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Revitaliser l’enseignement supérieur en Afrique : un défi et une opportunité

12 mars 2015


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Kofi Annan, ancien secrétaire général de l'ONU, lors du Sommet sur l’enseignement supérieur en Afrique à Dakar, Senegal, le 11 mars.


LES POINTS MARQUANTS
  • Représentants des pouvoirs publics, universitaires, partenaires de développement internationaux et entrepreneurs étaient réunis à Dakar du 10 au 12 mars afin de définir une vision commune visant à transformer l’enseignement supérieur en Afrique.
  • Au cours de ce sommet organisé par TrustAfrica, les différentes parties prenantes ont évoqué les défis auxquels le continent fait face en matière d'investissement et de financement de l’enseignement supérieur ainsi que la question de l’employabilité des jeunes diplômés.
  • Bien que la proportion des jeunes dans la population soit en augmentation rapide dans de nombreux pays africains, leur taux d'accès à l'enseignement supérieur n'est que de 7 %.

DAKAR, 12 mars 2014—Quels sont les priorités et les défis de l'enseignement supérieur en Afrique à l’horizon des cinquante prochaines années ? Pendant trois jours, cette question a été au cœur d’un sommet organisé à Dakar par la fondation TrustAfrica et rassemblant un large éventail de parties prenantes : chefs d'État et ministres de l'Éducation, universitaires, partenaires de développement internationaux mais aussi entrepreneurs.

L’objectif de ce sommet, qui a réuni des acteurs de tout le continent, était de définir une vision commune visant à transformer les systèmes d’enseignement supérieur nécessaires pour mieux répondre aux besoins de l'Afrique d’aujourd’hui et de demain.



« La Banque mondiale investit dans l'enseignement supérieur 20 % de son budget consacré à l'éducation en Afrique subsaharienne, ce qui représente environ 600 millions de dollars »

Claudia Costin

Directrice principale du pôle Éducation du Groupe de la Banque mondiale


Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, présidente de la Commission de l'Union africaine, et M. Macky Sall, président du Sénégal, ont ouvert le sommet en appelant les participants à aboutir à une déclaration d'objectifs communs.

« Le taux d'accès à l'enseignement supérieur n'est que de 7 % en Afrique, contre 76 % dans les pays occidentaux. Il y a urgence à faciliter cet accès et à renforcer les capacités des universités africaines », a souligné Macky Sall.

Selon Mme Dlamini-Zuma, tout l’enjeu réside dans la capacité de l'Afrique à adapter ses programmes d'études, sa recherche et ses méthodes d'enseignement aux mutations à l'œuvre au sein du continent et dans le monde entier. « Nous produisons trop peu de docteurs en général et de docteurs en médecine en particulier, d'ingénieurs, de scientifiques, de chefs de projet et de mathématiciens », a-t-elle expliqué. « Nos jeunes sont confrontés à une communauté vieillissante d'universitaires et de chercheurs, ce qui limite les perspectives d'innovation et de développement. »

Thème officiel du sommet, cette « revitalisation de l'enseignement supérieur » en Afrique nécessitera des engagements fermes de la part des autorités publiques, des investissements importants et durables, des partenariats plus larges et une vision à long terme. Cette conférence internationale aura donc offert aux différents protagonistes un espace de discussion pour aborder précisément tous ces sujets, en approfondissant notamment les questions d'équité, d'accès, d'employabilité, de financement, de partenariats et d’égalité des sexes.

Kofi Annan, président de l'Africa Progress Panel, a souligné le levier puissant que constituent les partenariats avec le secteur privé en ce qu’ils « peuvent combler le fossé entre les besoins des employeurs africains et les compétences des jeunes diplômés du continent ». Faute de quoi, a souligné l’ancien secrétaire général des Nations Unies,  « leurs diplômes ne permettront pas aux étudiants de décrocher les emplois qu'ils visent, ce qui constitue un terreau propice à l’éclosion de troubles sociaux, politiques et économiques ».

L'établissement de partenariats stratégiques entre les universités africaines et les bailleurs de fonds internationaux constitue également un élément essentiel. À l’heure actuelle, « la Banque mondiale investit dans l'enseignement supérieur 20 % de son budget consacré à l'éducation en Afrique subsaharienne, ce qui représente environ 600 millions de dollars », a indiqué Claudia Costin, directrice principale du pôle Éducation du Groupe de la Banque mondiale, durant une table ronde de haut niveau sur les investissements dans l'enseignement supérieur en Afrique.

Pour améliorer la qualité de cet enseignement et retenir les talents africains, la Banque mondiale apporte son soutien à 19 structures de recherche dans plusieurs pays d'Afrique de l’Ouest et centrale, dans le cadre de la première phase d’un grand projet de développement de « centres d'excellence » africains. « Ces centres, qui contribuent à soutenir les disciplines liées aux sciences, à la technologie, à l'ingénierie et aux mathématiques, constituent une réponse directe aux besoins de développement de l'Afrique », a expliqué Andreas Blom, économiste principal au pôle Éducation de la Banque mondiale.

Qu'il s'agisse d'adaptation au changement climatique ou de lutte contre les maladies infectieuses, les besoins sont immenses sur le continent; pourtant les universités africaines, leurs étudiants et le corps enseignant débordent d'optimisme. Une chose est sûre, la performance du système d'éducation jouera un rôle crucial pour libérer tout le potentiel économique et social de l'Afrique dans les années à venir.



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