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Le Gabon mise sur l’Internet à haut débit

13 janvier 2014

Le président gabonais a participé au sommet «Transform Africa » sur les nouvelles technologies qui s’est tenu à Kigali au Rwanda fin 2013

LES POINTS MARQUANTS
  • Le Gabon a érigé le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) au rang de ses priorités dans le cadre de son plan stratégique « Gabon émergent ».
  • Avec l’appui de la Banque mondiale, le pays a investi massivement dans les infrastructures comme la fibre optique afin de développer l’accès à l’Internet haut débit sur l’ensemble du territoire et vers les frontières.
  • Le gouvernement ambitionne de faire de l’économie numérique un vecteur de croissance et de diversification économique.

LIBREVILLE, le 12 janvier 2014 — Faire du Gabon un acteur de l’économie numérique sur le continent africain et un hub régional capable d'accueillir des entreprises du secteur: telle est l’ambition clairement affichée par les autorités de ce pays d’Afrique centrale à revenu intermédiaire qui cherche à diversifier son économie et diminuer sa dépendance à l’égard du pétrole[i].

Lors du sommet « TransformAfrica » sur les nouvelles technologies qui s’est tenu à Kigali au Rwanda fin 2013, Ali Bongo Ondimba, le Président de la République gabonaise, a souligné que le raccordement du Gabon en 2015 à la dorsale optique haut-débit d’Afrique centrale d’ici 2015 constituait la « première étape sur la voie de l’indépendance numérique ». «Si nous voulons changer la vie de nos concitoyens, l’urgence de faire des TIC une grande priorité s’impose à nous », a-t-il notamment déclaré.

Sur une population de 1,6 million d’habitants, le Gabon comptait, fin 2012, 497 371 clients Internet (mobile et fixe), selon les chiffres de l’Autorité gabonaise de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep), alors même que le haut débit mobile de type 3G ou 4G n’était pas encore disponible.[ii] Il y a donc dans le pays une forte attente de la population en matière d’augmentation des débits de l’Internet. Or le développement de l’Internet à haut débit mobile ou fixe au Gabon ne pourra se faire sans des infrastructures fibres optiques qui permettent d’amener, dans de bonnes conditions en termes de qualité et de coût, les applications, services et contenus numériques vers les entreprises et les citoyens sur tout le territoire national.


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Avec l’aide de la Banque mondiale, le Gabon a investi environ 110 millions de dollars dans des infrastructures permettant d’étendre la couverture des réseaux large bande et de diminuer les coûts des services de communication. Ceci illustre la volonté du pays de mettre les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service de l’ensemble de la population gabonaise Close Quotes

Zouera Youssoufou
Représentante de la Banque mondiale au Gabon

Relier le pays à l’Internet mondial

« Le développement des TIC est un élément incontournable du ‘Plan Stratégique Gabon Émergent’, lancé par le président gabonais après son élection en 2009 qui vise à faire du Gabon un pays émergent en moins d’une génération », souligne Michel Rogy, conseiller en politiques TIC à la Banque mondiale et chef du projet CAB (Central African Backbone) pour le Gabon. «La vision du gouvernement gabonais consiste, dans un premier temps, à construire des infrastructures numériques de rang mondial qui permettront d’insérer le Gabon au cœur de la société de l’information et de la communication, c’est-à-dire faire en sorte que l’ensemble du territoire soit irrigué par des infrastructures fibre optique et relier le pays, de manière sécurisée, aux pays de la sous-région et à l’Internet mondial », précise-t-il.

Avec l’aide technique et financière de la Banque mondiale, le Gabon a investi environ 110 millions de dollars dans des infrastructures permettant d’étendre la couverture des réseaux large bande et de diminuer les coûts des services de communication. Selon  Zouera Youssoufou, représentante de la Banque mondiale au Gabon, «ceci illustre la volonté du pays de mettre les nouvelles technologies de l’information et de la communication au service de l’ensemble de la population gabonaise». 

En 2012, la Banque mondiale et le gouvernement gabonais ont signé un accord de prêt de 58  millions de dollars, dans le cadre du programme sous régional CAB (Central African Backbone) afin de connecter le pays au câble sous-marin ACE (Africa Coast to Europe) qui relie la côte ouest africaine à l’Europe et distribuer cette capacité haut débit au moyen de câbles terrestres à fibre optique reliant la capitale (Libreville) à l’intérieur du pays (Franceville) à la frontière avec Congo. Le gouvernement gabonais a également financé une fibre optique qui relie Libreville à Port-Gentil, capitale économique du pays située sur l’île Mandji.

Pépinières d’entreprises et incubateurs TIC

L’appel d’offre pour la fibre optique terrestre est en cours. Une fois construite, cette infrastructure sera exploitée, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP), par un opérateur d’infrastructure privé ayant une expérience avérée (l’appel d’offre international pour cet opérateur est en cours), et ouverte à tous les opérateurs et fournisseurs d’accès à l’Internet. «Ceci permettra d’augmenter la pénétration d’Internet, de diminuer le coût des services et leur qualité et donc de passer à l’étape suivante du plan stratégique qui est de faire du Gabon un pôle régional de l’économie numérique et de la communication », explique Michel Rogy.

Selon ce dernier, les trois secteurs particulièrement prometteurs en matière d’ « e-développement » sont la santé, l’éducation et l’agriculture. La Banque mondiale va appuyer le gouvernement gabonais dans la mise en œuvre de la composante e-santé de son projet e-gouvernement: il s’agit notamment d’informatiser le ministère de la Santé, les hôpitaux, les centres de  santé, et de mettre en place le transfert de données et la consultation de dossiers médicaux via ces infrastructures numériques. « Mais ce projet va avoir aussi un effet d’entraînement sur tout un ensemble de services, de contenus et d’applications dans le domaine de la santé », assure Michel Rogy.

Afin de stimuler l’entrepreneuriat, le projet prévoit la création de pépinières d’entreprises et d’incubateurs TIC dans les trois grandes villes desservies par la fibre optique : Franceville, Port-Gentil et Libreville et de mettre en œuvre une politique de soutien des usages, services et contenus numériques innovants. « Il s’agira donc de créer un environnement propice à la création d’emplois et d’activités générés par le développement du secteur de l’e-santé, qui pourra ensuite servir pour les autres secteurs comme l’e-éducation ou l’e-agriculture », précise Michel Rogy. Autre originalité : les autorités gabonaises ont engagé une réflexion avec la Banque mondiale sur le soutien à l’apprentissage des TIC en langues vernaculaires.

Lors d’un sommet sur le haut débit organisé à Genève en 2011 par l’Union internationale des télécommunications (UIT), l'agence des Nations unies pour le développement spécialisé dans les technologies de l'information et de la communication, le président gabonais avait d’ailleurs promis de "faire du Mégabit" (soit l'accès à l'Internet haut débit) "un droit irrévocable pour tous les citoyens gabonais".

 

[i] Cinquième plus gros producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, le Gabon reste fortement dépendant des revenus du secteur pétrolier.  Au cours des cinq dernières années, le secteur pétrolier a représenté en moyenne 80 % des exportations, 45 % du PIB et 60 % des recettes budgétaires.

[ii] A cette même date, le pays comptait 2 542 638 clients pour les services téléphoniques. Ce chiffre est bien supérieur au nombre d’habitants mais s’explique par le fait qu’il existe quatre opérateurs mobiles au Gabon dont les clients possèdent des cartes SIM  de plusieurs opérateurs à la fois,  phénomène qui s'observe dans tous les pays où les services mobiles sont majoritairement prépayés.