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Brésil et déficit public : la lutte contre la pauvreté est l’option la plus économique

29 juillet 2016


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Les bénéficiaires du programme Bolsa Família reçoivent une formation professionnelle. Selon les conclusions d’un nouveau rapport, le Brésil pourrait procéder à des ajustements budgétaires sans pour autant pénaliser les 40 % les pauvres de sa population.

Marcelo Camargo/ABr.

Un nouveau rapport de la Banque mondiale confronte les dépenses publiques qui sont utiles aux pauvres à celles qui profitent aux riches

Si vous deviez tailler dans vos dépenses, par quoi commenceriez-vous ?

Comme le souligne un nouveau rapport de la Banque mondiale, cette question se pose de manière aiguë au Brésil, où le déséquilibre entre les dépenses et les recettes de l’État risque à terme de rendre incontrôlable le niveau de la dette publique, avec des conséquences qui ne manqueront pas de se faire ressentir sur l’économie et les services fournis à la population.

Les dépenses primaires et les recettes des administrations publiques représentent respectivement 37 % et 36 % du produit intérieur brut (PIB). Le paiement des intérêts de la dette, qui n’est pas pris en compte dans les dépenses primaires, s’est monté à 12,5 % du PIB en 2015.

La bonne nouvelle, c’est qu’il serait possible de procéder à des ajustements budgétaires sans pénaliser pour autant les 40 % les plus pauvres du pays. Selon le récent diagnostic systématique réalisé par la Banque mondiale pour le Brésil, les programmes et les services destinés à cette catégorie de la population ne coûtent que 12,1 % du PIB (alors que la part des dépenses consacrées au reste de la population représente 16,1 % du PIB). Qui plus est, ils sont véritablement utiles à ceux qui ont besoin d’aide.

Au contraire, note le rapport, les subventions et le système de pensions de la sécurité sociale profitent davantage aux riches qu’à la population à bas revenu, ce qui en fait des cibles idéales en matière de restructuration des dépenses publiques.

La sécurité sociale représente actuellement près d’un tiers (28 %) des dépenses publiques. « En nous basant sur les données de l’enquête nationale auprès des ménages de 2014 (Pesquisa Nacional por Amostra de Domicílios), nous sommes parvenus à la conclusion que les dépenses de sécurité sociale ont pour effet de creuser légèrement les inégalités sur le plan de la répartition des revenus », indique Martin Raiser, directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Brésil.

Au nombre des problèmes auxquels est confronté le système des pensions figure notamment le décalage entre le nombre d’années de cotisations nécessaires pour pouvoir toucher une retraire complète et la période durant laquelle les retraités en bénéficient, à savoir respectivement, 35 et 22 ans en moyenne. Les Brésiliens commencent en général à cotiser à 25 ans, ils prennent leur retraite à 60 ans et ont une espérance de vie de 82 ans. De plus, les contributions au régime général (hors régimes simplifiés et agricoles) s’élèvent entre 28 % et 31 % du salaire, tandis que les prestations de retraite se chiffrent approximativement à 85 % du dernier salaire perçu.

Pour remédier à ce problème, on peut augmenter la période de cotisations, d’autant qu’un travailleur en bonne santé qui prend sa retraite à 65 ans plutôt que 60 pourra faire profiter les nouvelles générations de ses connaissances et de son expérience précieuses. « Cette évolution peut être bénéfique aux populations et ses effets sur le plan budgétaire sont totalement positifs », affirme Martin Raiser.


« Les dépenses de sécurité sociale ont pour effet de creuser légèrement les inégalités en termes de répartition des revenus.  »

Martin Raiser

Directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Brésilil

Des financements à faible coût

Les dépenses du Brésil consacrées aux subventions aux entreprises représentent l’équivalent de 5 % de son PIB. C’est moins que les dépenses de pension et retraite, mais, là aussi, ce sont les riches qui en profitent le plus généralement.

En effet, les entreprises qui bénéficient de la plupart des subventions ne correspondent pas à des petites structures dirigées par des personnes à faible revenu ; il s’agit au contraire de grandes entreprises qui recrutent plutôt des travailleurs qualifiés et ne créent pas nécessairement des emplois de qualité pour les pauvres.

Sachant que les subventions sont un moyen de se financer à bas coût (dans un pays où le coût du financement des entreprises est élevé) et que leur quantité est limitée, le diagnostic de la Banque mondiale se demande si elles sont effectivement destinées à ceux qui en ont vraiment besoin.

En revanche, les programmes et les services conçus pour les pauvres, et qui représentent, rappelons-le, l’équivalent de 12,1 % du PIB, produisent de réels bienfaits. Ce chiffre comprend les dépenses d’éducation primaire et secondaire et de santé publique ainsi que des initiatives telles que Bolsa Família. Aussi le diagnostic de la Banque ne préconise-t-il pas tant de rogner les dépenses que de rationaliser l’usage des fonds destinés à ces services afin d’assurer leur amélioration continue.


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