NOTE

L’éducation au Moyen-Orient et Afrique du Nord

27 janvier 2014

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Campus de l'Université de Tunis

Arne Hoel l World Bank


LES RÉALISATIONS

La région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) a réalisé de grandes avancées dans l’éducation. Elle a multiplié par quatre le niveau moyen de scolarisation depuis 1960, divisé par deux le taux d’analphabétisme depuis 1980 et est parvenue à la parité presque parfaite entre les sexes à l’école primaire.

Accès : Les taux d’inscription dans le système scolaire ont significativement progressé au cours de la dernière décennie, au point que dans la plupart des pays de la région MENA, l’accès à l’enseignement primaire est désormais universel pour les garçons comme pour les filles. Le taux de scolarisation net moyen est passé de 86 à 94 % entre 2000 et 2010. Dans le secondaire également, on observe une amélioration, quoique moins marquée : le taux de scolarisation net y est passé de 62 à 70 % sur la même période.

Alphabétisation : Résultat direct des efforts déployés par la région pour renforcer l’accès à l’éducation, le taux d’alphabétisation de la population adulte (c’est-à-dire des plus de quinze ans) a fait un bond spectaculaire ces 20 dernières années, passant de 59 % en 1990 à 78 % en 2010.

Inégalités filles/garçons : Contrairement à ce que l’on observe dans le reste du monde, il existe dans la région un écart inversé entre les genres, puisque les filles obtiennent de meilleurs résultats que les garçons en mathématiques en quatrième année du primaire, et que cette tendance se poursuit en général jusqu’à la huitième année de scolarité. Dans une région qui n’est pas connue pour ses performances dans le domaine de l’égalité entre les sexes, ces statistiques soulèvent un certain nombre de questions intéressantes qui méritent d’être explorées.

Engagements de financement public : Les autorités des pays de la région MENA font preuve d’un engagement sans faille vis-à-vis du financement public de l’éducation. Dans la région, la moyenne de l’investissement public dans ce domaine représente plus de 5,3 % du PIB.

LES ENJEUX

Ces résultats impressionnants sont assombris par un constat inquiétant : pour bien trop d’élèves dans toute la région, fréquenter l’école n’est pas synonyme d’apprendre.

Qualité de l’éducation : Les données montrent que les systèmes éducatifs de la région MENA sont dans l’ensemble de bien piètre qualité. Les compétences de base ne sont pas assimilées, ce dont témoignent sans ambiguïté les tests internationaux standardisés, dont les résultats révèlent que la région n’a pas encore atteint le niveau qui devrait être le sien compte tenu de son PIB par habitant moyen (Figure 1).

Décalage des compétences : Dans le même temps, les données mettent en évidence un décalage persistant entre les compétences demandées sur le marché du travail et celles enseignées. Dans les études mondiales, les entreprises de la région MENA sont plus nombreuses à déplorer que les lacunes de la main-d’œuvre, tant dans le savoir général que technique, entravent leur croissance et les possibilités d’embauche.

Les employeurs interrogés (a) déclarent qu’environ un tiers seulement des nouveaux diplômés sont opérationnels. La région investit comparativement peu dans la formation avant et pendant l’emploi. Plus de la moitié des employeurs remédient à cette carence en proposant des formations, ce qui prend du temps et revient cher. Les étudiants sont tout aussi conscients que les employeurs de cette insuffisance : parmi ceux qui ont été interrogés, un tiers seulement estiment être bien préparés pour entrer sur le marché du travail. Fait intéressant, plus d’un tiers des étudiants se disent prêts à payer pour faire des études si ces dernières peuvent leur ouvrir de meilleures perspectives professionnelles.

Poussée démographique des jeunes Les projections démographiques révèlent que la population jeune de la région (jusqu’à l’âge de 24 ans) va encore gagner 2 millions de personnes d’ici 2015, avant de faire un bond d’environ 10 millions entre 2015 et 2030. Cette poussée soudaine de la jeunesse va accentuer la demande de services d’éducation à tous les niveaux et exercer des pressions considérables sur les établissements existants. À l’évidence, il faudra résorber le double déficit persistant de qualité et de pertinence avant l’arrivée de cette nouvelle vague de jeunes. Car si on leur en donne les moyens, ces nouvelles générations pourraient devenir un moteur de croissance pour la région.


« « Pendant les sorties scolaires, il faut un enseignant pour 12 élèves. En présence de 108 élèves, combien faut-il d’enseignants ? » Plus de la moitié de tous les élèves de 8e année (âgés de 13 ans) dans la région ont été incapables de répondre à cette question. »

Figure 1: La qualité de l’éducation est inférieure aux normes internationales


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Source : Banque mondiale. 2013a. Jobs for Shared Prosperity: Time for Action in the Middle East and North Africa. Washington, DC : MNSHD, Banque mondiale, p. 172.


LES NOUVEAUX DÉFIS

Gouvernance et responsabilisation : Dans le sillage du Printemps arabe, les revendications réclamant une fourniture des services publics plus transparente et plus proche des besoins se sont multipliées dans la région, et nombre d’entre elles portaient directement sur l’éducation. Certaines demandaient par exemple aux établissements et aux enseignants des comptes sur les résultats scolaires. La réponse à ces revendications se fait toujours attendre.

