L’édition d’été du Baromètre économique semestriel de la CEMAC présente la situation économique actuelle dans la région de la CEMAC, suivi de brèves analyses par pays.
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La croissance économique dans la région de la CEMAC a ralenti en 2025 et est restée insuffisante pour améliorer les conditions de vie. La croissance a décéléré pour atteindre un niveau estimé à 2,6 %, contre 3,2 % en 2024. Le Tchad et la République centrafricaine ont enregistré les plus fortes performances de croissance, soutenues respectivement par l’augmentation de la production pétrolière et la croissance des exportations d’or. Au Cameroun, la croissance est demeurée modérée, portée par la consommation privée, l’investissement et les exportations de cacao, mais freinée par les troubles postélectoraux et les mesures de confinement. La croissance a légèrement repris au Congo, soutenue par des progrès généralisés dans les secteurs pétrolier et non pétrolier. En revanche, la baisse de la production pétrolière a pesé sur l’activité économique au Gabon et en Guinée équatoriale, cette dernière enregistrant la plus faible performance de la région, avec une croissance d’environ -5,8 %.
Figure 1 : Croissance du PIB réel dans la CEMAC, 2020–2028
La baisse des prix du pétrole, la diminution des recettes tirées des matières premières et le maintien de fortes pressions sur les dépenses publiques ont entraîné une détérioration de la situation budgétaire de la CEMAC en 2025. Le déficit budgétaire moyen s’est creusé pour atteindre un niveau estimé à 3,3 % du PIB en 2025, contre 1,6 % en 2024. Les dépenses publiques ont augmenté pour atteindre 21,1 % du PIB, tandis que les recettes totales ont diminué à 17,8 % du PIB. En 2025, tous les pays de la CEMAC ont enregistré des déficits budgétaires, à l’exception du Congo, où l’excédent budgétaire s’est réduit à 0,6 % du PIB (contre 2,7 % du PIB en 2024). Le ratio dette publique/PIB de la région demeure élevé, à un niveau estimé à 53,6 % du PIB, en particulier au Congo et au Gabon, où, selon les estimations, il a dépassé le plafond d’endettement régional de la CEMAC fixé à 70 % du PIB.
Figure 2 : Inflation moyenne dans la CEMAC (en pourcentage), 2021–2026
Le solde commercial régional s’est également affaibli en 2025, passant de 6,7 % du PIB en 2024 à un niveau estimé à 3,5 %, principalement en raison de la baisse des prix du pétrole et du recul des exportations pétrolières. Les hydrocarbures représentent toujours environ 70 % des exportations de la région, mais les exportations de pétrole ont diminué de 2,3 % et celles de gaz de 10,5 %, avec des baisses particulièrement marquées en Guinée équatoriale (–18 %) et au Cameroun (–10 %). Les exportations hors pétrole (or, cacao) n’ont compensé que partiellement cette baisse, tandis que les exportations de bois ont stagné, reflétant des contraintes structurelles persistantes. Les réserves extérieures se sont affaiblies, passant de 4,9 mois de couverture des importations en 2024 à 4,2 mois en 2025, en dessous du seuil d’adéquation de 5 mois établi par la CEMAC, dans un contexte de baisse continue de la production d’hydrocarbures.
L’inflation est passée sous la cible régionale de 3 % pour la première fois depuis 2022. L’inflation annuelle moyenne a diminué de 4,0 % en décembre 2024 à 2,1 % en décembre 2025, tandis que l’inflation en glissement annuel a reculé à 0,6 %, soutenue par la baisse des coûts d’importation, une politique monétaire restrictive, le maintien des subventions aux carburants et des contrôles des prix dans certains pays, ainsi que par une production agricole favorable. En juin 2026, la BEAC a repris l’assouplissement de sa politique monétaire en abaissant son taux directeur de 4,75 % à 4,5 %, inversant ainsi les mesures de resserrement introduites fin 2025 pour faire face à la détérioration des avoirs extérieurs nets. Toutefois, la transmission de la politique monétaire demeure limitée, les banques réagissant davantage aux allocations de liquidité qu’aux variations des taux directeurs, tandis que les faiblesses structurelles du secteur bancaire et les pressions budgétaires continuent de limiter l’accès du secteur privé au crédit.
La pauvreté demeure largement répandue, touchant environ 25 millions de personnes, avec 36,2 % de la population de la CEMAC estimée vivre avec moins de 3 dollars américains par jour en 2025, contre 28,9 % dans l’UEMOA. Le chômage élevé (environ 10 % de la population active) et la forte croissance démographique (3 % par an) soulignent la nécessité de renforcer une croissance tirée par le secteur privé et la diversification économique afin de créer davantage d’emplois de qualité et d’accélérer la réduction de la pauvreté.
Figure 3 : Taux de pauvreté (3 dollars américains par jour)
La croissance de la CEMAC devrait atteindre 3,2 % en moyenne sur la période 2026–2028, mais les perspectives restent fortement vulnérables aux incertitudes mondiales, aux tensions commerciales, aux conflits géopolitiques et à l’instabilité régionale. La hausse des prix du pétrole à la suite du conflit au Moyen-Orient au début de 2026 pourrait temporairement soutenir les recettes d’exportation et les revenus budgétaires, bien que ces gains soient limités par la baisse de la production pétrolière. Un conflit prolongé pourrait accroître les coûts d’emprunt, affaiblir la demande mondiale et renchérir les prix des carburants, des denrées alimentaires et d’autres produits essentiels importés, exerçant ainsi des pressions sur la croissance et l’inflation. La lutte contre la pauvreté persistante, qui devrait rester autour de 36 % en 2027–2028, nécessitera d’accélérer les réformes prévues dans le cadre du programme régional de réformes (PREF CEMAC II). Les domaines prioritaires pour promouvoir une croissance plus élevée et créatrice d’emplois comprennent l’investissement dans les infrastructures énergétiques et de transport, le développement des compétences, ainsi que l’amélioration des réglementations commerciales et du climat des affaires. Toutefois, des retards dans la mise en œuvre des réformes économiques et dans les efforts de consolidation budgétaire pourraient davantage limiter la croissance et la création d’emplois dans l’ensemble de la région.