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Cinq pays du Sahel vont s’inspirer de la politique démographique du Bangladesh

23 juin 2016


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Les points marquants
  • Des représentants de cinq pays du Sahel se sont rendus au Bangladesh pour tirer des enseignements de la réussite de la politique démographique et des services de santé reproductive dans ce pays.
  • Cette réunion d’échanges Sud-Sud visait à relever des défis multisectoriels selon une approche pluraliste.
  • Les pays du Sahel projettent d’adapter les enseignements tirés de l’expérience du Bangladesh à leurs propres pays.

Chez les Peuls, on sait bien qu’un enfant unique n’aura personne vers qui se tourner pour l’aider à faire ses devoirs ; en revanche, si la famille compte cinq ou six enfants, il y aura toujours un frère ou une sœur qui viendra à sa rescousse. C’est ce qu’a expliqué Sambel Bana Diallo, le ministre malien de l’Aménagement du territoire et de la Population, lors de la cérémonie d’ouverture d’une rencontre de haut niveau pour l’échange de connaissances sur les politiques démographiques et de santé reproductive entre les pays du Sahel et le Bangladesh.

Ces échanges, qui se sont déroulés à Dacca pendant une semaine, étaient présidés par le ministre de la Santé et de la Protection de la famille du Bangladesh et co-organisés par le Groupe de la Banque mondiale et le Fonds des Nations Unies pour la population. Ils s’inscrivent dans le cadre d’un projet de la Banque mondiale axé sur l’autonomisation des femmes et le dividende démographique au Sahel. Leur objectif était de partager les enseignements tirés de la mise en œuvre des politiques familiales au Bangladesh avec cinq pays : le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad.

Ces pays du Sahel connaissent aujourd’hui les mêmes défis multisectoriels que ceux du Bangladesh des années 70, avec des taux élevés de natalité. Ils souhaitaient donc en savoir davantage sur les actions menées par ce pays pendant près de 40 ans pour impulser des changements et accroître le recours aux services de santé reproductive. En outre, le Bangladesh est un exemple parfait, car il partage avec les pays du Sahel un même contexte religieux et parce que ce pays a été confronté à des difficultés sociales et sanitaires similaires. 

« Le Bangladesh s’appuie sur des pratiques bien établies en matière de pluralisme, d’implication des communautés et de collaboration multisectorielle qui ont assuré le succès de son programme de planning familial et de sa politique démographique. Dans ce pays, les taux de natalité et de mortalité ont baissé de façon spectaculaire. Le gouvernement a placé les femmes au cœur de son programme de développement. Il a aussi travaillé avec des ONG locales qui ont aidé le pays à concrétiser ses objectifs de planification familiale et de maîtrise de la démographie », a souligné le directeur des opérations de la Banque mondiale pour le Bangladesh, Qimiao Fan, pendant la cérémonie d’ouverture.

Une expérience pluraliste et multipartenaires

La délégation des pays du Sahel comptait 40 membres représentant les divers secteurs concernés : démographie, affaires religieuses, santé, éducation, questions sociales et droit des femmes, finances et planification. Les participants du pays hôte étaient des responsables de terrain expérimentés et des décideurs politiques ayant joué un rôle majeur dans les changements intervenus au Bangladesh entre les années 70 et aujourd’hui.

Les cinq pays du Sahel ont pour but de réduire leurs taux élevés de natalité, de mortalité infantile et maternelle et de mariage des enfants, tout en améliorant l’éducation et les services de santé. Leurs programmes n’ayant jusqu’ici abouti qu’à de maigres résultats, ces pays souhaitent changer de cap afin de bénéficier du dividende démographique.  

Ainsi que l’a expliqué la ministre du Niger chargée de la Population, de la Promotion de la femme et de la Protection de l’enfant, Rakiatou Christelle Kaffa Jackou : « Nous nous tournons vers le Bangladesh car, comme le Niger, ce pays était sous-développé et sa population est en majorité musulmane. Notre souhait est de comprendre précisément comment les femmes bangladaises ont obtenu leur indépendance et comment elles ont réussi leur autonomisation. Nous sommes donc impatients de découvrir les clés du succès de la politique démographique du Bangladesh et de voir comment nous pourrions la mettre en œuvre avec la même réussite au Niger. »

Les premiers enseignements

La délégation sahélienne avait une longue liste de questions à poser aux représentants du Bangladesh :

  • Comment le pays a-t-il réussi à convaincre des partenaires de différents secteurs à financer et soutenir durablement la politique démographique ?
  • Comment a-t-il obtenu le soutien des chefs religieux à ses actions en faveur de la santé reproductive ?
  • Comment a-t-il associé les habitants et communautés locales, y compris dans les régions reculées, pour améliorer les services de santé reproductive ?
  • Quelles sont les stratégies innovantes qui ont permis aux femmes bangladaises de prendre leurs propres décisions en matière de santé reproductive ?
  • Comment de multiples acteurs ont-ils collaboré avec la population, les chefs religieux et le gouvernement pour transformer l’évolution démographique du Bangladesh ?

La délégation a rencontré de hauts responsables politiques qui ont expliqué les détails de la politique démographique qui a permis au pays de faire baisser son taux de natalité de 6,3 à 2,3 enfants par femme et à faire bondir de 7 à 62,4 % le taux d’utilisation de la contraception (1970-2014).

Les participants ont aussi visité plusieurs centres de planning familial à Dacca pour savoir comment les pratiques communautaires avaient été utilisées pour favoriser le changement. Ces visites leur ont également permis d’approfondir leurs connaissances sur des stratégies innovantes qu’ils pourront ainsi mettre en œuvre dans leur propre pays.

Lors d’une visite dans un dispensaire de la banlieue de Dacca, la délégation a découvert le système utilisé dans un petit village pour augmenter le recours à la contraception : une sirène, qui sonne tous les soirs à 21 heures pour rappeler aux femmes de prendre leur pilule, avec un son suffisamment puissant pour être entendu à deux kilomètres à la ronde.

Enfin une visite au centre de formation d’imams de Dacca, qui dépend du ministère des Affaires religieuses, a permis aux délégués sahéliens de découvrir le programme d’enseignement rigoureux qui y est dispensé. L’imam étant un guide spirituel pour la population, la formation englobe de nombreux aspects sociétaux.

Les prochaines étapes

Après ces moments de partage d’expérience et à leur retour dans leurs pays, les délégués ont exposé les enseignements qu’ils en ont tirés à leurs gouvernements respectifs, mais aussi élaboré des plans d’action pour continuer à travailler avec le Bangladesh.

Ils ont ainsi prévu de collaborer avec leurs homologues bangladais pour bâtir un programme de formation des imams sur la santé reproductive et pour définir une stratégie d’amélioration des services de planning familial dans les communautés, en adaptant au contexte sahélien les méthodes appliquées au Bangladesh. La mise en œuvre de ces prochaines étapes viendra en appui au projet régional de la Banque mondiale ainsi qu’à ses opérations au Niger et au Mali.


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