djamena) 30
Tanzanie (ventes au détail, Mbeya) 16
Haïti (ventes au détail, Port-au-Prince) 10
Guatemala (ventes en gros, Guatemala) -8
Mozambique (Maputo, retail) -10
 
 
 
 
 
 
 
 
Variation au cours des 12 derniers mois
Pays (marché, produit alimentaire)
Variation de prix
Blé
Kirghizistan (ventes au détail, Bishkek) 63
Mauritanie (ventes au détail, Noukachott) 40
Bangladesh (ventes au détail, Dhaka) 36
Colombie (ventes en gros, Bogota) 34
Afghanistan (ventes au détail, Kaboul) 32
Arménie (ventes au détail, moyenne nationale) 22
Chine (ventes au détail, moyenne nationale) 16
Costa Rica (ventes au détail, moyenne nationale) -15
Djibouti (ventes au détail, Djibouti) -17
Azerbaïdjan (ventes au détail, moyenne nationale) -20
Viande
République kirghize (ventes au détail de mouton, Bishkek) 38
Azerbaïdjan (ventes au détail de bœuf, moyenne nationale) 38
Mongolie (ventes au détail de mouton, Oulan-Bator) 37
 
Variation au cours des 3 derniers mois
Blé
Soudan (ventes au détail de farine de blé, moyenne nationale) 87
Éthiopie (ventes au détail, Jijiga) 18
Djibouti (ventes au détail de farine de blé, Tadjourah) 15
Inde (ventes au détail, Delhi) 11
Colombie (ventes en gros, Bogota) 10
Kirghizistan (ventes au détail, Bishkek) 8
Afghanistan (ventes au détail, Kaboul) -10
Costa Rica (ventes au détail, moyenne nationale) -12
Viande
Azerbaïdjan (ventes au détail de mouton, moyenne nationale) 36
République kirghize (ventes au détail de mouton, Bishkek) 15
Mongolie (ventes au détail de mouton, Oulan-Bator) 15
Azerbaïdjan (ventes au détail de bœuf, moyenne nationale) 13
Somalie (prix locaux, Disoor) -53

Source : Séries de données des prix domestiques du Système mondial d’information et d’alerte rapide (GIEWS) de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du département américain du Développement international/FEWS NET (www.fews.net)

Il est possible de réduire considérablement la volatilité des prix alimentaires au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Des données concernant la Jordanie et la Tunisie montrent qu’en investissant dans la réduction des coûts de logistique liés à la chaîne d’importation alimentaire et en utilisant des outils de gestion des risques, il est possible de réduire considérablement l’instabilité des prix alimentaires et d’assurer le bon approvisionnement d’aliments essentiels (voir encadré 1).

Source : Données 2010-2011 de la Région Moyen-Orient et Afrique du Nord de la Banque mondiale. Le mois le plus récent pour tous les pays à l’exception de l’Égypte et du Koweït est janvier 2011. Les données sur l’inflation alimentaire en Égypte sont disponibles jusqu’en février 2011 et celles pour le Koweït sont disponibles jusqu’en décembre 2010.

L’impact de la hausse des prix alimentaires sur la pauvreté a de multiples dimensions. En premier lieu, la hausse des prix des produits alimentaires a entraîné l’appauvrissement d’une grande partie des 1,2 milliard de personnes qui vivent déjà sous le seuil de l’extrême pauvreté (1,25 dollar par jour) et qui consacrent une part importante de leur revenu à l’alimentation (figure 8). La flambée des prix enregistrée depuis la mi-juin 2010 a fait basculer dans la pauvreté 44 millions de personnes supplémentaires 6. Les simulations indiquent qu’une hausse de 10 % de l’indice des prix alimentaires de la Banque mondiale par rapport à son niveau de mars 2011 précipiterait 10 millions de personnes supplémentaires sous le seuil d’extrême pauvreté ; avec une hausse de 30 % de l’indice, ce sont 34 millions de supplémentaires qui vivraient dans la pauvreté. En outre, les mesures de la variation des chiffres de la pauvreté varient en fonction des régions et des pays. Par exemple, en utilisant le seuil de pauvreté de 2,50 dollars, le nombre de personnes pauvres dans les pays les plus touchés d’Europe et d’Asie centrale pourrait potentiellement augmenter de 11 points de pourcentage en République kirghize et de 8 points de pourcentage en Arménie et en Géorgie en raison de la hausse des prix des produits alimentaires. Au Mexique, l’indice qui mesure le pourcentage de personnes qui ne peuvent pas se procurer le panier de consommation minimale a augmenté d’environ 5 % entre le deuxième et le quatrième trimestre de 20107. En deuxième lieu, les pauvres sont moins en mesure de faire face à de tels chocs et y répondent en mangeant moins et en consommant des aliments moins riches sur le plan nutritionnel, ce qui peut entraîner des carences à long terme. La malnutrition réduit la productivité des adultes et retarde le développement cognitif chez les enfants, ce qui nuit à la croissance économique à long terme. En troisième lieu, on constate des écarts significatifs dans les fluctuations de prix à l’intérieur d’un même pays (tableau 3), ce qui signifie que la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire peut être est localisée. Ces différences s’expliquent par l’existence de conflits et de situations d’interruption de l’offre ainsi que par un défaut d’infrastructure ayant pour effet de limiter le lissage des prix au sein d’un même pays. Ainsi, au Bénin, le prix du riz a augmenté de 33 % à Bohicon et a diminué de 4 % à Cotonou au cours du dernier mois. Une faible augmentation moyenne des prix alimentaires à l’échelle d’un pays peut ainsi masquer d’importantes hausses de la pauvreté dans certaines zones spécifiques.