La crise syrienne : Dans l’immédiat, la région doit faire face aux défis que pose, dans le secteur de l’éducation, l’arrivée d’une vague de réfugiés d’âge scolaire dans les pays voisins de la Syrie, surtout la Jordanie et le Liban. Même si la crise devait cesser dans l’heure, ce qui est fortement improbable, selon les projections des Nations unies, il faudrait de 8 à 10 ans pour que les personnes déplacées rentrent en Syrie. La réaction d’urgence à la crise humanitaire n’est que le début. La réponse à la croissance du nombre d’élèves comptera parmi les priorités de développement de la région à moyen terme.

L’ENGAGEMENT DE LA BANQUE MONDIALE

En droite ligne de la stratégie 2012 de la Banque mondiale pour l’éducation, axée sur l’importance des apprentissages pour tous, la stratégie de la Région MENA pour l’éducation propose une approche en deux volets, reposant sur des domaines prioritaires et des stratégies d’engagement.

Notre contribution

Le Groupe de la Banque mondiale appuie l’éducation dans les pays de la région MENA via des échanges de savoir, la promotion des innovations, divers mécanismes de financement et des partenariats visant à développer des solutions intégrées destinées à résoudre les problèmes restants. Le Groupe de la Banque mondiale apporte son aide à l’éducation aux niveaux de la petite enfance, du primaire, du secondaire et de l’enseignement technique, professionnel et supérieur. Le Yémen et Djibouti reçoivent des crédits finançant des activités telles que la construction et la remise en état des écoles, la formation des enseignants, ainsi que des transferts monétaires conditionnels conçus pour inciter les familles à envoyer les filles à l’école. Dans les pays à revenu intermédiaire, les prêts finançant les projets sont axés sur des initiatives qui ont pour but d’améliorer la qualité, tandis que dans les pays du Conseil de coopération du Golfe, nous offrons une assistance technique par l’intermédiaire de services de conseil remboursables.

Savoir, partenariat et innovation

Le rapport phare sur l’éducation dans la région MENA, intitulé Un parcours non encore achevé (Banque mondiale, 2008), nous apprend que pour beaucoup trop d’élèves de la région, l’école ne permet pas d’acquérir un savoir, et que cette carence s’explique probablement par la piètre qualité de l’enseignement et par des mécanismes de responsabilisation insuffisants.

Prenant acte de ce constat, les 22 ministres de l’Éducation de la région se sont réunis en novembre 2010 pour adopter la Déclaration de Doha sur la qualité de l’éducation, laquelle appelle à agir pour remédier à ce problème urgent.

À la suite de cet appel, la Banque mondiale a contribué à élaborer le Programme régional pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement dans le monde arabe (ARAIEQ), une initiative de coordination qui établit un lien entre les nombreuses initiatives et institutions régionales existantes et de nouveaux programmes afin de former un réseau cohérent et efficace. Le programme est composé de cinq volets régionaux fondamentaux — développement de la petite enfance, technologies de l’information et des communications (TIC), politiques et pratiques de l’enseignement, évaluation et entrepreneuriat —, avec l’objectif d’améliorer la qualité de l’instruction dans toute la région MENA.

Un autre rapport phare intitulé L’emploi pour une prospérité partagée analyse comment les règles et les incitations qui régissent les marchés du travail dans les pays de la région MENA aboutissent à des résultats inefficients et inéquitables, tant d’un point de vue personnel que collectif. Plusieurs distorsions sous-jacentes font obstacle à une utilisation plus productive du capital humain et engendrent un sentiment généralisé d’injustice et d’exclusion, dont le Printemps arabe s’est fait l’écho avec force. Ce rapport met en avant le rôle déterminant joué par les systèmes éducatifs de la région, qui à la fois contribuent à cette inefficience des marchés du travail et font partie intégrante des solutions potentielles.

Le programme SABER (a) vise à produire des données comparables et des connaissances sur les politiques et les institutions du domaine de l’éducation dans le but d’aider les pays à renforcer de manière systématique leur système éducatif. Il évalue la qualité des politiques d’éducation sur la base de normes mondiales établies à partir de données, en s’appuyant sur des outils de diagnostic nouveaux et sur des données détaillées recueillies à cette fin. Les derniers travaux en date de l’initiative SABER dans la région se sont intéressés au développement de la main-d’œuvre ainsi qu’au développement de la petite enfance, deux domaines dont la contribution à la réforme de l’éducation est jugée essentielle.

Gouvernance et services sociaux : Une bonne gouvernance constitue une condition préalable indispensable à l’efficacité des politiques, programmes et services publics. Elle présuppose qu’une interaction améliorée entre les pouvoirs publics et la population repose sur des principes de transparence, de reddition des comptes et de participation. La réforme de la gouvernance figure en haut de la liste des priorités du développement de nombre des pays de la région MENA, surtout s’agissant de la fourniture des services d’éducation et de santé. Le Groupe de la Banque mondiale capitalise sur les données disponibles dans ce domaine et élabore des propositions de politique afin d’aider les pays de la région à formuler leur stratégie pour l’avenir.


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