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L’eau dans le monde arabe : accroître la résistance aux extrêmes climatiques

21 mars 2014

LES POINTS MARQUANTS
  • La pénurie d’eau atteint des niveaux alarmants dans la région MENA, où la sécheresse est devenue le troisième risque naturel après les séismes, alors même que les précipitations sont de plus en plus intenses.
  • À la suite de la sècheresse qui l’a frappé entre 2008 et 2011, Djibouti a mené la première des « évaluations des besoins post-catastrophe » entreprises dans ce domaine.
  • Au nombre des mesures prises figurent l’évaluation des risques naturels, la mise en place de systèmes d’alerte rapide et l’établissement de centres scientifiques.
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La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA) est la région du monde où les ressources en eau sont les plus rares. Ce stress hydrique est voué à s’aggraver : en 1950, le volume des ressources renouvelables en eau par personne était quatre fois plus élevé qu’aujourd’hui. Selon les projections, les ressources naturelles en eau dans la région MENA devraient chuter encore davantage d’ici 2050, à un niveau onze fois inférieur à la moyenne mondiale.

La région subit des sècheresses fréquentes, qui provoquent pénuries d’eau, préjudices économiques et difficultés sociales. Entre 2008 et 2011, la sécheresse a provoqué à Djibouti un repli annuel de l’économie de l’ordre de 3,9 % du PIB.

Mais la région MENA est aussi confrontée à un paradoxe : en dépit de précipitations de plus en plus intenses, le manque d’eau atteint des niveaux alarmants et les sécheresses sont devenues le troisième risque naturel après les séismes.

Au Yémen, les inondations de 2008 ont occasionné des dégâts d’un montant total de 1,6 milliard de dollars, soit 6 % du produit intérieur brut (PIB) du pays. Celles de 2009 à Djeddah, en Arabie saoudite, ont entraîné un manque à gagner de 1,4 milliard de dollars. À Djibouti, en 2004, une vague d’inondations a affecté 100 000 personnes, fait 230 victimes et provoqué des pertes de l’ordre de 1,1 million de dollars. Or, neuf ans plus tard, en 2013, des inondations d’une intensité comparable faisaient moins de victimes (13 décès recensés), sans priver durablement les Djiboutiens de leurs moyens de subsistance.

Que s’est-il passé entre 2004 et 2013 ?

Dans l’intervalle de temps, Djibouti s’est employé à maîtriser la gestion des risques provoqués par les inondations mais aussi par la raréfaction de l’eau, et à investir dans des équipements de protection. Des précipitations inhabituelles et intenses ne se traduisent pas obligatoirement par des inondations désastreuses. Pas plus que les sécheresses n’entraînent inévitablement une malnutrition.

La part du PIB exposée aux inondations, principal risque naturel de la région MENA, a triplé entre 1970-79 et 2000-2009. Si le Bilan mondial 2011 sur la réduction des risques de catastrophe indique que le risque de mortalité associé aux inondations dans le monde a baissé depuis 2000, ce chiffre demeure en hausse dans certaines régions, et notamment au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Gestion des sécheresses et des inondations

Même si les pays de la région MENA se heurtent à des enjeux considérables en matière d’eau, la région a accompli des progrès dans la gestion de ses ressources hydriques et, plus généralement, des risques naturels.

Ces progrès sont particulièrement remarquables à Djibouti. Depuis 2006, le gouvernement a réhabilité la digue qui protège la population des ouadis (lits de rivière asséchés) les plus vulnérables aux inondations, modernisé ses dispositifs d’urgence et de prévention, et installé de nouvelles stations hydrométéorologiques dans les différentes zones climatiques du pays. Les autorités ont également évalué la vulnérabilité et l’exposition du pays aux inondations et aux séismes, et établi un système d’alerte rapide.

Les sécheresses, phénomènes lents et insidieux, sont particulièrement difficiles à maîtriser. À la suite de la sècheresse qui l’a frappé entre 2008 et 2011, Djibouti a mené la première des « évaluations des besoins post-catastrophe » entreprises dans ce domaine avec l’appui de la Banque mondiale notamment. Il existe également des initiatives dans la région pour développer une agriculture résistante à la sécheresse.

Une nouvelle approche en matière de catastrophes naturelles

Se préparer à des catastrophes naturelles plutôt que de les subir au moment où elles frappent brutalement et de devoir tout reconstruire dans leur sillage : c’est l’approche désormais adoptée par les pays de la région MENA, conscients des avantages qu’offre la prévention des risques météorologiques ou géologiques.

Dans plusieurs pays, la gestion des risques naturels fait aujourd’hui l’objet d’une législation, d’une planification et d’une politique dédiées. L’Algérie, Djibouti, l’Égypte, le Liban, le Maroc et le Yémen ont notamment mis en place des services de gestion des risques naturels au sein de leur administration pour une meilleure coordination. La réalisation d’évaluations des risques naturels, la mise en place de systèmes d’alerte rapide et l’établissement de centres scientifiques comptent parmi les autres travaux entrepris.

En dépit de ces progrès encourageants, la région, dans son ensemble, les pays et les collectivités locales doivent redoubler d’effort. Depuis trente ans, la Banque mondiale finance des initiatives de reconstruction après la survenue d’une catastrophe et de réduction des risques dans la région MENA. Elle a noué des partenariats avec les gouvernements et certaines institutions internationales pour poser les fondations d’une gestion des risques naturels dans la région. Le rapport intitulé Natural Disasters in MENA: A Regional Overview analyse les risques qui pèsent sur la région et passe en revue les dispositifs et les instruments adoptés par les pays afin d’optimiser leur prévention.

Commandé par la Banque mondiale et rédigé avec la collaboration de pays de la région MENA, des Nations unies et d’institutions régionales, ce rapport examine différentes approches de la gestion des risques naturels dans le monde, tout en se concentrant sur les risques propres à la région. L’étude propose des pistes pour accroître la résistance des pays de la région MENA face aux défis que posent les aléas naturels et, tout particulièrement, ceux de l’eau, ressource aussi rare qu’impétueuse.