29 juillet 2019

Comment les systèmes de protection sociale renforcent, emploient et protègent le capital humain dans un monde en mutation

Des femmes bénéficiaires des programmes de développement humain financés par l'IDA (nutrition, protection sociale et éducation) dans le village de Soavina, à Madagascar. Photo : © Sarah Farhat/Banque mondiale

Dans une petite bourgade de la côte de Sierra Leone, Salamatou Bangura devait souvent faire des pieds et des mains pour nourrir ses enfants. Même après avoir travaillé de longues heures durant pour vendre le poisson acheté à un pêcheur du village, jusqu'à récemment ce n'était pas suffisant. « Je n’avais pas assez d’argent pour préparer les repas chaque jour », se souvient-elle.

Mais tout a changé lorsqu'elle a commencé à recevoir dix dollars par mois dans le cadre d'un programme de protection sociale ciblant les familles extrêmement pauvres. Salamatou a d’abord dépensé cet argent pour acheter de la nourriture, payer les frais de scolarité et investir dans son commerce. Puis, lorsqu'un drame s’est produit et que la maison familiale a brûlé, elle a pu utiliser l'argent pour la reconstruire, tout en veillant à ce que ses enfants restent bien nourris et scolarisés.

« Avant de rejoindre le programme, je n'avais rien, dit-elle. Mais maintenant, je peux cuisiner tous les jours et donner à manger à mes enfants avant et après l'école ».

Salamatou Bangura est l'une des quelque 2,5 milliards de personnes dans le monde qui bénéficient de filets de protection sociale, dont 650 millions d’habitants parmi les plus pauvres de la planète. Ils favorisent aussi la résilience des familles comme celle-ci, en leur permettant de gérer les risques, de faire face aux chocs et de continuer à investir dans leurs enfants, même après une catastrophe.

Vidéo : Avec l'aide d'un programme de protection sociale bien conçu, le potentiel d'Anna peut se développer et sa famille est protégée.

 « L’amélioration de la protection sociale est un élément clé de notre stratégie mondiale en matière de capital humain, car ces programmes profitent non seulement aux enfants, mais aussi à des familles entières et ils offrent ainsi aux personnes les plus vulnérables du monde une protection tout au long de leur vie, souligne Annette Dixon, vice-présidente du Développement humain au Groupe de la Banque mondiale. ».

Le Groupe de la Banque mondiale travaille avec des partenaires du monde entier pour apporter les conseils, le financement et le soutien nécessaires aux pays qui cherchent des solutions pour lutter contre la pauvreté, renforcer le capital humain et améliorer la santé, l'éducation et les compétences des familles pauvres et vulnérables. L’institution aide ainsi des pays du monde entier à concevoir, mettre en œuvre et financer des systèmes de protection sociale afin que les populations disposent des outils nécessaires pour prospérer.

« Les programmes de protection sociale sont fondamentaux pour renforcer le capital humain des personnes les plus vulnérables du monde. Ils donnent aux gens les moyens d'être en bonne santé, de poursuivre leurs études et de se saisir des occasions de sortir eux-mêmes et leur famille de la pauvreté », déclare Michal Rutkowski, directeur principal du Pôle mondial d'expertise en Travail et protection sociale de la Banque mondiale.

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Légende : La théorie du changement illustre la façon dont la protection sociale peut contribuer à renforcer et protéger le capital humain.

Le rôle de la protection sociale dans le Projet pour le capital humain

L'an dernier, le Groupe de la Banque mondiale a lancé le Projet pour le capital humain afin d'accélérer la réalisation d’investissements nombreux et de qualité dans les populations. Ce Projet a très fortement incité les pays à œuvrer en faveur du développement du capital humain de leurs populations, c'est-à-dire les connaissances, compétences et conditions de santé que les individus accumulent et qui leur permettent de réaliser pleinement leur potentiel en devenant des membres productifs de la société.

La protection sociale joue un rôle essentiel dans ce mouvement et de nombreux pays s'attachent à déployer des outils tels que les programmes de filets sociaux pour tirer le meilleur parti de leur capital humain.


