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Soudan du Sud : soigner les femmes et les enfants au cœur du conflit

06 mars 2014

LES POINTS MARQUANTS
  • Le conflit qui affecte le Soudan du Sud a privé des millions d’habitants d’accès aux soins de santé
  • Les cliniques en milieu rural sont submergées de civils chassés par la crise
  • Malgré de nombreux obstacles, un projet axé sur des résultats rapides dans le domaine de la santé, financé par la Banque mondiale, procure des soins médicaux essentiels à la population

SOUDAN DU SUD, le 6 mars 2014. Les combats récents au Soudan du Sud ont touché des millions de personnes, encore traumatisées par cinquante ans de guerre civile. Le conflit affecte les États de Jonglei et du Haut-Nil, dans le nord du pays, où les affrontements entre tribus ont fait place à une paix fragile.

Avant même ces derniers débordements, le Soudan du Sud affichait déjà les indicateurs de santé parmi les plus préoccupants au monde : un enfant sur dix n’atteignait pas l’âge de cinq ans, le taux de mortalité maternelle était l’un des plus élevés au monde (2 050 décès pour 100 000 naissances) et seuls 45 % de la population vivaient à moins de 5 km d’un centre de soins. RFI

Malgré ces défis terrifiants, le Projet du Soudan du Sud axé sur des résultats rapides dans le domaine de la santé (RRHP), financé par la Banque mondiale et mis en œuvre dans la région de Jonglei et du Haut-Nil, présente des résultats concluants. Lancé en août 2012 et financé à hauteur de 28 millions de dollars par le Fonds fiduciaire pour la transition du Sud-Soudan,  le projet vise à assurer les soins maternels et infantiles et traiter les maladies évitables, comme la malaria, les infections respiratoires et les maladies diarrhéiques.

Près de 375 000 personnes ont reçu des soins de santé cruciaux, une véritable révolution dans ce pays où l’accès aux soins est souvent une question de vie ou de mort. 

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Grâce à ce projet, la Banque mondiale rend des services essentiels aux personnes qui risquent leur vie au quotidien, Close Quotes

Nicola Pontara
Directeur du bureau de la Banque mondiale à Juba

Au cours de ces neuf derniers mois, 90 000 enfants ont été vaccinés et 9 500 accouchements ont été pratiqués dans les 283 centres financés par le projet.

Le conflit permanent entre le gouvernement au pouvoir et ses opposants entrave grandement la prestation de soins de santé.

« L’extension du conflit dans des zones clés a fait des milliers de morts et poussé des centaines de milliers de personnes à l’exode. De ce fait, les ressources de santé ont été mises à rude épreuve et les opérations sont devenues pratiquement impossibles », affirme le Dr Mounir Lado, directeur de l’Interchurch Medical Association (IMA), organisme à but non lucratif chargé par le Ministère de la Santé de dispenser et de coordonner les soins.

Malgré le saccage et le pillage de son siège à Malakal, théâtre d’affrontements entre l’État et les rebelles, l’IMA poursuit sa mission.

Pour continuer d’assurer les services de santé essentiels aux habitants du Soudan du Sud, la Banque mondiale prévoit une enveloppe supplémentaire de 35 millions de dollars en mars 2014.

« Nous avons appris à nous adapter aux difficultés et à obtenir des résultats dans des situations d’isolement extrême ou de conflit, en employant des méthodes innovantes », indique Anne Bakilana, économiste principale et responsable de l’équipe RRHP. « La Banque mondiale a répondu favorablement à la demande de l’État pour continuer à proposer des services de santé primaires dans les zones difficiles. »

Venir en aide aux mères et aux enfants chassés par le conflit

Le centre de soins primaires de Kodok se situe en aval du Nil, à deux heures en bateau à moteur de Malakal. Pendant la saison des pluies, qui dure six mois, le centre est coupé de la capitale du Sud-Soudan, Juba. Même sans aucun conflit, les médicaments essentiels pour sauver des vies sont expédiés de Juba par bateau et mettent cinq jours à parvenir au centre. Trouver du personnel soignant qualifié souhaitant vivre et travailler à cet endroit est encore plus compliqué.

D’après le personnel, le centre couvre normalement une population d’environ 7 000 personnes. Le conflit a fait exploser ces chiffres. Lors de la dernière visite des chargés de mission de la Banque mondiale et des représentants du Ministère de la Santé dans la clinique, un groupe de 1 300 hommes, femmes et enfants chassés de leur foyer dans le Kordofan méridional attendait d’être pris en charge.

« Nous avons marché pendant des jours vers Kodok, car nous étions affamés et nous avions tout perdu », murmure Shama Syed, une réfugiée, tout en berçant son bébé malade.

Au cours du voyage, Shama a perdu son fils aîné. « Tellement de gens sont morts sur la route », ajoute-t-elle. « Mais maintenant, nous sommes ici et nous allons démarrer une nouvelle vie dans cette ville. »

Grâce aux compléments alimentaires fournis par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) et aux soins oculaires et auriculaires dispensés à la clinique, le fils cadet de Shama recouvre peu à peu la santé.

« Avant la dernière crise, la clinique de Kodok débordait déjà de patients », souligne Anne Bakilana, de la Banque mondiale. « Comme le nord-ouest du Haut-Nil est maintenant plus paisible, les populations déplacées affluent de toutes parts. »

D’après les estimations les plus prudentes, la population locale a plus que doublé. Certains affirment même qu’elle a quadruplé.

En septembre 2013, de jeunes mères comme Angelina Khaldun se battaient pour faire vacciner leurs enfants. Ils pourraient ainsi grandir et devenir docteurs ou scientifiques dans leur nouveau pays, le Sud-Soudan. Aujourd’hui, le personnel soignant de la clinique consacre tous ses efforts à la vaccination contre le choléra pour sauver un maximum d’enfants.

Angelina Aman, qui fait partie des 3 000 professionnels de la santé formés dans le cadre du projet, s’occupe d’une femme sur le point d’accoucher, tandis qu’une autre se remet d’une fausse couche et qu’une autre encore ressent les premières contractions.

La crise actuelle montre que les investissements réalisés ces dernières années pour renforcer le rôle des hôpitaux de comté commencent à porter leurs fruits. Dans leur grande majorité, les hôpitaux de comté financés depuis des années par la Banque mondiale et d’autres donateurs continuent de fonctionner malgré la crise qui touche le pays. Ils réceptionnent le matériel médical envoyé par les ministères, le distribuent aux structures sanitaires qu’ils supervisent et font remonter les informations au ministère central, à Juba.

Malgré le conflit, les efforts se poursuivent pour garantir une qualité de soins optimale à court et à long terme.

« Un grand travail de reconstruction nous attend. », indique le Dr Lado, de l’IMA. « Nous espérons que le conflit trouve une issue politique rapide pour que des vies soient épargnées ».