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Accueil des réfugiés : le nouveau Mécanisme mondial de financement concessionnel

04 octobre 2016


Le nouveau mécanisme mondial permettra une réponse internationale coordonnée afin de faire face à la crise des réfugiés dans les pays à revenu intermédiaire.

World Bank Group

LES POINTS MARQUANTS
  • Les pays à revenu intermédiaire accueillent aujourd’hui quelque six millions de réfugiés dans le monde et peinent à trouver des financements abordables et viables pour pouvoir assumer les coûts supplémentaires associés à l’accueil d’une population si nombreuse.
  • Un nouveau mécanisme mondial vise à combler le déficit de financement en apportant une source de financement concessionnel à long terme aux pays à revenu intermédiaire qui accueillent un grand nombre de réfugiés.
  • Le Mécanisme de financement concessionnel étendra à l’échelle mondiale une initiative lancée à l’origine pour aider la Jordanie et le Liban, afin de faire face à la crise des réfugiés dans les pays à revenu intermédiaire en apportant une réponse internationale coordonnée.

Imaginez que vous viviez dans un quartier où la plupart des maisons ont été détruites par un incendie, sauf la vôtre. Vous accueillez vos voisins chez vous, d’abord pour quelques mois, mais ils restent plusieurs années. Tout va bien sauf qu’au départ vous pouviez payer vos dépenses courantes et qu’aujourd’hui vous avez du mal à assumer les frais supplémentaires.

Si vous gagniez moins vous-même, vous pourriez prétendre à une aide financière de l’État ou des autorités locales qui vous permettrait de subvenir aux besoins de vos hôtes, mais, alors même que vous dépensez beaucoup plus, votre revenu reste globalement inchangé, et vous n’avez droit à aucune aide.

C’est la situation dans laquelle se trouvent des pays à revenu intermédiaire comme la Jordanie et le Liban, six ans après le début de la crise syrienne. Les pays à revenu intermédiaire accueillent aujourd’hui quelque six millions de réfugiés dans le monde et peinent à trouver des financements abordables et viables pour pouvoir assumer les coûts supplémentaires associés à l’accueil d’une population si nombreuse. Mardi 20 septembre, à l’occasion du Sommet des dirigeants sur les réfugiés, le président des États-Unis Barack Obama a annoncé le lancement d’une initiative internationale destinée à aider les pays à revenu intermédiaire qui accueillent un grand nombre de réfugiés. Le jour suivant, une conférence a été organisée en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies afin que les chefs de gouvernement, les ministres et les directeurs d’organisations internationales discutent des possibilités offertes par le Mécanisme mondial de financement concessionnel (Global Concessional Financing Facility ou GCFF).

« Nous voulons utiliser ce mécanisme comme une plateforme pour apporter à toute crise des réfugiés, où qu’elle se produise, une réponse internationale coordonnée », a annoncé le président du Groupe de la Banque mondiale Jim Yong Kim, qui co-présidait l’événement avec le vice-secrétaire général des Nations Unies Jan Eliasson. Le GCFF étend à l’échelle mondiale l’initiative de financement concessionnel pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA CFF), qui avait été lancée pour aider le Liban et la Jordanie, les deux pays à revenu intermédiaire qui ont accueilli le plus de réfugiés par rapport à leur population. Le GCFF est un élément essentiel de la « Plateforme de réponse aux crises mondiales », développée par le Groupe de la Banque mondiale afin de favoriser un soutien plus systématique et étendu en cas de crise sous l’égide d’une structure unique qui rassemble les connaissances et les ressources disponibles ainsi que des instruments financiers éprouvés et novateurs. En ce qui concerne les pays à faible revenu, cette plateforme vise à accroître considérablement la capacité de riposte aux crises de l’Association internationale de développement (IDA), le fonds de la Banque mondiale pour les pays les plus pauvres.

« C'est inédit, car, pour la première fois, on privilégie les individus dans le besoin et non le type de pays », a insisté Kristalina Georgieva, vice-présidente de la Commission européenne en charge du Budget et des Ressources humaines, l’une des intervenantes à la conférence. Et d’ajouter : « Un pays à revenu intermédiaire qui accueille des millions de réfugiés doit pouvoir bénéficier de crédits subventionnés. C'est juste et cela va permettre de faire en sorte que ce bien public mondial que constitue l'accueil des réfugiés soit reconnu par la communauté internationale ».

Le dispositif créé pour les pays de la région MENA visait à combler le déficit de financement pour la Jordanie et le Liban. Grâce à l’utilisation innovante des dons (faire en sorte que le milliard de dollars de dons recueilli auprès des pays donateurs serve de levier pour accorder 4 milliards de dollars de prêts assortis de conditions préférentielles), ce mécanisme procure un financement essentiel de long terme et bon marché. En juillet, soit trois mois après des promesses de dons initiales totalisant 140 millions de dollars, il a approuvé le financement de deux projets en Jordanie (pour un montant global de 340 millions de dollars de financements concessionnels) qui, sous réserve de l’approbation des organismes d’exécution, permettront de délivrer des permis de travail à 130 000 réfugiés syriens et de renforcer les infrastructures d’eau dans les communautés accueillant des réfugiés.

Afin de parer à de futures crises, et de veiller à ce que les pays touchés reçoivent l’aide sans délai, le GCFF vise à aider les pays à revenu intermédiaire à faire face à la crise des réfugiés, y compris dans les situations prolongées, dans le monde entier.

En apportant un financement à plus long terme, les dispositifs mis en place complètent et prennent le relai de l’aide humanitaire, qui, par nécessité, doit répondre aux besoins urgents et à court terme. « Nous n'avons jamais bénéficié d'un financement de long terme pour l'éducation, pour l'emploi. C'est quelque chose que nous, organisations humanitaires, attendions depuis des années », a souligné le haut-commissaire des Nations Unies aux réfugiés, Filippo Grandi, autre intervenant à la conférence. En promouvant une structure ouverte qui rassemble organisations humanitaires, banques de développement multilatérales, et pays bénéficiaires et donateurs, le GCFF garantira une réponse internationale coordonnée face aux crises auxquelles les pays à revenu intermédiaire du monde entier risquent d’être confrontés en raison de l’afflux de réfugiés sur leur territoire.

Le nouveau mécanisme mondial de financement concessionnel continuera à mettre l’accent sur la Jordanie et le Liban, l’objectif étant de mobiliser 1 milliard de dons au cours des cinq prochaines années pour ces deux pays spécifiquement. Il prévoit de lever 500 millions de dollars de dons supplémentaires au cours de cette période, dans le but d’aider des pays à revenu intermédiaire à surmonter les crises migratoires auxquelles ils pourraient être confrontés à l’avenir. Le mécanisme escompte récolter au total 1,5 milliard de dollars afin de pouvoir allouer 6 milliards de financements concessionnels. Lors du Sommet des dirigeants sur les réfugiés, les États-Unis se sont engagés à verser au moins 50 millions de dollars, le Japon, 100 millions de dollars, la Suède, 20 millions de dollars, et le Danemark, 15 millions de dollars.

« Nous sommes presque au stade où nous pouvons affirmer qu'une étape historique est franchie vers le mariage entre action humanitaire et développement », a déclaré le vice-secrétaire général des Nations Unies, Jan Eliasson. « Il s'agit à la fois de répondre à la crise humanitaire à court terme et d'œuvrer à la construction sociale à long terme. »

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