« L’amélioration de la protection sociale est un élément clé de notre stratégie mondiale en matière de capital humain, car ces programmes profitent non seulement aux enfants, mais aussi à des familles entières et ils offrent ainsi aux personnes les plus vulnérables du monde une protection tout au long de leur vie. »
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Annette Dixon
Vice-présidente du Développement humain au Groupe de la Banque mondiale.

RENFORCER le capital humain

L'Indonésie a été l'un des premiers participants engagés dans le Projet sur le capital humain. Elle fait partie des nombreux pays qui ont mis en place des filets de sécurité sociale pour aider environ 10 millions de personnes parmi les plus pauvres et les plus vulnérables du monde.  Les deux principaux programmes d'aide sociale du pays – Program Keluarga Harapan (PKH) et Bantuan Pangan Non-Tunai (BPNT) – illustrent l'engagement du gouvernement à accélérer les investissements dans le capital humain, grâce aussi à des programmes tels que la Stratégie pour accélérer la réduction des retards de croissance (STRANAS).

Le programme PKH fournit des transferts conditionnels en espèces et d'autres ressources pour encourager les comportements positifs. Ainsi, les familles éligibles reçoivent une aide financière pour couvrir les dépenses de première nécessité telles que la nourriture, à condition qu'elles scolarisent leurs enfants et qu'elles les amènent régulièrement à des visites médicales. Résultat : une baisse de 11 points de pourcentage du retard de croissance, un progrès capital parce que les enfants qui sont trop petits pour leur âge en raison d'une dénutrition souffrent de problèmes de santé et d'apprentissage tout au long de leur vie. Le programme a également permis d'augmenter le taux d'inscription à l'école, d'environ deux points de pourcentage dans le primaire et de neuf points dans le secondaire. La Banque mondiale apporte 200 millions de dollars au budget de ce programme, qui s'établit à 1,8 milliard de dollars par an.

L'Égypte a également instauré des programmes de protection sociale pour aider les plus vulnérables. Le programme Takaful et Karama (Solidarité et Dignité) a été lancé en 2015 avec un soutien de 400 millions de dollars de la Banque mondiale et, comme en Indonésie, le supplément de revenu accordé aux familles est subordonné au maintien des enfants à l'école et à leur suivi médical. Par ailleurs, le programme égyptien étend également son aide aux personnes âgées, en offrant aux citoyens pauvres de plus de 65 ans une petite pension mensuelle inconditionnelle. À ce jour, Takaful et Karama ont bénéficié à plus de 9 millions de personnes, soit environ 10 % de la population égyptienne.

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Étendre la protection sociale en Afrique pour renforcer le capital humain

Le Groupe de la Banque mondiale augmente rapidement ses investissements dans la protection sociale et, dans le cadre du Plan pour le capital humain en Afrique récemment dévoilé, il se fixe des objectifs ambitieux tels que le renforcement des filets de sécurité et de la formation professionnelle d'ici 2023. Chaque pays d'Afrique subsaharienne a mis en place au moins un programme de protection sociale, qu'il s'agisse de transferts monétaires, de programmes de travaux publics ou d'alimentation scolaire. Cependant, en dépit de l'augmentation rapide du nombre de ces programmes dans la région, la plupart des populations pauvres et vulnérables d'Afrique ne sont toujours pas couvertes. Ainsi, un nouveau rapport intitulé « Les filets sociaux en Afrique - Comment réaliser leur plein potentiel ? » indique que seuls 10 % des Africains sont couverts et que les taux de pauvreté sont supérieurs aux taux de couverture dans la plupart des régions. L'indice du capital humain montre en outre que, en moyenne, l'Afrique subsaharienne ne réalise que 40 % de son potentiel de capital humain. Il s'agit là du résultat le plus faible de toutes les régions du monde, et 25 des 30 pays les moins bien classés de l'indice sont en Afrique subsaharienne.

