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Africa’s Pulse en cinq graphiques : l’avenir de la protection sociale en Afrique

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L’avenir de la protection sociale en Afrique

Alors que les économies d’Afrique subsaharienne peinent à se relever de la récession de 2020 induite par la pandémie de coronavirus (COVID-19), la région est maintenant confrontée à de nouveaux défis économiques, exacerbés par l’invasion russe de l’Ukraine. La dernière édition du rapport Africa’s Pulse de la Banque mondiale, une analyse semestrielle des perspectives macroéconomiques à court terme de la région, prévoit une croissance de 3,6 % pour 2022, en baisse par rapport aux 4 % enregistrés en 2021. Ce ralentissement s’inscrit dans un contexte régional marqué par la persistance de nouveaux variants de la maladie à coronavirus (COVID-19), l’inflation globale, la perturbation des chaînes d’approvisionnement et les chocs climatiques.


Africa’s Pulse est une publication semestrielle du bureau de l’économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique. Chaque édition analyse les perspectives économiques à court terme pour le continent, les défis de développement et aborde un thème de développement spécifique. 


La dernière édition d’Africa’s Pulse prévoit un ralentissement de la croissance, dans un contexte marqué par de nouvelles menaces économiques, avec notamment de nouveaux variants de la COVID-19 (coronavirus), une inflation mondiale, des perturbations dans les chaînes d’approvisionnement et des chocs climatiques. Des défis exacerbés par l’invasion russe de l’Ukraine, qui a entraîné une hausse mondiale des cours des matières premières, particulièrement pour les denrées alimentaires de base, les engrais, le pétrole et le gaz. Alors que la pression inflationniste mondiale augmente, les économies africaines se trouvent également exposées au retrait probable des politiques de relance déployées par les économies avancées au début de la pandémie.

Depuis la sortie de sa première période de récession en 25 ans, l’Afrique subsaharienne affiche une croissance estimée à 4 % en 2021, soit une augmentation de 0,7 point de pourcentage par rapport aux projections d’octobre 2021, en progrès par rapport aux -2,0 % de 2020. Divers facteurs ont néanmoins ralenti la reprise de la croissance régionale au second semestre 2021, notamment l’impact du variant Delta, le niveau élevé d’endettement de nombreux pays, la persistance des problèmes d’approvisionnement, la stagnation du prix des métaux et des minéraux, la hausse de l’inflation et le durcissement des conditions financières.

Voici les cinq points marquants de l’édition d’avril 2022 :

1.       Perspectives économiques

La croissance en Afrique subsaharienne devrait ralentir, passant de 4 % à 3,6 % en 2022, avec des niveaux estimés pour 2023 et 2024 à, respectivement, 3,9 % et 4,2 %. Le ralentissement en 2022 reflète plusieurs perturbations de court terme : le ralentissement de l’économie mondiale, la persistance des effets de la pandémie de coronavirus, le niveau élevé de l’inflation, la hausse des risques financiers liés à des niveaux de dette publique insoutenables, la persistance des perturbations dans l’approvisionnement, et la guerre en Ukraine.

En ce qui concerne les trois principales économies régionales, l’Afrique du Sud devrait connaître un déclin de 2,8 points de pourcentage en 2022, entraîné par des contraintes structurelles persistantes, tandis que l’Angola et le Nigéria devraient poursuivre sur leur lancée de 2021, en progression respective de 2,7 points et 0,2 point de pourcentage, grâce notamment au prix élevé du pétrole et à la bonne performance du secteur non pétrolier.

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Source : projections de la Banque mondiale. Note : La figure 1.41 ne reflète par les variations de stocks et les écarts statistiques ne sont pas reflétés. e = estimation ; f = prévision (forecast) ; GDP = Produit intérieur brut.

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Source : projections de la Banque mondiale.

2.       Derniers développements de la pandémie de COVID-19

Après deux ans de crise liée à la pandémie, l’Afrique subsaharienne semble avoir déjoué le scénario sanitaire catastrophe prédit par les experts, malgré un risque de sous-estimation du nombre de cas de COVID-19, du fait de capacités de dépistage limitées. Environ 8 millions de cas de COVID-19 et plus de 169 000 morts ont été enregistrés, essentiellement en Afrique de l’Est et australe. Des chiffres à mettre en perspective avec les prédictions initiales qui envisageaient jusqu’à 70 millions de cas en Afrique et plus de 3 millions de morts en juin 2020. Le nombre de décès, d’hospitalisations et d’admissions en soins intensifs est resté faible dans la région, y compris durant la récente vague d’Omicron, laissant présager une possible sortie de la phase d’urgence dans la pandémie. Cependant, il est important de prolonger la veille épidémique avec la possible apparition de nouveaux variants, et alors que les effets à long terme de la COVID-19 sont encore évalués.  

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Source: Our World in Data, Coronavirus Pandemic (COVID-19 Statistics).Note : les données sont en date du 20 mars 2022. Les graphiques présentent les moyennes hebdomadaires de nouveaux cas et décès quotidiens pour la région.

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Source: Our World in Data, Coronavirus Pandemic (COVID-19 Statistics).Note : les données sont en date du 20 mars 2022. Les graphiques présentent les moyennes hebdomadaires de nouveaux cas et décès quotidiens pour la région.

