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Dans cet épisode, nous explorons le rôle clé du numérique dans le développement de l’Afrique. Face aux défis et aux progrès notables mis en avant lors du Sommet régional sur la transformation numérique en Afrique de l’Ouest et du Centre, qui s’est tenu en novembre 2025, nous examinons comment faire de la technologie un levier pour l’inclusion socio‑économique.
Au micro, trois visages de l’innovation africaine, Lamine Barro de la Côte d’Ivoire, Fatou Kiné Diop du Sénégal et Max Agueh du Bénin, œuvrent à simplifier le quotidien des jeunes et des femmes d’affaires. De la data et de l’IA pour l’éducation et l’emploi à la modernisation des tontines, en passant par l’orientation, la formation et l’insertion professionnelles, leurs projets portent une vision commune: celle d’une Afrique numérique pour tous.
Le podcast People First est disponible en ligne, sur Spotify et sur Apple Podcasts. Pour ne rien manquer, abonnez‑vous et n’oubliez pas de noter et de commenter cet épisode.
« Pour moi, l’Afrique 2035 ressemblerait à une grande Silicon Valley où il y aurait plein d’entreprises qui pourraient développer des solutions qui résolvent des problèmes existentiels et capitaux… Une Afrique centre de l’innovation technologique. »
Maqsoud Twaliou
Rama George : Ces paroles de Maqsoud Twaliou, jeune développeur béninois, reflètent l’espoir et l’ambition de tout un continent. En vingt ans, l’Afrique est passée de 3 % à 40 % d’accès à internet.
Le Sommet régional sur la transformation numérique en Afrique de L’Ouest et du Centre de novembre 2025 au Bénin, a salué ces progrès, mais il reste du chemin à parcourir : d’un côté, une Afrique connectée qui innove ; de l’autre, 900 millions de personnes sans internet, surtout en zone rurale où seulement 28 % ont accès au réseau. Le défi ? Faire en sorte que chacun puisse profiter du numérique.
Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans le podcast People First, le podcast qui met en lumière les voix de la Banque mondiale en Afrique de l’Ouest et du Centre. Je suis Rama George et je suis heureuse de vous retrouver pour ce nouvel épisode consacré au rôle clé du numérique dans le développement du continent.
Pour en parler, j'ai le plaisir de recevoir trois visages de l'innovation africaine : Lamine Barro de Côte d'Ivoire, Fatou Kiné Diop du Sénégal et Max Agueh du Bénin. Qu'ils soutiennent les étudiants ou les femmes d'affaires, ils partagent une même mission : simplifier le quotidien grâce à la technologie. Écoutez notre discussion.
Rama George : Bonjour Lamine, Fatou et Max. Pour commencer, pourriez-vous vous présenter brièvement ainsi que votre projet à nos auditeurs et auditrices ?
Lamine, je vous laisse commencer.
Lamine Barro : Bonjour ! Je suis Lamine Barro, fondateur et directeur général de la start-up Etudesk, une entreprise spécialisée dans la data et l’IA appliquée au secteur de l’éducation, de l’emploi, et de l’entreprenariat. Nous collaborons avec les institutions de formation, le gouvernement et les corporates pour pouvoir développer des programmes de formation accessibles aux jeunes. Depuis 2016, l’entreprise existe. Nous sommes basés en Côte d’Ivoire et nous opérons dans 36 pays.
Rama George : Merci Lamine. Fatou à vous.
Fatou Kiné Diop : Bonjour ! Je m’appelle Fatou Kine Diop. Je suis sénégalaise. Je suis entrepreneure engagée dans l’inclusion et l’autonomisation des femmes et des jeunes. Je suis la fondatrice de E-Tontine, une solution digitale qui modernise les tontines traditionnelles pour les rendre plus accessibles et plus simples où que vous soyez.
Rama George : Merci Fatou. Votre projet E-tontine me rappelle mes tantes qui en faisaient partie. Tous les mois, elles contribuaient à une cagnotte pour aider à financer un mariage, un baptême ou un projet important. Et voir qu’aujourd’hui cette tradition renaît à travers votre application numérique, je trouve votre idée géniale.
Max, je vous laisse présenter Esseyi !
Max Agueh : « Bonjour ! Esseyi veut dire « transmission de connaissance » en Akposso, une langue qui est parlée au Togo et j’ai cofondé cette société il y a deux ans avec Emeric Koda, qui est franco-togolais. Esseyi est une plateforme en réalité d’orientation, de formation en ligne et d’insertion professionnelle. On vise à adresser deux sujets majeurs : l'orientation universitaire et professionnelle et le défi de l’employabilité.
