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Faniriana Odilon Emmanuel (à gauche) vend le Wi-Fi et d’autres services numériques alimentés par le mini-réseau à Anivorano Est.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Synopsis

À Madagascar, une électricité fiable aide les entrepreneurs à créer des entreprises, les agriculteurs à accéder à de nouveaux marchés et les employeurs à maintenir la production. Des mini-réseaux solaires en milieu rural aux nouveaux investissements dans le réseau national, l'accès élargi à une électricité abordable et fiable crée des opportunités tant pour les ménages que pour les entreprises.

À travers la Mission 300 et des projets d'appui au secteur de l'énergie de Madagascar, le Groupe de la Banque mondiale travaille avec le gouvernement et le secteur privé pour élargir l'accès à l'électricité, renforcer le réseau, attirer les investissements et contribuer à créer les conditions propices à davantage d'emplois et de croissance économique.

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À première vue, Nantenaina Randrianasolo, jeune agriculteur de 25 ans plein d’allant, et Lucie Ramiarinarivo, directrice régionale d’une importante société d’exportation d’épices (Jacarandas), n’ont qu’un point commun : un même goût averti pour le curcuma.

Au cœur des agroforêts luxuriantes qui entourent Anivorano Est, son village, Nantenaina sait s’approvisionner auprès de ses voisins cultivateurs, puis couper et faire sécher la racine orangée. L’équipe de Lucie, elle, sait jauger la qualité du curcuma livré par les coopératives, puis le stocker, le moudre et conditionner en grande quantité l’épice dorée avant de l’acheminer vers la ville portuaire de Toamasina, à trois heures de route, d’où elle prendra le chemin de l’export.

Au-delà du commerce local des épices, le sort économique du petit exploitant comme de l’industrielle de l’agroalimentaire tient lui aussi à quelque chose de très fondamental : un accès fiable et abordable à l’électricité.

Un récent périple sur la route nationale 2 (RN2), principale artère économique reliant la capitale de Madagascar Antananarivo au premier port du pays, Toamasina, révèle tout le potentiel transformateur de Mission 300, initiative qui ambitionne d’accélérer le changement par des réformes et des investissements dans le secteur de l’énergie. Des foyers raccordés pour la toute première fois aux grandes compagnies, en passant par les petits entrepreneurs, l’électricité est un ingrédient indispensable à la croissance économique et un véritable vecteur d’espoir en l’avenir.

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L’électricité transforme des vies, et le parcours de Madagascar en témoigne. Des raccordements au réseau aux solutions hors réseau, de nombreuses approches peuvent contribuer à élargir l’accès à l’électricité.
Atou Seck
responsable des opérations du Groupe de la Banque mondiale pour Madagascar
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Mini-réseaux, grandes ambitions

La route menant à Anivorano Est, où nous avons retrouvé Nantenaina en train de remplir des sacs en toile de copeaux de curcuma séchés au soleil, est vallonnée, boueuse et creusée d’ornières profondes. En partant vers le nord-ouest depuis la RN2, il faut 45 minutes pour parcourir à peine 21 kilomètres, si bien que beaucoup préfèrent encore acheminer leurs marchandises par voie fluviale. L’état de la route explique en partie pourquoi ce district de quelque 25 000 habitants, niché entre bananiers, girofliers et des litchis, reste privé de réseau électrique malgré ses richesses agricoles. Une mission catholique a pendant quelque temps fourni à ses voisins quelques heures de courant par jour grâce à un générateur, mais l’arrangement a pris fin, replongeant les villageois dans l’obscurité.

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La route vers Anivorano Est.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Tout a changé avec l’arrivée de WeLight, qui fournit aujourd’hui l’essentiel de l’électricité d’Anivorano Est. Soutenue par des partenaires de développement, dont IFC, cette entreprise privée a déployé des mini-réseaux solaires dans 174 villages du pays. Sur un terrain appartenant au district, elle a installé des panneaux de la superficie d’un court de tennis, couplés à un système de stockage par batteries. Le déploiement s’est opéré en deux temps : d’abord en 2023, puis en 2025 avec l’appui financier de la Banque mondiale dans le cadre du projet DECIM (Connectivité numérique et énergétique pour l’inclusion à Madagascar). Les fonds étaient conditionnés à des investissements générant de nouveaux raccordements.
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Des panneaux solaires et des accumulateurs alimentent le village d’Anivorano Est.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Fort d’une capacité de 33 kWc (le « kilowatt-crête » mesure la puissance maximale d’un système d’énergie solaire dans des conditions d’ensoleillement idéales), le mini-réseau d’Anivorano Est alimente désormais environ 300 foyers.

