ARTICLE 08 mars 2019

Rebecca Enonchong : un poids lourd du hight-tech en Afrique

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À l’occasion de la journée des femmes, l’équipe du pôle Finance, compétitivité et Innovation de la Banque mondiale donne la parole à 4 jeunes femmes entrepreneures engagées en Afrique de l’Ouest. Rebecca est à la tête de plusieurs startups et incubateurs au Cameroun.

Avec une carrière entièrement consacrée à la promotion des nouvelles technologies en Afrique, Rebecca Enonchong collectionne les reconnaissances. En 2017, elle figurait notamment dans le classement des 50 Africains les plus influents de Jeune Afrique et dans le palmarès des 100 Africains les plus influents, dans la catégorie Science, technologie et innovation (a) du New African Magazine.

Présidente d’ ActivSpaces (a), le Centre africain pour la technologie, l’innovation et l’entreprise au Cameroun, Rebecca dirige également AppsTech (a) et I/O Spaces (a), un incubateur pour la diaspora africaine aux États-Unis, deux structures qu’elle a fondées. Comme si cela ne suffisait pas, elle préside le conseil d’administration d’AfriLabs et compte parmi les membres fondateurs de l’African Business Angel Network (ABAN).

Rebecca se décrit elle-même comme une dingue de technologie, un virus qu’elle a attrapé la première fois qu’elle a touché un ordinateur : « C’est un outil absolument génial, qui m’a ouvert le monde, avant Internet. » Née au Cameroun, Rebecca y fait ses études d’économie. Elle part aux États-Unis pour terminer son diplôme et commence à travailler dans le secteur de la technologie numérique, avant de créer sa propre entreprise.  

Elle s’intéresse par ailleurs à l’incubation depuis longtemps. Elle définit le concept d’ActivSpaces, son incubateur au Cameroun, en 2001, lors du Forum sur la technologie en Afrique, organisé par la Banque mondiale. La structure sera finalement lancée en 2010.

Rebecca se rappelle que, depuis longtemps, les cofondateurs d’ActivSpaces et elle-même étaient convaincus du pouvoir transformateur de la technologie : « C’est l’un des moyens les plus simples de bâtir notre économie : à travers l’innovation numérique. Pour moi, c’est l’un des secteurs capables d’avoir un impact maximal avec un minimum d’investissement. »

Ce qui l’amène à souligner cependant que l’entrepreneuriat technologique ne peut pas s’épanouir en vase clos : « On me demande souvent ce que les gouvernements et les donateurs peuvent faire pour aider les start-uppeurs et ma réponse est toujours la même : ‘ce sont des entrepreneurs’. Si l’environnement des affaires est mauvais, ils auront du mal à prospérer. Nous avons aujourd’hui la chance de pouvoir non seulement rattraper notre retard, mais aussi de relier différents secteurs. »

L’attention accordée à l’Afrique australe et de l’Est continue cependant de faire de l’ombre aux avancées dans les pays d’Afrique francophone : « Il s’y passe des tas de choses, mais les gens l’ignorent. Savez-vous que le Tchad a des pôles de technologie ? Personne n’en parle. C’est un problème de discours », juge Rebecca Enonchong. Insistant sur la nécessité de sortir des seuls périmètres de Lagos, Nairobi et Le Cap, pour aider les pays en retard mais aussi pour connecter toute l’Afrique, elle conclut : « Pour réaliser la mission d’AfriLabs, nous devons soutenir et développer la technologie africaine et le tissu entrepreneurial. »

AfriLabs est un réseau panafricain réunissant plus de 80 centres d’innovation dans 27 pays avec pour objectif de soutenir les pôles où grandissent les entrepreneurs prospères de demain. Les réseaux offrent à tous les acteurs d’un écosystème (start-up, incubateurs, investisseurs, chercheurs, etc.) une plateforme où partager et transférer des idées. « Les pôles ont joué un rôle décisif pour la technologie et les entrepreneurs africains », se réjouit Rebecca . « AfriLabs pousse le principe un peu plus loin, pour que les pôles et les laboratoires puissent tous travailler et communiquer ensemble, mais aussi profiter de leurs expériences réciproques. »

 « Nous sommes là pour soutenir ceux qui ont le plus de difficultés et les mettre en relation avec d’autres pôles éventuellement à même de les aider gratuitement. Nous voulons nous développer et associer de nouveaux pays membres, pour constituer une grande famille de centres d’innovation sur tout le continent. »

Elle conçoit la mission d’ActivSpaces un peu de la même façon et c’est pour cela que l’incubateur n’a pas encore ouvert d’antenne à Yaoundé, la capitale du Cameroun : « Nous ne voulons pas être uniquement là pour l’élite et ceux qui réussiront. Au lieu d’attirer la crème de la crème, nous voulons toucher ceux qui ignorent même qu’ils ont tout pour être entrepreneurs. » ActivSpaces est actuellement présent à Douala et à Buea et cherche à s’installer dans un troisième endroit, où l’agriculture jouerait un rôle prépondérant : « Nous voulons miser sur les zones rurales, là où les entrepreneurs n’ont aucune aide pour transformer leurs bonnes idées en une activité prospère. »

Rebecca sait parfaitement que l’incubation et l’entrepreneuriat ne résoudront pas tous les problèmes de développement en Afrique : « Ils font évidemment partie de la solution », affirme-t-elle, « mais ce n’est pas la seule. Cela ne sert à rien de promouvoir l’entrepreneuriat technologique auprès des jeunes s’ils n’ont pas accès à Internet ou à d’autres infrastructures essentielles. »

Elle explique comment ces difficultés sont souvent aggravées pour les start-up des pays d’Afrique francophone par un climat des affaires peu propice : « Ce ne sont pas les idées qui manquent… mais si vous consultez par exemple la liste des start-up à suivre en 2018 établie par Disrupt Africa, vous n’y trouverez aucune jeune pousse francophone. »

Conseillère pour le programme L’Afrique excelle de la Banque mondiale, elle sait que l’institution de développement peut apporter une aide précieuse — d’autant plus qu’ActivSpaces fait partie du programme Afric’innov et que la Banque mondiale siège à son comité de pilotage. Rebecca Enonchong rappelle à quel point c’est important pour les pays à la traîne et engage « la Banque mondiale à encourager et aider les pays à progresser, sinon, ce seront autant d’opportunités perdues. S’ils ne prennent pas des mesures rapidement pour installer un environnement plus porteur, ils risquent de passer à côté d’une nouvelle révolution. »

 



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