Bulletin d'information économique de la région MENAAP — Avril 2026

Les enjeux du conflit et des politiques industrielles pour le développement

La région Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan (MENAAP) est en proie à un conflit qui prélève un lourd tribut humain et économique et accentue l’incertitude géopolitique. Les perturbations touchant les grandes routes d’approvisionnement en hydrocarbures et les infrastructures énergétiques ont déstabilisé les marchés, alimenté la volatilité financière et assombri les perspectives de croissance pour 2026.

La croissance régionale (en excluant l’Iran) devrait chuter de 4,0 % en 2025 à 1,8 % en 2026, soit un taux inférieur de 2,4 points de pourcentage aux prévisions du Groupe de la Banque mondiale établies en janvier. La hausse soutenue des prix de l’énergie génère des pressions inflationnistes, via l’augmentation des coûts de production et le renchérissement des denrées alimentaires, avec des répercussions qui s’étendent bien au-delà de la zone de conflit. L’édition d’avril 2026 du Bulletin économique semestriel examine comment le conflit affecte les économies de la région et les canaux par lesquels ces effets se propagent, et consacre son dossier spécial au potentiel des politiques industrielles pour stimuler la croissance et la création d’emplois.

Profils par pays (en anglais)

Chapitres

Chapitre I : Perspectives macroéconomiques

La croissance dans la région MENAAP devrait suivre en 2025 des trajectoires contrastées selon les sous-régions. Les pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG) devraient enregistrer une croissance de 3,5 %, soutenue par la levée progressive des réductions volontaires de la production pétrolière et par la vigueur du secteur non pétrolier. Les perspectives se renforcent également pour les pays importateurs de pétrole, où la croissance devrait atteindre 3,7 %, portée par la consommation et l’investissement privés, ainsi que par la reprise de l’agriculture et du tourisme. En revanche, la croissance des pays en développement exportateurs de pétrole devrait ralentir pour s’établir à 0,5 %, en raison des perturbations liées aux conflits et des ajustements à la baisse de la production pétrolière.

L'incertitude entourant la politique commerciale mondiale pourrait avoir un impact limité sur la région, compte tenu de la structure actuelle des exportations, même si les effets varieront d'un pays à l'autre. En revanche, les fluctuations des prix du pétrole pourraient influencer de manière significative la croissance, en particulier pour les pays du CCG et les pays en développement exportateurs de pétrole. Les conflits demeurent une source de profondes souffrances humaines et un frein majeur à l’activité économique, avec des répercussions négatives qui s’étendent aux pays voisins en raison des perturbations du commerce et des déplacements de population. Plus de 160 millions de personnes vivent dans des économies touchées par des conflits dans la région, et rien qu’en 2024, 36 millions de personnes résidaient à proximité d’événements liés à des affrontements.

 

Chapitre 2 : Emploi et Femmes : Talents inexploités, croissance non réalisée au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, en Afghanistan et au Pakistan

La région du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord, de l’Afghanistan et du Pakistan est au cœur des enjeux mondiaux liés à l’emploi. La population en âge de travailler devrait augmenter d’environ 220 millions d’ici 2050, soit près de 40 % de plus qu’aujourd’hui — la deuxième plus forte hausse parmi toutes les régions du monde. Dans le même temps, les transformations démographiques en cours, marquées par la baisse de la fécondité et le vieillissement rapide de la population, rendent urgente la valorisation d’un capital humain encore sous-exploité. L’augmentation de la participation des femmes à la population active constitue l’un des leviers les plus puissants pour relever ces défis.

Dans l’ensemble des économies de la région, seule une femme sur cinq en âge de travailler participe au marché du travail — la proportion la plus faible au monde. La participation des femmes à la vie active résulte d’une interaction complexe entre des normes sociales restrictives, des obstacles juridiques, des choix familiaux et les dynamiques de la demande de main-d’œuvre. Lever ces freins permettrait d’accroître le revenu par habitant de 20 à 30 % dans des pays comme l’Égypte, la Jordanie et le Pakistan — un des gains les plus significatifs au monde. Un secteur privé dynamique, moteur de création d’emplois, capable de renforcer les incitations à la participation des femmes au marché du travail, de lutter contre les discriminations et de transformer les aspirations, est indispensable pour concrétiser ce potentiel.

Le rapport met en évidence qu’aucune autre région ne dispose d’un potentiel de gain aussi important que celle-ci si les contraintes pesant sur la participation des femmes au marché du travail étaient levées. Des mesures isolées ne suffiront pas : seules des réformes audacieuses, cohérentes et intégrées permettront de rompre le cycle de faible participation et de croissance limitée.

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