3.      Campagne de vaccination contre la COVID-19

L’Afrique subsaharienne (ASS) a été affectée de façon disproportionnée par la distribution insuffisante des vaccins contre le coronavirus. Par ailleurs, les réticences face au vaccin associées aux défis logistiques ont contribué aux faibles taux de vaccination. À la mi-février 2022, le continent avait reçu près de 669 millions de doses, soit près de 6 % de l’ensemble des vaccins, et 405 millions avaient été administrés. D’après les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, près de 10 % de la population en ASS est complètement vaccinée, par rapport à 64 % aux États-Unis, et 85 % en Grande-Bretagne. Seuls huit pays d’ASS avaient dépassé la cible fixée par l’Organisation mondiale de la santé de 40 % de la population ayant reçu une première dose de vaccin avant la fin 2021. Par ailleurs, la probabilité d’atteindre la cible des 70 % d’ici la mi-2022 s’annonce très faible pour la plupart des pays. Alors que les vaccins deviennent plus accessibles, il apparaît essentiel de renforcer la logistique permettant d’administrer les doses aux populations et de vaincre les réticences face à la vaccination.

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Source : Centres africains de contrôle et de prévention des maladies.Note : Les chiffres concernant la vaccination sont en date du 17 mars 2022. Les lignes pointillées représentent les cibles fixées par l’Organisation mondiale de la santé pour une primovaccination complète à hauteur de 40 % à la mi-2021 et de 70 % à la mi-2022.

4.       Implications du conflit russo-ukrainien pour l’Afrique subsaharienne

Alors que le conflit en Ukraine se poursuit, ses répercussions devraient affecter les économies subsahariennes à travers différents canaux, directs et indirects. Ils sont liés au commerce international et à la hausse persistante des prix des matières premières (notamment du carburant et des denrées alimentaires), de l’inflation globale, au durcissement des conditions financières mondiales, et à la baisse des flux de financement étranger vers la région. Étant donné les sources de croissance dans la région et la nature des liens économiques avec la Russie et l’Ukraine, l’impact de la guerre en Ukraine pourrait rester marginal sur la croissance économique et la pauvreté globale – le conflit affectant principalement les populations urbaines pauvres et les personnes vulnérables vivant juste au-dessus du seuil de pauvreté. Néanmoins, l’impact le plus significatif tient à l’augmentation du risque de troubles civils, du fait de l’inflation, poussée par les prix alimentaires et des produits énergétiques, dans un contexte d’instabilité politique accrue. Malgré un faible niveau d’exposition au commerce global avec la Russie et l’Ukraine, certains pays se trouvent fortement exposés aux variations de prix des céréales (particulièrement du blé), des huiles alimentaires (particulièrement de tournesol), et des engrais. Si tous les ménages se verront affectés par la hausse de l’inflation alimentaire, ce sont les personnes les plus pauvres vivant dans les pays affichant des niveaux de dépense alimentaire élevés qui en souffriront le plus.

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Source : International Trade Centre (ITC) data.

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Sourc e: International Household Survey Network (IHSN).Note : Le niveau faible, moyen et élevé de propension à dépenser pour l’alimentation est définie par les centiles 33 et 67 de la répartition de la part du budget alimentaire national à travers 38 pays de la région. Les parts de budget ne tiennent pas compte de la production des ménages.

5.       Pour l’avenir : renforcer la protection sociale en Afrique

Au cours des 20 dernières années, l’Afrique subsaharienne a connu un accroissement remarquable de l’accès aux programmes de filets sociaux. Le développement de la protection sociale s’est accéléré pendant et après les crises alimentaires, énergétiques et financières mondiales des années 2000. Juste avant le début de la pandémie de COVID-19, 45 pays d’Afrique subsaharienne – soit trois fois plus qu’à la fin des années 1990 – avaient lancé des programmes de filets sociaux pour s’attaquer à la pauvreté chronique en augmentant la consommation parmi les population pauvres et vulnérables. Les preuves de l’impact positif et du rapport coût-efficacité de la protection sociale sont solides, notamment pour la réduction de la pauvreté, la constitution du capital humain, la création d’emplois, le développement de la résilience et l’autonomisation des femmes. Cependant, la récente expérience de la pandémie a également démontré le rôle essentiel joué par la protection sociale dans la riposte aux chocs à impacts multiples, tels que ceux causés par les épidémies, le changement climatique, les catastrophes naturelles ou les conflits.

Les programmes de protection sociale devraient permettre de développer la résilience des ménages pauvres et vulnérables en les aidant à investir dans des actifs productifs (tels que l’éducation et la santé) et dans le capital humain. Le choix d’un bon équilibre entre les différents instruments de protection sociale (transferts monétaires, travaux publics, mesures d’inclusion économique productive) s’avérera essentiel. Ces outils permettent de protéger et de renforcer l’éducation, la nutrition et la santé des ménages, tout en permettant aux communautés de faire meilleur usage de leurs ressources naturelles, et de promouvoir l’investissement dans des actifs productifs en faveur d’activités génératrices de revenus.

L’expérience de la pandémie de COVID-19 vient souligner l’urgence de renforcer les mécanismes existantes de protection sociale pour développer une plus grande résilience, des opportunités plus nombreuses et une plus grande équité. The COVID-19 experience reinforces the urgency of building on the existing social protection platforms toward achieving greater resilience, more opportunities, and broader equity.

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Source: ASPIRE data presented in Beegle, Coudouel, and Monsalve 2018.