NOTE 09 octobre 2019

Rapport de suivi de la situation économique au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (Octobre 2019) : principaux messages

Ce qu’il faut retenir

  • Selon les dernières prévisions, le taux de croissance du PIB au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MENA) devrait s’établir en 2019 à 0,6 %, soit un niveau très insuffisant pour créer les emplois dont la région a besoin pour faire face à l’augmentation rapide de sa population en âge de travailler. Même dans les quelques pays qui ont connu des périodes de plus forte croissance, la pauvreté reste élevée, ce qui souligne la nécessité d’engager des réformes pour assurer une concurrence loyale et promouvoir une croissance solidaire.
  • La croissance devrait rester atone en 2019. Les prévisions de croissance pour 2019 ont été rabaissées de 0,8 point de pourcentage par rapport aux projections d’avril 2019, sous l’effet d’une contraction plus forte que prévu de l’économie iranienne et des réductions volontaires de la production décidées à l’initiative de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP).
  • À moyen terme, la croissance régionale devrait remonter pour atteindre 2,6 % en 2020 et 2,9 % en 2021. Des risques de dégradation substantiels assombrissent cependant les perspectives économiques de la région, dont notamment l’intensification des difficultés de l’économie mondiale et la montée des tensions géopolitiques.
  • Le revenu par habitant moyen devrait diminuer de 0,9 % en 2019, après un recul de 0,6 % en 2018. De surcroît, les taux de pauvreté restent élevés dans la région, même dans des pays affichant une croissance économique relativement élevée comme l’Égypte et Djibouti.
  • Les économies du Conseil de coopération du Golfe (CCG) devraient enregistrer une croissance de 1,1 % en moyenne en 2019, ce qui correspond à un recul par rapport aux 2 % atteints en 2018 et à une diminution de 0,9 point de pourcentage par rapport aux estimations d’avril. Cette révision à la baisse s’explique dans une grande mesure par le niveau plus faible que prévu des recettes pétrolières consécutif aux réductions de la production et au déclin des prix pétroliers depuis avril 2019. Les pays du CCG s’efforcent cependant de diversifier leur économie en dehors du pétrole.
  • La région MENA subit déjà les effets du ralentissement de l’économie mondiale, principalement à travers la baisse des prix pétroliers et les réductions de production, qui grèvent les recettes d’exportation des pays exportateurs de pétrole et compliquent leurs décisions en matière de dépense.
  • Si l’économie mondiale continue de fléchir, ou pire entre en récession, les répercussions sur la région seraient considérables, du fait d’un déclin sévère de la demande extérieure et d’une chute des prix pétroliers.
  • En outre, l’instabilité financière mondiale liée à une croissance plus lente affaiblirait aussi la capacité des pays de la région MENA à contracter des emprunts ou pourrait même déclencher des fuites de capitaux dans des pays fortement endettés comme le Liban.
  • Pour parvenir à la croissance nécessaire, les pays de la région doivent passer d’une économie administrée à une économie de marché. Une perspective qui génère une méfiance considérable au sein de la région, où beaucoup imputent à la libéralisation des marchés l’avènement d’un capitalisme clientéliste au profit d’une poignée d’entreprises ayant les bonnes connexions.
  • Le moment est venu pour les pays de la région MENA de s’atteler à la fois à démanteler les monopoles qui existent sur leurs marchés et à tirer parti de leur demande intérieure collective pour promouvoir une croissance tirée par les exportations vers les autres pays de la région et au-delà.
  • Même si la réduction des droits de douane, la résolution des problèmes logistiques et la création de systèmes de paiement transfrontaliers sont autant de mesures qui contribueront sans aucun doute à l’intégration régionale, elles sont insuffisantes. L’incapacité des pays de la région MENA à s’intégrer aux niveaux national et régional tient essentiellement aux obstacles presque insurmontables qui empêchent les entreprises d’entrer dans des marchés névralgiques ou d’en sortir — ou, pour utiliser la terminologie économique, à l’absence de contestabilité du marché.
  • Les économies de la région favorisent les entreprises en place, qu’elles soient privées ou publiques. L’absence de contestabilité fait le lit du népotisme et des activités de recherche de rente — notamment, mais pas exclusivement, l’octroi de licences d’importation exclusives qui récompensent leurs détenteurs et découragent la concurrence tant nationale qu’étrangère.
  • L’intégration nationale et régionale passe par le démantèlement des intérêts en place. Dans la pratique, ce démantèlement pourrait se traduire par la création d’autorités de régulation chargées de défendre la concurrence.
  • La transparence et la disponibilité des données sont indissociables de la question de la concurrence et la contestabilité. Les pays de la région ont du retard sur les pays à revenu intermédiaire comparables en matière de transparence gouvernementale et de divulgation de données dans des domaines critiques qui mesurent l’évolution de la pauvreté, le niveau de concurrence sectorielle et l’évaluation de l’endettement intérieur et des passifs éventuels associés aux garanties des États.