ARTICLE

Dans la lutte contre les violences faites aux femmes, une image vaut 1000 mots

02 juin 2014


Image

Stella Damasus, célébrité nollywoodienne, vient de produire un court métrage sur le thème de la violence domestique. 

@Dasan Bobo/World Bank

LES POINTS MARQUANTS
  • Seven artists from around the world, whose work is part of “1-in-3”, a new exhibition curated by the World Bank Art Program, took part in a panel discussion on the role art can play in fighting gender-based violence
  • Nollywood star Stella Damasus spoke passionately about the need to break the silence about violence against women.
  • As in other regions, gender-based violence is widespread in Africa, especially in areas affected by conflict.

WASHINGTON, 2 juin 2014 – Quel est le rôle de l’art dans la lutte contre les violences faites aux femmes ? Sept artistes originaires des quatre coins du monde  en ont débattu récemment lors d’une table ronde au siège du Groupe de la Banque mondiale à Washington. « Donnons pour une fois la parole aux artistes et non aux experts », a déclaré Ian Bannon, spécialiste du développement social pour la Région Afrique à la Banque mondiale, en présentant les artistes.  

Stella Damasus, actrice, chanteuse et productrice nigériane, a plaidé avec passion pour rompre le silence et les tabous. « Parfois, pour réveiller les consciences, il faut les provoquer », a-t-elle affirmé alors qu’elle expliquait pourquoi elle vient de produire  un court métrage sur le thème de la violence conjugale. Intitulé When it is Enough (« Trop, c’est trop »), ce film est inspiré d’un « fait divers »  tragique: le décès de sa meilleure amie, battue à mort par son époux.

La star mise sur l’influence de Nollywood, la toute jeune industrie cinématographique du Nigéria, en plein essor, pour faire évoluer les normes sociales en Afrique. Elle croit au pouvoir de la télévision et des films pour aborder des sujets tabous, vaincre les obstacles, mobiliser un soutien en faveur du changement et influencer les perceptions et opinions du public, notamment des jeunes Africains.

La star de Nollywood  a déploré le fait qu’à l’écran, « les femmes sont toujours les victimes, celles qui pleurent, les faibles… ». Et d’ajouter : « Comment voulez-vous que les garçons nous voient autrement ? ».  Son souhait ? Faire prendre conscience à l’industrie du divertissement qu’elle a un rôle important à jouer en cessant de cantonner les femmes à un rôle de victime.     



« Parfois, pour réveiller les consciences, il faut les provoquer  »

Stella Damasus

Actrice et productrice nigériane

Image

La Banque mondiale a récemment organisé une table ronde sur le rôle de l’art dans la lutte contre la violence faite aux femmes. De gauche à droite: Marina Galvani, conservatrice du programme artistique, Hanifa Alizada, Stella Damasus, Maura Misiti, Jutta Bezenberg, Ian Bannon, Francisca Valenzuela, Sakale John, Rana Yaseen et Maria Correia.


Les violences faites aux femmes en Afrique

À l’échelle mondiale, 35 % des femmes (une sur trois) subissent des violences au cours de leur vie. n  En Afrique,  les violences à l’encontre des femmes et des filles représentent un véritable fléau : violences conjugales et sexuelles, mutilations génitales, traite et exploitation figurent parmi ses formes.

Les chiffres sont effarants : une nouvelle étude de l’Organisation mondiale de la santé a constaté qu’en Afrique subsaharienne, le taux de violence par un partenaire intime dépasse largement la moyenne mondiale de 6,4 %. C’est l’Afrique centrale qui détient le record, avec un taux de 65,6 %, suivie par l’Afrique de l’Ouest (41,8 %). La part des violences sexuelles commises par d’autres personnes que des partenaires est aussi nettement supérieure à la moyenne mondiale de 7 %, puisque l’Afrique centrale affiche un taux de 21,1 % et l’Afrique australe de 17,4 %.

Derrière ces chiffres, il faut imaginer le quotidien de millions de femmes africaines, piégées dans la violence, et auxquelles on dénie l’accès aux opportunités économiques en les privant de leurs droits à la propriété et à l’éducation. Dans les pays touchés par un conflit, les violences sexuelles sont un phénomène quasi endémique, alimenté par un climat d’impunité généralisée dû à la faiblesse ou l’inexistence des systèmes chargés d’assurer la sécurité et la justice.

Touchée par le sort des femmes et des filles victimes de violences de par le monde, Marina Galvani, conservatrice du  Programme artistique de la Banque mondiale, a monté l’exposition « Une sur trois » pour illustrer visuellement les données brutes présentées par la Banque mondiale et d’autres partenaires au développement : « L’art donne la parole à ceux et celles qui se taisent. L’art révèle l’innommable. »

Faire évoluer les normes sociales

À tour de rôle, les artistes ont raconté comment leurs œuvres transcendaient le langage et la culture et facilitaient les échanges autour de ce pénible sujet.

Originaire de Papouasie-Nouvelle-Guinée, un pays dont les sept millions d’habitants parlent 800 langues différentes, le peintre Sakale John cherche à défendre les droits de la femme par le truchement de l’art. À l’autre bout du monde, en Afghanistan, Hanifa Alizada utilise la photo pour remettre en question le rôle des hommes et des femmes dans son pays. « C’est plus facile à dire qu’à faire », a rappelé Maria Correia, responsable du développement social pour la Région Asie du Sud de la Banque mondiale, qui coprésidait la table ronde. Avec à son actif plusieurs initiatives novatrices pour lutter contre les violences faites aux femmes, celle-ci s’est dite convaincue qu’il fallait donner plus d’envergure à ce type de travaux.

Quelques opérations de la Banque mondiale commencent à se saisir du problème, notamment un nouveau projet dans l’Est de la République démocratique du Congo qui devrait être soumis à l’approbation du Conseil des administrateurs fin juin. Ce projet d’urgence, consacré à la santé des femmes et à la lutte contre la violence sexuelle et basée sur le genre, sera le premier d’une série d’interventions financées dans le cadre de l’« Initiative pour les Grands Lacs », un programme lancé par le président du Groupe de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, et le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, à l’occasion de leur tournée historique en Afrique en 2013.

Lors de la soirée d’ouverture de l’exposition « Une sur trois », organisée la veille de la table ronde, Stella Damasus, plusieurs autres artistes et de hauts responsables de la Banque mondiale ont tour à tour récité des monologues tirés d’une œuvre de la dramaturge italienne Serena Dandini, intitulée Ferite a morte (« Blessées à mort »). Le président Jim Yong Kim a qualifié les artistes de « puissants vecteurs de changement ».

Stella Damasus s’est dite prête à soutenir les efforts de la Banque mondiale pour relayer la parole des femmes et des filles et lutter contre les violences dont elles sont victimes. « J’espère que cette exposition n’est qu’un début.  Il reste tant à faire, avec l’art et l’éducation. Nous devons tous nous engager, sans ménager nos efforts. »


Api
Api