Les objectifs du Plan pour le capital humain en Afrique sont ambitieux, ils visent notamment à augmenter de 13,1 millions de dollars supplémentaires la couverture de protection sociale pour le quintile le plus pauvre dans les pays à faible revenu d'ici 2023.  Actuellement, le portefeuille de la Banque mondiale pour la protection sociale en Afrique s'élève à plus de 7,8 milliards de dollars destinés à plus de 50 projets, ce qui représente 12 % du soutien de l'Association internationale de développement (IDA), l'institution du Groupe de la Banque mondiale qui aide les pays les plus pauvres.

PROTÉGER le capital humain en améliorant la résilience

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Des garçons jouent au football dans la ville de Beira, au Mozambique. Au fond, l'église catholique de Macuti, dont le toit a été emporté par le cyclone Idai. Photo : Sarah Farhat/Banque mondiale

De plus en plus, les programmes de protection sociale sont conçus pour être adaptables, de sorte que l'aide peut être renforcée pendant les périodes difficiles, quand des conflits, des chocs économiques ou des catastrophes climatiques menacent le capital humain. Ces programmes dits de « protection sociale adaptative » contribuent à protéger les investissements en capital humain d'un pays en améliorant la résilience, afin que les personnes vulnérables ne sombrent pas davantage dans la pauvreté en période de crise. En conséquence, les mesures de protection sociale sont souvent au cœur de l'aide humanitaire et de l'action en faveur du développement. Et pour les gouvernements, les filets de sécurité sont à présent un moyen essentiel pour apporter un soutien rapide et direct aux populations touchées.

En cas de catastrophe et de crise humanitaire par exemple, les gouvernements versent directement des transferts en espèces aux familles pour les aider à gérer les risques et à faire face aux chocs. Cela permet ainsi aux familles de continuer d'envoyer leurs enfants à l'école et de conserver un abri adéquat et une alimentation correcte, comme quand la maison de Salamatou Bangura a brûlé dans son village côtier de Sierra Leone.

En 2016, l'Afrique australe a connu la pire sécheresse depuis plus de 35 ans, entraînant 32 millions de personnes dans l'insécurité alimentaire. Cela s'est également traduit par une aggravation de la malnutrition et des difficultés d'accès à l'eau, ce qui a entraîné une augmentation des taux d'abandon scolaire et des taux de maladies transmissibles dus à l'exode rural.  

Face à cette crise humanitaire, les gouvernements du Lesotho, de Madagascar, du Malawi et du Mozambique ont déployé d'énormes efforts pour étendre leurs programmes de protection sociale, afin d'assurer la couverture des populations touchées, et ce avec le soutien de la Banque mondiale. Dans le cas du Malawi et du Lesotho, les deux pays ont décidé de déployer leurs programmes pilotes de protection du revenu à l'échelle nationale. Puis, en mars dernier, des millions de personnes ont été frappés par les cyclones Idai et Kenneth, qui ont fait plus d'un millier de victimes en Afrique australe. Pour contribuer à la reconstruction, le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpass, a annoncé le versement d'une aide de 700 millions de dollars pour les trois pays les plus touchés (Mozambique, Malawi et Zimbabwe). Cette aide permettra de soulager plus de 105 000 familles en situation d'urgence. 

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Chantal a 30 ans. Elle élève seule ses quatre enfants dans un petit village du district de Betafo, à Madagascar. C'est l'une des bénéficiaires du Programme de filets de sécurité sociale financé par l'IDA, qui lui verse une allocation mensuelle. Cet argent lui permet d'acheter de quoi nourrir ses enfants et d'investir dans quelques cultures et l'élevage de petits animaux pour se procurer un revenu supplémentaire. Photo : © Sarah Farhat/Banque mondiale

En Éthiopie, le Programme de filets de sécurité productifs (PSNP) est l'un des plus importants systèmes de transferts monétaires au monde. Il procure régulièrement de l'argent ou de la nourriture aux bénéficiaires en échange de travaux de restauration des terres, d'irrigation et d'agroforesterie. Pendant la sécheresse de 2016 dans la Corne de l'Afrique, l'Éthiopie – aux côtés de programmes d'aide alimentaire humanitaire – a temporairement étendu le PSNP pour couvrir 18,5 millions de personnes (soit 20 % de la population), pour éviter des famines et que ces familles sombrent dans la pauvreté.  Chaque année, le système évolutif du PSNP protège huit millions de bénéficiaires du programme de base et jusqu'à deux millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire transitoire (environ 10 millions au total).  

