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Aux yeux des Arméniens pauvres, l’éducation est un tremplin

10 février 2014

LES POINTS MARQUANTS
  • Beaucoup d’Arméniens résidant hors des zones urbaines sont privés d’une éducation appropriée qui pourrait les aider à trouver du travail.
  • Les emplois stables sont difficiles à trouver et les salaires ne couvrent pas les dépenses de base.
  • La plupart des familles défavorisées considèrent que l’éducation est un tremplin pour sortir de la pauvreté.

Lusine a 28 ans. Elle est mère de quatre enfants et vit avec sa famille dans un bâtiment-dortoir mal entretenu à la périphérie du village de Gyumri, en Arménie.

Lusine et son mari ne sont pas allés au bout de leurs études secondaires. Après leur mariage, son mari est devenu gardien de troupeaux et le jeune couple a dû mener une vie frugale à la campagne. Leur situation a empiré après la naissance de leurs enfants.

Aujourd’hui, Lusine voudrait travailler afin de compléter le revenu familial, mais elle doute de pouvoir trouver un emploi.

« Comme je me suis arrêtée à la fin du collège, mon salaire sera trop bas, explique-t-elle. Et puis, je n’ai personne pour garder les enfants. »

Comme Lusine, de nombreux habitants d’Europe et d’Asie centrale peinent à joindre les deux bouts.

La région a pour singularité de longs hivers rigoureux. Pour survivre à un tel environnement, les dépenses de chauffage et d’alimentation sont considérablement accrues par rapport à d’autres régions du monde plus tempérées. Et les coûts grimpent vite : 2,50 dollars par personne ne suffisent souvent pas au quotidien. Comme Lusine, beaucoup vivent dans la pauvreté.

La Banque mondiale a interviewé des familles de la région pour comprendre les obstacles rencontrés par les plus pauvres. Tous ont confirmé que la principale difficulté est d’arriver à couvrir les dépenses de chauffage durant la période hivernale. Ils se disent néanmoins convaincus que leurs enfants pourraient s’affranchir de la pauvreté, s’ils recevaient une bonne éducation qui leur permettrait de trouver un bon poste.

Pour subvenir aux besoins de sa famille, le mari de Lusine s’est installé dans une zone reculée de Russie, où il travaille comme journalier. Quand il le peut, il envoie de petites sommes d’argent.

Lusine et ses quatre enfants n’ont pas d’autre choix que de vivre dans un bâtiment abandonné, sans eau courante ni système d’égout. La jeune femme redoute que les murs minces et poreux ne s’effondrent sous l’effet des intempéries.

Elle est cependant prête à endurer ces conditions parce qu’en restant dans cet immeuble, elle est en mesure d’assurer la scolarité de ses trois aînés à l’école publique. Un avantage qu’elle entend préserver à tout prix tant l’éducation lui semble vitale pour l’avenir de ses enfants.

Les manuels scolaires sont gratuits, mais pas les cahiers ni les crayons. Son revenu mensuel, qui s’élève à 40 000 drams (99 dollars), se résume principalement au versement de prestations sociales (moins d’un dollar par personne et par jour).

Comme Lusine ne transige pas sur les dépenses scolaires, elle doit se battre chaque jour pour nourrir son foyer, payer le chauffage et subvenir aux autres dépenses courantes.

Elle doit déjà 10 000 drams (25 dollars) à la boulangerie du village et 200 000 (493 dollars) à l’épicerie. Son plus grand regret est de ne pas avoir poursuivi ses études. Pour elle, il est indispensable de disposer d’un bon bagage scolaire pour avoir un emploi stable et bien rémunéré et une meilleure qualité de vie. Aujourd’hui, c’est précisément tout ce qu’elle souhaite pour ses enfants.

« J’ai toujours rêvé d’une famille et d’une maison à moi, confie Lusine. Tout ce que je veux, c’est que mes enfants n’aient pas la même vie que moi. Je veux qu’ils fassent des études et qu’ils puissent subvenir à leurs besoins. »