À 85 ans, grâce à un système de paiement à l’utilisation, la grand-mère de Nantenaina, Esther Rakotondrasoa, peut enfin y voir clair la nuit et, pour la première fois, regarder les informations et des programmes de divertissement à la télévision. Son petit-fils, Faniriana Odilon Emmanuel, 19 ans, a su ces deux derniers mois tirer pleinement parti de ce raccordement : en couplant l’accès à l’électricité à un abonnement Starlink, il revend désormais un accès internet illimité à ses voisins, parmi d’autres services numériques.

Quant à son cousin Nantenaina, il compte se raccorder dès qu’il aura conclu une vente de curcuma suffisante, pour « cesser de peser sur [sa] grand-mère ». Il voudrait créer une page Facebook pour promouvoir son produit, s’affranchir des intermédiaires et fonder un jour sa propre coopérative. « J’adorerais acheter un camion, mais d’abord : l’électricité ! », dit-il avec l’assurance tranquille de celui qui sait où il va.

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Nantenaina Randrianasolo, un vendeur de curcuma, espère obtenir son propre raccordement à l’électricité.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Le fonds DECIM encourage WeLight et d’autres fournisseurs privés d’énergie renouvelable décentralisée à s’étendre vers de nouveaux sites comme à renforcer leurs installations existantes. À Anivorano Est, le mini-réseau alimente déjà l’éclairage domestique, les appareils électroniques, le petit matériel de soudure et une demi-douzaine de réverbères ; mais les journées nuageuses et une capacité encore limitée freinent souvent les usages productifs plus énergivores. « Avec plus d’électricité, on pourrait faire tellement plus ici », confie Herilala Richard, adjoint au maire. Avec l’appui du projet DECIM, l’entreprise prévoit d’ajouter 11 kWc de capacité supplémentaire pour répondre à une demande grandissante.
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Des panneaux solaires pour plus de résilience et d’économies

Là où la RN2 rejoint l’océan Indien, la ville de Toamasina s’étend sous les palmiers, au milieu des impressionnants débris laissés par le cyclone Gezani, tempête dévastatrice qui a frappé la région en février 2026.

Des bâtiments se sont effondrés, des grues portuaires ont été renversées et des lignes électriques arrachées sur des kilomètres. Avec 91 % du réseau hors service, la ville a sombré dans un black-out total.

Au cours des quatre derniers mois, la JIRAMA, la compagnie nationale d’électricité, a travaillé sans relâche pour rétablir le courant, remplaçant des infrastructures vieillissantes par de nouvelles lignes de transport, des transformateurs, des poteaux et des câbles neufs. Déployés à une vitesse record, les financements de la Banque mondiale ont permis d’acquérir les matériaux nécessaires et de confier la réhabilitation du réseau à 11 entreprises privées locales, dans le cadre des projets DECIM et LEAD (Développement à moindre coût de l’accès aux services d’électricité). Ces nouvelles infrastructures améliorent déjà la qualité et la fiabilité de l’approvisionnement ; toutefois, dans l’attente d’un câble haute tension, environ 4 MW de capacité restent indisponibles, provoquant des délestages persistants qui pèsent lourdement sur les industries locales.

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Ligne de transport le long de la RN2, après le cyclone.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Réparation du réseau après le passage du cyclone Gezani.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Jacarandas, en particulier, a été durement frappée. L’entreprise exportatrice d’épices a perdu ses bureaux, un entrepôt entier et divers équipements. Elle a aussi vu ses machines se dérégler et tomber en panne en raison de l’instabilité de l’alimentation électrique.

La remise en état menée après le cyclone a certes amélioré la qualité du réseau régional, mais une entreprise de l’envergure de Jacarandas — qui transforme du curcuma, mais aussi des baies roses, du girofle, du gingembre, de la cannelle et bien d’autres épices destinées à l’export — ne peut tout simplement pas se permettre de rester à l’arrêt pendant les coupures de courant.

« Nous subissons en moyenne cinq pannes par jour, mais il n’est pas question de s’arrêter. Avec environ 500 employés et des journées de huit heures de travail à assurer, il est plus rentable de recourir à des groupes électrogènes », explique la directrice régionale, Lucie Ramiarinarivo. L’entreprise consomme environ 100 litres de gazole par jour pour faire fonctionner les générateurs qui alimentent tapis roulants, outils de coupe, séchoirs électriques, broyeurs et équipements de scellage.