La protection sociale aide les individus à devenir productifs et à DÉPLOYER leur potentiel

Le volet « Emploi » est une priorité du Projet pour le capital humain. Chaque mois, deux millions de nouveaux jeunes arrivent sur le marché de l'emploi, un défi d'autant plus difficile à relever que 200 millions de personnes sont au chômage et cherchent du travail. Parmi ceux qui travaillent, 65 % occupent des emplois à faible productivité.  

La Banque mondiale intensifie son soutien pour répondre à la demande des pays qui souhaitent créer des emplois plus nombreux et de meilleure qualité. Elle finance à ce jour plus de 580 projets liés à l'emploi, pour un investissement total de 75 milliards de dollars.

Ces investissements aident les pays à faible revenu qui comptent une population importante de jeunes à relever des défis de taille, l'objectif étant de donner à ces jeunes les outils nécessaires pour qu'eux-mêmes et leurs communautés puissent sortir de la pauvreté. Au Libéria par exemple, plus de 60  % de la population a moins de 24 ans et la plupart des habitants gagnent leur vie en travaillant comme journaliers ou comme vendeurs sur les marchés. En 2017, la Banque mondiale a lancé le Youth Opportunities Project au Libéria pour offrir aux jeunes une formation entrepreneuriale et une aide au revenu, tout en les mettant en contact avec des mentors de la communauté. À ce jour, environ 2 000 femmes âgées de 18 à 27 ans ont déjà créé ou agrandi plus de 500 entreprises, épargnant pour investir dans leur avenir et, ce faisant, contribuer à la stabilité et à la prospérité de leur pays.   

« Avant de suivre la formation, je ne faisais rien. Aujourd'hui, je peux gagner de l'argent. Je peux tout faire par moi-même », explique Sonnie Barrie, membre du United Girls Business Group, qui a reçu des fonds grâce au projet.

Capital humain et meilleurs emplois

Préparer aux emplois de demain, tout en réalisant aujourd'hui des investissements cruciaux dans le capital humain, est une priorité pour la transformation économique des pays les plus pauvres. Dans le cadre du Projet pour le capital humain, la Banque mondiale aide les gouvernements à doter la prochaine génération de travailleurs des compétences nécessaires pour exercer les types d'emplois dont le monde du travail en mutation aura besoin. Mais pour y parvenir, il faut aussi permettre aux travailleurs d'évoluer depuis des tâches élémentaires vers des activités plus productives, un mouvement qui doit être porté par un secteur privé dynamique et des politiques publiques adaptées.  En juin dernier, la Banque mondiale a lancé un programme de financement de 1,45 milliard de dollars pour aider la Jordanie à entreprendre des réformes qui stimuleront une croissance inclusive et créeront davantage d'emplois pour tous, y compris les femmes et les jeunes.

Il faut investir davantage !

Au vu de l'indice du capital humain, en l'état actuel des choses, près de 60 % des enfants nés aujourd'hui dans 157 pays étudiés seront, au mieux, deux fois moins productifs qu'ils pourraient l'être avec une santé et une éducation satisfaisantes.

Pour changer cette situation, il faut investir davantage dans les populations, afin de préparer les pays au monde du travail de demain. À ce titre, les programmes d'aide sociale et d'assurance adaptés à l'évolution de la main-d'œuvre sont essentiels. Par ailleurs, des emplois de qualité aident les individus à acquérir et à développer leur capital humain en travaillant, ce qui crée ensuite un cercle vertueux qui leur permet de devenir plus productifs ou d'accéder à de meilleurs emplois.

« Renforcer le capital humain est la voie toute tracée pour créer des emplois de qualité, explique Michal Rutkowski. »