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ARTICLE 21 septembre 2020

Sahel : fraîchement diplômées, entrepreneures et fières de l’être, elles anticipent les aléas de la vie pastorale !

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Débutée par quatre femmes du village de Bouteydouma, la tannerie collective comprend aujourd’hui 17 femmes qui peuvent travailler à leur rythme depuis chez elles, pour concilier vie familiale et activité économique. ©Elena Queyranne, Banque mondiale


LES POINTS MARQUANTS

  • Au Sahel, les 20 millions de personnes qui vivent de l’élevage pastoral sont confrontées à de nombreux défis environnementaux qui ne leur permettront plus de vivre uniquement de cette activité.
  • Afin de diversifier leur source de revenus, le Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel (PRAPS) a offert plus de 517 formations qualifiantes en milieu rural, identifiées par les populations elles-mêmes.
  • Plus de 20 000 personnes dont 88 % de femmes aux Burkina Faso, Mali, Niger, Mauritanie, Sénégal, Mali et Tchad ont ainsi pu se lancer avec succès dans des activités génératrices de revenus.

NOUAKCHOTT, MAURITANIE, le 21 septembre 2020—Enveloppées dans de grands voiles colorés qui contrastent avec la succession monochrome de dunes et d’arbustes entourant la tente sous laquelle elles sont installées, les femmes du village de Bouteydouma affichent toutes le même regard satisfait et le sourire éclatant de ceux qui sont fiers d’avoir accompli quelque chose d’important.  Fatimetou Mint Mohamed, déroule une à une les peaux fraîchement sorties de leur tannerie : « Avant, on passait toute la journée à prendre le thé, maintenant, on s’occupe et on contribue aux finances du ménage. »  

Si elles ont toujours pratiqué le tannage de manière rudimentaire pour leur usage personnel, les choses ont pris une autre tournure il y a un an et demi, lorsque Fatimetou et quatre autres femmes de ce village du sud-ouest de la Mauritanie sont parties suivre une formation à l’Institut de formation technique et professionnelle de Boghé, à plus de 200 km de là. Dans cette région où on est généralement éleveur, « Nous nous sommes rendu compte que personne ne récupérait les peaux des bêtes abattues, elles n’avaient aucune valeur et étaient jetées », raconte Fatimetou qui préside aujourd’hui l’Association des femmes de Bouteydouma.

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La nouvelle technique utilisée par les femmes de Bouteydouma, permet d’obtenir un cuir de bien meilleure qualité qu’elles vendent jusqu’au Sénégal et en Turquie. Elles achètent les peaux brutes 26 ouguiya Mauritanien (MRU) pièce et les revendent 350 MRU après traitement. © Elena Queyranne, Banque mondiale

Accueillies en pension complète pendant deux mois avec d’autres femmes provenant des quatre coins de la Mauritanie, certaines venues avec leurs bébés, elles ont appris une technique beaucoup moins nocive pour leur santé et respectueuse de l’environnement. Hassan, leur professeur leur a aussi montré comment fabriquer de nouveaux objets, notamment des gourdes spéciales qui gardent l’eau fraîche. « Nous sommes restées en contact avec lui sur WhatsApp et il nous aide à chaque fois qu’on a des questions. » Après la formation, elles ont aussi bénéficié de cours de gestion, ont été équipées en matériel et reçu de l’argent pour acheter des peaux et disposer d’un fonds de roulement pour démarrer leur activité.

Choisir un métier et avoir les moyens de l’apprendre

Déployés dans six pays du Sahel— Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Tchad—par le  Projet régional d’appui au pastoralisme au Sahel  (PRAPS), ces formations et coups de pouce financiers transforment la vie de nombreux ménages ruraux dont la première source de revenu est l’élevage. Car depuis quelques années ils font face à des défis climatiques, sécuritaires et démographiques qui les fragilisent de plus en plus. Il est donc essentiel de diversifier leurs revenus pour préserver et valoriser leur mode de vie.

