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« Je suis l’un des plongeurs qui veilleront à ce que les rochers soient correctement positionnés, explique Anthony Hackett pour décrire son travail sur le brise-lames du port de pêche. Nous devons les aligner de façon absolument parfaite… c’est un sacré travail. »
La mission d’Anthony s’inscrit dans le cadre des efforts de reconstruction de la Barbade après le passage de l’ouragan Beryl. [tweetquote:[tweetText=Lorsque la tempête de catégorie 4 a balayé le sud de la Barbade en juillet 2024, elle a provoqué des dégâts estimés à plus de 190 millions de dollars de la Barbade. ,tweetData=Banquemondiale,tweetHash=]]Les zones côtières ont été les plus touchées, notamment les pêcheries. On estime que 90 % de la flotte de pêche de l’île a été endommagée ou détruite, ainsi que des infrastructures essentielles telles que le port de Bridgetown et la marina.
La tempête a déplacé les énormes blocs de béton en forme de croix qui protégeaient le port de pêche depuis des décennies, éventrant le brise-lames et exposant tout ce qui se trouvait derrière. Des bateaux ont été détruits ou emportés, et le marché aux poissons ainsi que le centre de conditionnement ont subi de lourdes pertes.
C’est cette catastrophe qui a poussé Anthony à se lancer dans l’eau, où il passe désormais ses journées à superviser la mise en place de nouveaux rochers de protection, des blocs très denses et lourds importés de Norvège. Chaque rocher est géoréférencé et cartographié numériquement afin que sa position puisse être contrôlée dans les années à venir. Des pierres plus petites sont disposées sous les blocs pour ériger une barrière soigneusement conçue, à savoir suffisamment solide pour résister aux ouragans, mais suffisamment perméable pour laisser l’eau s’infiltrer et perdre de son énergie avant d’atteindre la marina.
Pour Anthony, ce travail est une affaire personnelle : « Je suis très heureux de participer au chantier, car le bateau de mon frère a été détruit par Beryl. Je ne veux plus qu’il y ait de dégâts. » Son frère s’est tourné vers l’agriculture pour survivre après avoir perdu son bateau. Aujourd’hui, grâce aux travaux de reconstruction et au soutien financier apporté aux pêcheurs pour remplacer leurs embarcations, le frère d’Anthony pourrait un jour reprendre la mer. Anthony pense que la vue du nouveau brise-lames contribuera à restaurer la confiance : « Quand ils verront la structure terminée, ils se diront peut-être qu’ils pourraient repartir en mer. »
La réfection du brise-lames est le signe le plus visible de reconstruction, mais ce n’est qu’un début. Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du projet d’intervention d’urgence et de reconstruction après Beryl, une initiative soutenue par la Banque mondiale qui vise à restaurer les infrastructures essentielles, à relancer la pêche et à renforcer la résilience de la Barbade face à de futures tempêtes.
« La pêche est importante pour la sécurité alimentaire, pour le patrimoine et pour les communautés côtières, explique Naraya Carrasco, spécialiste principale des risques de catastrophe à la Banque mondiale et responsable de l’équipe de projet. Ce projet vise à donner aux familles les moyens de se relever et à renforcer la résilience à tous les échelons du secteur. »
Le gouvernement considère que ce travail est à la fois urgent et porteur de transformations. Lors du lancement du projet, la ministre des Affaires économiques et de l’Investissement, Kay McConney, a rappelé aux Barbadiens que si les ouragans ne peuvent être endigués, la réponse peut être décisive :
« Nous ne pouvons pas toujours maîtriser les risques climatiques qui menacent notre pays. Mais ce qui dépend vraiment de nous, c’est tout ce qui nous permet de rebondir et de nous reconstruire de manière résiliente. »
Le projet d’intervention d’urgence et de relèvement après Beryl devrait bénéficier à plus de 24 000 Barbadiens, améliorant ainsi le quotidien des personnes les plus affectées par la tempête. Il permettra aux pêcheurs d’obtenir des subventions et des prêts avantageux pour réparer ou remplacer leurs bateaux et leurs équipements endommagés, en veillant tout particulièrement à garantir un accès équitable aux hommes, aux femmes et aux jeunes. Ce projet soutiendra également des études destinées à guider l’élaboration de futurs régimes d’assurance, afin que les familles de pêcheurs puissent être mieux protégées contre les catastrophes.
[tweetquote:[tweetText=Outre les moyens de subsistance, le projet rétablit la colonne vertébrale de l’économie grâce à la réhabilitation du port de Bridgetown et de la marina, des installations essentielles pour le commerce, le tourisme et la pêche. ,tweetData=Banquemondiale,tweetHash=]]Les communautés côtières seront aussi dotées de défenses renforcées, avec de nouvelles protections prévues pour Paynes Bay et Six Men’s Bay, deux zones considérées comme particulièrement vulnérables.
Parallèlement, le projet renforce la capacité du pays à résister aux chocs futurs. Le Département de gestion des urgences bénéficiera de nouveaux investissements, notamment pour mettre en œuvre un système moderne d’information de gestion et des plans actualisés d’hébergement d’urgence, tenant compte des besoins des femmes, des enfants et des personnes handicapées. L’ensemble de ces mesures vise non seulement à restaurer ce qui a été perdu, mais aussi à construire une Barbade plus résiliente pour les années à venir.
« Ces efforts sont synonymes d’emplois et de rétablissement des revenus pour des milliers de familles, déclare Mme McConney. Et ils signifient aussi que lorsque la prochaine tempête arrivera — parce qu’elle arrivera — nous serons mieux préparés. »
Le redressement est également soutenu par les nouveaux outils financiers de la Banque mondiale, qui donnent à la Barbade une plus grande flexibilité en temps de crise. Quelques heures avant que Beryl touche terre, la Barbade est devenue le premier pays au monde à signer une clause qui permet à un gouvernement de suspendre les remboursements de sa dette envers la Banque mondiale pendant deux ans après une catastrophe, ce qui dégage une marge de manœuvre budgétaire pour une relance urgente. Le pays bénéficie également d’une option de tirage différé en cas de catastrophe (CAT DDO) qui fournit un financement à décaissement rapide en cas de catastrophe.
[tweetquote:[tweetText=La Barbade a aussi eu recours à l’option d’intervention rapide de la Banque mondiale, qui permet de réaffecter sans délai des fonds encore non décaissés de projets en cours afin de répondre aux urgences. C’est la première fois que cette option est utilisée dans la région Amérique latine-Caraïbes.,tweetData=Banquemondiale,tweetHash=]]
Avec le projet d’intervention d’urgence et de relèvement après Beryl, ces outils reflètent la manière dont la Barbade et la Banque mondiale travaillent de concert non seulement pour reconstruire plus solidement, mais aussi pour s’assurer que les financements pourront être mobilisés rapidement lorsque la prochaine tempête se produira.
« Ces innovations financières sont un gage de flexibilité et de rapidité, souligne Naraya Carrasco. Elles permettent à la Barbade d’agir au moment le plus opportun. »
Dans le port de pêche, les travailleurs sont soumis à une course contre la montre. « Nous travaillons de 6h30 à 17h30, tant qu’il fait jour, explique Anthony. Nous devons nous dépêcher, car la saison des ouragans est là et nous devons protéger un secteur économique capital. »
Chaque rocher mis en place est bien plus qu’un élément technique. Pour Anthony, c’est une façon de protéger son frère et de lui donner une chance de repartir en mer. Et pour les familles de pêcheurs de la Barbade, c’est le signe que le secteur dont elles dépendent a toujours un avenir.
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