Rama George : Merci beaucoup pour vos présentations. Alors le saviez-vous ? Un des engagements majeurs issu du sommet de novembre dernier est de garantir une culture numérique de base à 70 % des jeunes diplômés à l'horizon 2030.
Ousmane Diagana : Si nous courons avec courage, discipline et ambition, nous ne se serons pas simplement des utilisateurs de technologie, mais les architectes d’un futur où la technologie accompagne et accélère la transformation du continent.
Et ma question pour vous est la suivante : Comment le numérique est-il rentré dans votre vie et pourquoi avoir poursuivi dans ce secteur ? Lamine, je vous laisse commencer.
Lamine Barro : Alors, j’ai eu la chance d’avoir un ordinateur quand j’avais 12 ans et c’est ce qui a vraiment tout débloqué … parce-que j’avais également accès à internet et donc je me suis formé en ligne sur plusieurs plateformes. Et c’est comme ça que j’ai développé mes compétences dans le numérique. A 16 ans, j’ai commencé à travailler avec les entreprises locales en tant que freelance. Ils ne m’ont jamais demandé mon âge, ni mon CV. Et durant l’université, j’avais encore d’autres opportunités, alors que j’avais des amis qui avaient des licences, des masters [et] c’était vraiment difficile pour eux d’avoir ne serait-ce qu’un simple stage. C’est vraiment ce qui m’a motivé à créer Etudesk, parce que grâce au digital, j’ai eu plein d’opportunités dans ma vie et ce sont ces mêmes opportunités que j’ai voulu partager avec les autres jeunes à travers Etudesk.
Rama George : Max ?
Max Agueh : Eh bien en fait, c'est très simple. Si je prends mon propre cas, il y a une vingtaine d'années, lorsque je voulais faire les études universitaires, j'avais des difficultés à avoir toutes les informations pour pouvoir prendre les bonnes décisions. Et force est de constater que 20 ans après, les difficultés étaient les mêmes quand j'ai continué d'échanger avec les jeunes.
Donc, nous avons créé cette plateforme justement pour cartographier l'offre de formation dans la plupart des pays et les mettre à disposition des étudiants pour leur permettre de pouvoir faire des choix avisés et trouver un métier... que ce ne soit plus un hasard de pouvoir choisir une orientation professionnelle et que cette orientation professionnelle soit aussi faite en corrélation avec les offres de jobs disponibles sur leur territoire.
Rama George : Enfin, Fatou.
Fatou Kine Diop : Je n’ai pas un parcours académique où j’ai eu des diplômes. Je suis en banlieue, et beaucoup de jeunes commencent des études [qui] n’aboutissent pas, mais j’ai eu la chance d’avoir été dans une école où il y a une salle informatique. Et cette salle-là, j’y allais tout le temps. Même je fuyais les cours pour aller dans cette salle.
Donc [même] quand j’ai arrêté les études, je continuais [d’y aller]. J’avais un ordinateur et j’utilisais beaucoup les réseaux sociaux. Au début, je faisais du bénévolat dans une association. Ce centre accompagne des jeunes qui sont en banlieue, qui n’ont pas forcément fait d’études. Donc, on devait donner pour chaque personne une responsabilité. Et pour moi, le président a directement dit de donner à Fatou Kine la communication digitale parce qu’il me voyait tout le temps me connecter et être sur les réseaux sociaux.
Rama George : On estime que d’ici 2030, l’Afrique subsaharienne devrait générer 230 millions d’emplois liés au numérique, portés par l’expansion rapide des services digitaux.
Quelles compétences numériques vous semblent les plus essentielles pour les jeunes qui veulent se spécialiser dans ce secteur ? Max, quel serait votre conseil ?
Max Agueh : Alors il y a beaucoup de compétences qui semblent essentielles. L'une des premières est la maîtrise des outils de productivité. Vous ne pouvez pas être entrepreneur aujourd'hui sans maîtriser les outils de gestion, de design, de bureautique. Ensuite, vous devez pouvoir piloter votre stratégie digitale. Il faut être présent sur les réseaux sociaux et avoir toute une stratégie marketing qui est adaptée pour pouvoir s’adresser aux clients qui vous intéressent. Et puis piloter par la donnée parce que ça c'est essentiel. Et en cela, il manque des chiffres disponibles pour qu’un entrepreneur puisse justement construire sa stratégie de commercialisation. Il manque également de la data. Et en cela ce sont des éléments sur lesquels nous avons construit des contenus de formation pour soutenir justement les entrepreneurs : que ce soit sur la data, que ce soit sur la cybersécurité... parce qu’aujourd’hui la plupart des pays ont des codes du numérique ; il nous faut protéger nos utilisateurs. Un entrepreneur doit garantir une certaine éthique dans l'utilisation des données de ses clients finaux.