« Nous avons mené des enquêtes préalables auprès des ménages afin qu’ils identifient eux-mêmes les activités qu’ils aimeraient développer et les compétences dont ils ont besoin pour se lancer », explique Doussou Hamzata Dicko, responsable genre et médiation sociale pour le PRAPS. « Le projet vise surtout les jeunes et les femmes, il les accompagne jusqu’à ce qu’ils parviennent à fabriquer des produits de qualité et deviennent autonomes. »

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À tout juste 17 ans Mariam Mint Abdalaye (à gauche) est la cadette de la coopérative de tannage du village de Bouteydouma. Ses amies et collègues Asma Mindt Abdi, Maimouna Mint Mibarack, Aida Gaye et ne lâchent plus leur téléphone portable qu’elles ont pu s’offrir avec les dividendes de la tannerie et qui leur permet d’être « connectées ». © Elena Queyranne, Banque mondiale

Tannage des cuirs et peaux, production d’embouche, traite du lait et fabrication de produits laitiers, toutes ces activités génératrices de revenus se déclinent autour du monde pastoral, mais également en fonction de besoins collectifs comme la plomberie et l’électricité ou la transformation de produits agroalimentaires.

Mis en œuvre par les ministères de l’Élevage et celui de l’Emploi et de la Formation professionnelle, le projet est financé à hauteur de 248 millions de dollars par la Banque mondiale à travers  l’Association internationale de développement et coordonné par le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse dans le Sahel (CILSS). Par le biais d’activités parallèles de protection des ressources naturelles, promotion de la santé animale et de facilitation de la commercialisation du bétail, le PRAPS soutient directement plus de deux millions de personnes dans les six pays où il intervient. Il a créé 517 formations qualifiantes en milieu rural et fourni des équipements et un capital de départ à plus de 12 000 personnes dont 77 % de femmes.


« Depuis qu’ils voient l’argent rentrer dans le foyer, les maris sont d’accord ! »
Fatimetou Mint Mohamed
Fatimetou Mint Mohamed
bénéficiaire du PRAPS


Un effet boule de neige : transmettre un savoir de mères en filles et vendre dans le monde entier

De retour au village, Fatimetou et ses quatre amies ont formé d’autres femmes et ont établi une petite entreprise qui compte maintenant 17 personnes. Ce qu’elles aiment par-dessus tout : c’est de pouvoir travailler chez elles, à leur rythme, en fonction de leurs obligations familiales. « Notre nouvelle méthode de traitement des peaux est beaucoup plus rapide et compatible avec la vie du foyer », explique une jeune maman. Avant, il fallait par exemple 10 jours pour traiter une peau alors qu’aujourd’hui il en faut seulement trois. Quand elles travaillent en équipe, c’est encore plus rapide, il suffit d’un jour. Achetée 26 ouguiya Mauritanie (MRU) chez le boucher du village, chaque peau est revendue 350 MRU. Elles sont numérotées, chacune des associées sait combien elle doit en vendre et pour toutes les motiver, les bénéfices sont mutualisés. Entre temps, au niveau social, cela a permis de désacraliser cette activité jadis réservée aux forgerons,

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Trésorière du groupement de femmes de Bouteydouma, Toutou Mint Mohamed veille sur les finances mutualisées par ses 300 membres. Elles utilisent d’abord leurs profits pour améliorer le quotidien du foyer et envoyer leurs enfants à l’école mais se permettre aussi quelques coquetteries en s’offrant du « superflu » comme des bijoux et des voiles. ©Elena Queyranne, Banque mondiale

En plein essor, leur petite entreprise développe de jour en jour de nouveaux objets : repose-calebasse, tapis de prière outres, petits objets décoratifs, porte-clés… Récemment, leur gourde qui garde l’eau fraîche plus longtemps est devenu un produit phare que l’on trouve au-delà de la frontière, sur les étals de marchés au Sénégal.

Quand ils ne sont pas réinvestis dans la coopérative, les bénéfices améliorent le quotidien des foyers et permettent d’envoyer les enfants à l’école. Mais comme dans la vie il n’y a pas que l’essentiel qui compte, elles peuvent aussi enfin se permettre le superflu « de nouveaux voiles ou des bijoux », les plus jeunes, encore adolescentes, ont opté pour un téléphone portable, pour pouvoir être « connectées » en permanence avec le reste du monde. « Et pourquoi pas une voiture, un jour ?! »

Elles voudraient, si Dieu le veut, continuer à se développer pour construire une usine et transformer davantage de produits. Elles se le promettent, un jour elles vendront dans le monde entier, confiantes en leur savoir-faire qu’aucun aléa climatique ne pourra leur retirer et qui leur permet d’anticiper plus sereinement les incertitudes de l’avenir.

 


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