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On sera plus autonomes et on travaillera mieux. Le solaire pourrait réduire nos coûts énergétiques de 60 %
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Un ouvrier utilisant une scie électrique pour couper des bâtons de cannelle à Jacarandas, à Toamasina.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Une énergie qui tire toute l’économie vers le haut

Au-delà des mini-réseaux et des toitures industrielles, l’énergie solaire pourrait également remédier aux déficits de production électrique que connaît le pays.

Madagascar étant une île qui ne peut importer d’électricité de ses voisins, toute l’énergie doit être produite localement, à partir de sources thermiques, hydrauliques, solaires ou éoliennes. Lors de l’élaboration de son Pacte énergétique national dans le cadre de Mission 300, le gouvernement malgache a exploré diverses pistes pour accélérer l’électrification partant d’un taux de couverture de 36 % de la population en 2024.

« À Madagascar, l’énergie solaire s’impose comme l’une des options les plus rapides et les plus abordables, avec un fort potentiel de réduction des coûts pour les ménages et les entreprises. Mais le déploiement de ces solutions à grande échelle exige un secteur énergétique plus robuste et des investissements privés accrus », souligne Atou Seck, responsable des opérations du Groupe de la Banque mondiale pour Madagascar. « Le secteur privé a un rôle central à jouer pour élargir l’accès à l’électricité. Grâce à des projets tels que LEAD, DECIM et ASCENT, conjugués à des réformes qui renforcent le secteur et attirent les investissements, le Groupe de la Banque mondiale contribue à fournir une électricité fiable et abordable à un plus grand nombre de Malgaches. Notre objectif est simple : faire en sorte que chaque communauté dispose de l’énergie nécessaire pour créer des emplois, développer les entreprises et stimuler la croissance économique. »

En collaboration avec le FMI, la Banque mondiale a appuyé l’élaboration d’un plan de redressement pour la JIRAMA, portant notamment sur l’apurement des dettes et des arriérés. Dans le cadre de cet accord, les producteurs d’électricité indépendants ont obtenu l’assurance d’être payés en temps et en heure par la JIRAMA, s’engageant en retour à produire et à vendre à la compagnie nationale davantage d’énergie renouvelable, à des tarifs revus à la baisse.

Sur le site de Mandrasolar, un vaste complexe solaire implanté dans une plaine en bordure de la RN2, des ouvriers s’affairaient en juin 2026 à assembler 15,4 MW de panneaux solaires, couplés à 10 MWh de batteries. Une fois achevée, la centrale alimentera le réseau national en électricité. Sa production permettra de couvrir les besoins de 14 000 foyers et de réduire les délestages dans la ville voisine de Moramanga ainsi que sur le réseau national interconnecté.

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Mandrasolar centrale électrique
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On contribue à améliorer le réseau, et quand il y a moins de coupures, tout le monde peut progresser.
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Le projet DECIM, qui accompagne des opérateurs de mini-réseaux tels que WeLight, aide également Madagascar à investir dans de nouvelles lignes de transport d’électricité reliant Mandrasolar et d’autres producteurs indépendants au réseau national.

« Il faudrait dupliquer ce type d’installation partout dans le pays pour réduire les délestages et répondre à la fois à la demande domestique et industrielle », affirme Lindon Toto, chef de projet de la centrale solaire. « On contribue à améliorer le réseau, et quand il y a moins de coupures, tout le monde peut progresser. »

Des systèmes hors réseau aux installations raccordées, des kits solaires aux centrales photovoltaïques, l’élan insufflé par une électricité plus fiable et abordable est palpable à tous les niveaux.

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Marianne Vaviroa, 56 ans, petite agricultrice du hameau d’Ambonivato Ivoloina.
Photo : Tsiky Lalatiana Ranaivoarisoa/Banque mondiale
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Je ne saurais pas dire quoi au juste, mais quand je regarde au bout du chemin et que je vois plus de lumières, ça me fait du bien. Et avec plus d’électricité, il y aura encore plus de progrès.
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« Quelque chose a changé, je le sens », confie Marianne Vaviroa, 56 ans, petite exploitante agricole dans le hameau d’Ambonivato Ivoloina (littéralement « perché sur un rocher »), où des kits solaires ont été distribués dans le sillage du cyclone Gezani. « Je ne saurais pas dire quoi au juste, mais quand je regarde au bout du chemin et que je vois plus de lumières, ça me fait du bien. Et avec plus d’électricité, il y aura encore plus de progrès. »
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