Encadré 1 Comment réduire le coût des importations alimentaires dans les pays arabes ?

Avec des importations nettes de céréales s’élevant à environ 66 millions de tonnes en 2010, les pays arabes continuent de figurer au premier rang mondial des importateurs de céréales. Un certain nombre de facteurs structurels expliquent cette tendance, notamment la croissance de la population et des revenus, ainsi que la rareté des ressources en eau et en terres, qui limitent inévitablement la production. De ce fait, la hausse des prix des céréales, et en particulier du blé, et leur volatilité accrue posent aux pays de la région des problèmes budgétaires et de sécurité alimentaires majeurs. La gestion de la volatilité des prix et l’amélioration de l’efficacité de la chaîne d’importation constituent des enjeux particulièrement importants dans les pays arables.

Des données provisoires pour dix pays arabes montrent que l’ensemble des coûts logistiques – à savoir 1) la manutention portuaire, 2) le transport intérieur, 3) l’entreposage, 4) la gestion, 5) les pertes de marchandises et 6) les dépenses d’équipement – se chiffrent à 36 dollars par tonne de blé. À titre de comparaison, ils s’élèvent à 18 dollars par tonne aux Pays-Bas. La manutention portuaire représente en moyenne dans les dix pays 40 % des coûts de logistique. En raison de la faiblesse de la capacité de manutention et de la vétuste des équipements, les bateaux chargés de blé doivent très souvent attendre jusqu’à 10 jours avant de pouvoir décharger leur cargaison. Il existe toutefois d’importants écarts de performance entre les chaînes d’approvisionnement des différents pays de la région. Par exemple, la chaîne d’approvisionnement est relativement efficiente au Bahreïn, où le port est équipé de silos et de minoteries et où les coûts logistiques représentent moins de 0,01 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. En Jordanie, en revanche, les contraintes géographiques empêchant le regroupement portuaire de la chaîne d’approvisionnement, le transport intérieur constitue une part importante des coûts de la chaîne d’importation du blé, et les coûts logistiques représentent 0,15 % du PIB. En supposant que ces coûts puissent être réduits de 50 % (ce qui correspond à l’écart entre la moyenne pour les dix pays arabes et les Pays-Bas), grâce à des investissements dans la modernisation des infrastructures et de la gestion, la Jordanie pourrait réaliser des économies équivalant à 59 % de la variation de sa facture d’importations de blé intervenue entre 2009 et 2010. De tels investissements réduiraient également les risques de pertes de marchandises et assureraient une livraison rapide des stocks en cas d’urgence.

En plus d’améliorer leur efficacité logistique, les pays arabes pourraient aussi utiliser des outils de gestion des risques pour réduire leur exposition à la volatilité et aux chocs des prix. Une analyse des adjudications de blé concernant la Tunisie sur une longue période semble indiquer que l’écart entre ce qui est payé pour le blé et le prix du blé sur les marchés internationaux peut augmenter en période de chocs des prix. Par exemple, lors de la flambée des prix des denrées alimentaires en 2008, la Tunisie a payé pour le blé dur (fret inclus) une prime de 91 % par rapport au prix au comptant du blé sur les marchés internationaux, alors que cette prime était de 47 % avant et après l’envolée des cours. Les instruments de couverture physique, qui incorporent une protection contre les variations de prix dans les contrats d’approvisionnement physique, peuvent aider les pays à atténuer la volatilité de ces écarts. Cette approche non seulement apporterait aux pays la protection souhaitée contre les variations de prix, mais répondrait également aux besoins physiques d’importations de blé des pays arabes. Il serait possible aussi d’utiliser des instruments financiers, tels que les options permettant de plafonner les prix, pour aider les États à se protéger contre de fortes hausses du prix de référence sous-jacent. Les deux formules de couverture pourraient aider les pouvoirs publics à mieux prévoir leurs obligations budgétaires futures.

Source : Région Moyen-Orient et Afrique du Nord de la Banque mondiale, département Développement durable

Source : Ces données du DECPG sont tirées d’enquêtes auprès des ménages dans les divers pays pour diverses années. Elles correspondent au 10 % de ménages les plus pauvres.

