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LES POINTS MARQUANTS
- Le gouvernement rwandais est parvenu à former et certifier 24 000 enseignants pour répondre aux besoins créés par la construction de 22 000 salles de classe à travers le pays.
- Cette réussite repose sur une approche innovante qui a permis à des diplômés aspirant à devenir enseignants d’exercer avant d’être passées par un établissement de formation pédagogique.
- L’ambition du Rwanda est de doter tous les élèves des bases nécessaires pour commencer à acquérir des compétences et construire un avenir stable.
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En 2021, Pelagie Abayikunda, diplômée du secondaire, s’est retrouvée à enseigner le français dans une école primaire de Kigali. Le ministère rwandais de l’Éducation (MINEDUC) venait alors d’achever la construction de 22 000 salles de classe, dans le cadre du projet d’accès à une éducation de base de qualité pour le développement du capital humain (QBE). Pour les pourvoir d’enseignants, les critères de recrutement ont été temporairement assouplis : environ 25 000 diplômés comme Pelagie, possédant une spécialisation disciplinaire, ont ainsi pu commencer à enseigner sans être passés auparavant par un institut de formation. Ils ont été intégrés dans le système scolaire en tant qu’« enseignants non certifiés », dans l’attente de la mise en œuvre des plans de formation et de certification prévus.
Les ambitions de développement du Rwanda reposent sur une équation simple, mais exigeante : les jeunes qui entrent sur le marché du travail ont besoin de compétences, et pour cela tout commence en classe. Bâtir une économie de la connaissance compétitive exige des enseignants bien formés. C’est précisément ce défi que le Rwanda a décidé de relever, avec pour objectif ultime de sortir les personnes de la pauvreté et de leur donner l’espoir d’un avenir meilleur, de la dignité et la possibilité de réaliser leurs aspirations.
Un programme conçu pour une action rapide et d’envergure
En avril 2024, le Conseil rwandais de l’éducation de base (REB) a lancé un programme de certification accéléré visant à former l’ensemble des enseignants non certifiés du préprimaire et du primaire dans tout le pays en l’espace d’un an seulement.
Pour cela il a fallu concilier ambition et pragmatisme. Des spécialistes ont élaboré quatre modules condensés, mais rigoureux, tirés du programme d’études standard des instituts de formation des enseignants : psychologie de l’éducation, pédagogie et instruction, éducation inclusive et enseignement disciplinaire. Les sessions de formation se tenaient les week-ends et les jours fériés, afin de ne pas empiéter sur le temps de classe. Trente-six animateurs expérimentés ont formé 600 formateurs (issus des instituts de formation des enseignants ou spécialistes de l’éducation), qui ont dispensé les sessions dans les 30 districts du pays. Les lieux de formation ont été sélectionnés pour leur accessibilité et leurs infrastructures ; des services de garde d’enfants étaient proposés sur place.
Le programme reposait sur un modèle de « micro-enseignement ». Plutôt que de suivre passivement des cours, les stagiaires étudiaient de manière autonome, puis s’exerçaient à donner des leçons devant leurs pairs, en recevant des retours structurés à l’aide de grilles d’observation.
L’évaluation était exigeante : la certification impliquait de réussir des épreuves écrites, un examen final et une évaluation pratique conduite par l’Autorité nationale des examens et de l’inspection scolaire (NESA). Les stagiaires ayant obtenu les résultats requis se sont vu délivrer un certificat d’enseignement professionnel et un statut officiel au sein de la fonction publique nationale.
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De la salle de classe à la carrière professionnelle
« Suivre une formation le week-end n’était pas chose aisée », convient Gerard Murasira, responsable de la formation des enseignants au REB. « Mais nos enseignants ont relevé ce défi avec détermination et ils ont gagné en assurance et en efficacité. »
Pelagie est heureuse d’avoir pu participer au programme : « Grâce à cette formation, j’ai appris à bien gérer ma classe. Je suis maintenant capable de préparer des cours et des évaluations de manière efficace. Je sais comment accompagner mes élèves. » La certification lui a toutefois apporté bien plus qu’un bagage pédagogique. Elle a changé le cours de sa vie professionnelle. « Avec cette certification, j’aurai de la stabilité. Je pourrai demander une mutation dans un autre établissement, être éligible à des bourses de formation et accéder aux services d’Umwalimu SACCO [coopérative d’épargne et de crédit pour les enseignants] lorsque j’aurai besoin d’un soutien financier. »
Mère célibataire, la stabilité professionnelle est pour elle le socle sur lequel elle peut construire un avenir pour elle et son fils. L’enseignante envisage désormais de poursuivre ses études et, un jour, de devenir chargée de cours à l’université. Elle incarne ces jeunes qui entrent dans la vie active avec pour seul capital un potentiel et un rêve, et à qui l’on a donné les moyens de les accomplir.
Une vision d’ensemble
L’équipe Gestion et perfectionnement des enseignants du Conseil rwandais de l’éducation de base (REB) avec la première cohorte de formateurs, avant le lancement du programme de formation à l’échelle nationale. Photo : Saima S. Malik/Groupe de la Banque mondiale
En partenariat avec la Banque mondiale (a), le ministère rwandais de l’Éducation a investi résolument dans les compétences des enseignants, condition préalable indispensable au développement du capital humain. Les salaires des enseignants ont été considérablement relevés (de 10 % en 2019, puis dans une fourchette comprise 40 et 88 % en 2022) afin d’attirer et retenir les talents. La rémunération des enseignants du préscolaire, qui dépendait auparavant des contributions financières des parents d’élèves, est désormais officiellement assurée par l’État. Quant au projet QBE, il continue d’apporter infrastructures, matériel pédagogique et formation aux compétences numériques pour les enseignants.
« Pour que le Rwanda réalise les progrès que nous espérons, nous devons veiller à ce que les élèves de notre pays apprennent vraiment. Pour cela, nous devons nous assurer que nos enseignants sont bien préparés », souligne Flora Mutezigaju, directrice générale adjointe du REB. « C’est une responsabilité que nous prenons très au sérieux. »
Les résultats parlent d’eux-mêmes. Vingt-quatre mille enseignants formés et certifiés. Des centaines de milliers d’élèves bénéficiant de meilleurs enseignements. Une génération de futurs travailleurs mieux préparés. C’est cela, investir dans l’éducation, et c’est pourquoi cet investissement a des répercussions bien au-delà des murs de l’école.
Dans sa salle de classe, Pelagie sourit en corrigeant la prononciation d’un élève. Elle confie qu’elle aime enseigner. Et quand on lui demande ce qu’elle espère pour l’avenir de son fils, elle répond : « Il poursuivra son propre rêve et tracera son propre chemin. Moi, je serai là pour l’accompagner. »
Cet article a été rédigé par Saima Sohail Malik, spécialiste senior de l’éducation pour la Région Afrique de l’Est et australe de la Banque mondiale, et Leon Mugenzi, responsable de la gestion et du perfectionnement des enseignants au Conseil rwandais de l’éducation de base (REB).
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