Rama George : Et vous Lamine ?
Lamine Barro : La compétence la plus importante, pour moi, pour les entrepreneurs du secteur du numérique, c’est l’analyse des données. Ça vous permet de traiter toutes ces informations dynamiques dans l’écosystème, d’être flexible et de vous ajuster en fonction des différents challenges que vous allez rencontrer.
Rama George : L'analyse de données comme boussole pour l'entrepreneur, c'est un point clé. Fatou, selon vous : quel est le principal frein pour les entrepreneurs qui n'ont pas fait de longues études et comment essayez-vous de réduire cette fracture ?
Fatou Kine Diop : A chaque fois que les politiques créent un programme, ils vont prendre la langue officielle comme slogan pour que les gens comprennent. Mais c’est toujours pour les personnes qui ont fait des études. Moi je me suis engagée dans l’inclusion. Je fais de mon mieux pour que beaucoup de personnes, qui sont des entrepreneurs, qui parlent les langues officielles, les langues locales (Fon, Wolof, Serer, Toucouleur), puissent aussi s’en sortir et faire des innovations.
Rama George : Enfin, nous allons terminer notre entretien par cette question : Si vous pouviez imaginer l'Afrique numérique idéale d’ici 2035, à quoi ressemblerait- elle ?
Lamine je vous laisse commencer.
Lamine Barro : Alors, ma vision idéale de l’Afrique d’ici 2035 : c’est une Afrique souveraine, sur le plan digital, qui a des champions nationaux dans le secteur du numérique, qui arrivent même à déployer des solutions même à l’échelle international. Et surtout, c’est une Afrique qui a réussi à capitaliser sur son actif culturel parce que je pense que c’est l’une de nos plus grandes richesses. Le digital va permettre de vraiment déployer ça à grande échelle.
Rama George : Et pour vous Fatou ?
Fatou Kine Diop : Si je peux imaginer une Afrique numérique en 2035, c’est une connexion [à un prix] abordable pour tous, des compétences numériques essentielles pour tous, des startups locales très puissantes et le gouvernement qui collabore très bien avec les innovateurs et une grande place pour les femmes dans la tech.
Rama George : Max, je vous laisse terminer.
Max Agueh : Je l'imagine avec une capacité à pouvoir rendre accessible des formations très pratiques, opérationnelles pour tous les étudiants. Je l'imagine avec un accès universel pour l'éducation, que ce ne soit pas un coût de pouvoir se former en ligne. Je l'imagine également avec une capacité à ce que les écosystèmes puissent transformer leurs propres contenus et apporter au monde cette diversité là et ne pas juste être des éléments de consommation de la production faite ailleurs.
Rama George : Merci à tous les trois pour cette discussion.
À travers cet échange, une certitude s’impose : l’Afrique est à un tournant. Avec un marché de l’intelligence artificielle estimé à deux milliards de dollars, l’opportunité est immense pour cette jeunesse dont 60 % a moins de 25 ans.
S.E. Madame Aurelie Adam Soulé Zoumarou, ministre du numérique et de la digitalisation : Le numérique n’est plus un choix. C’est une obligation économique, sociale, et stratégique. Le numérique est aujourd’hui l’un des rares secteurs capables d’absorber l’audace et l’inventivité de notre jeunesse.
C’est sur cette note ambitieuse que se termine cet épisode.
Au nom de toute l’équipe, merci de nous avoir suivis.
Rejoignez-nous dans notre prochain épisode pour explorer d'autres solutions innovantes qui contribuent à façonner l'avenir de l'Afrique. Un petit rappel, si vous aimez People First, laissez-nous un commentaire et cinq étoiles dans l’appli Apple Podcast ou sur votre plateforme préférée de podcast. N’hésitez pas aussi à nous faire des propositions de sujets pour nos épisodes à venir, en nous contactant par mail : peoplefirstpodcast@worldbank.org
A très vite !
BLOG : Accélérer la révolution numérique de l’Afrique pour stimuler l’emploi et la croissance
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À propos du People First Podcast
People First Podcast vient apporter un éclairage humain et concret sur les thématiques de développement spécifiques aux habitants d'Afrique de l'Ouest et du centre, et sur la contribution de la Banque mondiale. People First Podcast, pour un développement durable et inclusif !
À propos du Groupe de la Banque mondiale
Le Groupe de la Banque mondiale est l'une des plus importantes sources de financement et de connaissances au monde pour les pays à faible revenu. Ses cinq institutions partagent l'engagement de réduire la pauvreté, d'accroître la prospérité partagée et de promouvoir le développement durable.