Il existe un certain nombre de politiques capables de réduire immédiatement l’impact de la hausse des prix alimentaires sur les pauvres. Ce programme peut être divisé en actions à court terme et en actions à moyen terme. La priorité immédiate est de cibler les programmes de nutrition et d’aide sociale sur les plus pauvres, et cela même dans les pays qui en apparence ne semblent pas être touchés par la hausse des prix alimentaires – par exemple, les pays exportateurs nets où les prix moyens des produits alimentaires peuvent être stables. À la lumière des importants écarts observés au sein des pays (voir ci-dessus) et en tenant compte du fait que, même dans les pays exportateurs nets, les pauvres en milieu urbain sont touchés, il est important que tous les pays ciblent davantage leurs programmes de nutrition et d’aide sociale et qu’ils accroissent le niveau de leurs prestations. En matière de politique macroéconomique, il convient d’évaluer dans quelle mesure la hausse des prix des produits de base alimente les attentes inflationnistes et d’y apporter les réponses appropriées ; il est aussi nécessaire d’évaluer les besoins en financements extérieurs des importateurs nets de produits de base. Parmi les mesures qui permettraient de réduire les pressions sur des marchés alimentaires mondiaux étroits, figurent l’assouplissement des cibles fixées en matière de biocarburants lorsque les prix alimentaires dépassent certains seuils – ce qui permet de réduire la demande de produits agricoles –, et l’élimination des restrictions sur les exportations de céréales – ce qui permet d’accroître l’offre mondiale.

Il existe aussi des actions de moyen terme susceptibles d’améliorer la sécurité alimentaire. Premièrement, il est nécessaire de renforcer la capacité des pays à gérer la volatilité des prix et les risques au niveau national et au niveau des ménages grâce aux instruments des marchés financiers ; d’améliorer les prévisions météorologiques ; de disposer de données de meilleure qualité sur la production et sur les stocks ; et de renforcer les systèmes de protection sociale. Deuxièmement, pour assurer une offre alimentaire suffisante au niveau national et mondial, il est nécessaire d’investir dans l’accroissement des rendements agricoles d’une manière qui soit écologiquement viable. Troisièmement, il faut promouvoir la sensibilisation aux avancées technologiques récentes et faciliter leur adoption, comme dans le cas par exemple des techniques d’amélioration du riz qui pourraient permettre de rehausser sa qualité nutritionnelle. Quatrièmement, la multiplication d’événements météorologiques extrêmes porte à croire qu’il est important de s’attaquer au changement climatique si l’on veut réduire la volatilité des prix alimentaires. Enfin, la réduction de la vulnérabilité aux flambées des prix alimentaires nécessite la mise en place de politiques et programmes qui augmentent les revenus des pauvres et, par conséquent, les interventions multisectorielles requises pour réduire la pauvreté représentent une part essentielle de ces solutions.


Tableau 3 : Écarts dans les variations de prix au sein des pays

Pays Produit Le plus faible (marché) Le plus élevé (marché)
Bénin Riz -4 (Cotonou) 33 (Bohicon)
Chad Sorgho 0 (Abeche) 50 (Sarh)
Niger Millet -3 (Diffa) 29 (Tahoua)
Sénégal Millet -1 (Kaolak) 20 (Tambacounda)
Burundi Farine de manioc -7 (Gitega) 29 (Kirundo)
Somalie Sorgho -1 (Baidoa) 22 (Mogadishu)
Mozambique Maïs blanc -25 (Nampula) 7 (Maxixe)
Haïti Farine de maïs -12 (Port-au-Prince) 31 (Hinche)
Nicaragua Maïs blanc 0 (Chontales) 14 (Rivas)
Afghanistan Riz -15 (Jalalabad) 2 (Kandahar)
Tadjikistan Farine de blé 6 (Khorog) 16 (Gharm)

Source : Calculs de l’auteur basés sur les données de l’USAID/FEWS NET (www.fews.net)

Endnotes

1. Baffes John “More on the energy/non-energy price link” Applied Economics Letters, 17:16, 1555-1558.
2. Estimations mondiales de l’offre et de la demande agricole, 8 avril 2011, Département américain de l’Agriculture.
3. Banque mondiale, Région Asie de l’Est et Pacifique, Mise à jour économique 2011, Vol.1, Washington DC.
4. Banque mondiale, Région Europe et Asie centrale, “Rising Food and Energy prices in Europe and Central Asia”, Washington (2011).
5. Banque mondiale, “Food Insecurity and Conflict: Applying the WDR Framework,” Document préliminaire au Rapport sur le développement 2011, Washington, DC (2010).
6. Ivanic Maros, Will Martinet Hassan Zaman, “Estimating the Short-Run Poverty Impacts of the 2010–11 Surge in Food Prices,” Document de travail, Banque mondiale, Washington, DC (2011).
7. Banque mondiale, Région Amérique latine et Caraïbes, “High Food Prices: Responses to a New Normal,” Washington, DC (2011).

Food Price Watch, produced by the Poverty Reduction and Equity group at the World Bank, is a series that aims at drawing attention to trends in domestic food prices in low- and middle-income countries and their policy implications. Contact: Hassan Zaman (hzaman@worldbank.org)