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Un programme de filets sociaux pour lutter contre la malnutrition

23 septembre 2015


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L’allocation fournie par le programme aide Nanifei Lardja  à acheter de la nourriture pour sa famille. Elle économise un cinquième pour les dépenses imprévues. 


LES POINTS MARQUANTS
  • Au nord du Togo, un programme de transferts monétaires offre un appui financier aux ménages dont les enfants souffrent de malnutrition
  • Le programme s’accompagne de mesures visant à assurer aux enfants des familles les plus démunies un avenir meilleur
  • Les ménages bénéficiaires sont encouragés à établir des actes de naissance pour leurs enfants, à les scolariser et à les faire soigner quand ils sont malades

NADJOTE, le 23 septembre 2015 —  À Nadjote, petit village situé à 18 km de la ville de Dapaong, chef-lieu de la région des Savanes, au nord du Togo, un grand nombre d’enfants souffrent de malnutrition aigüe. Afin de lutter contre ce fléau, le gouvernement togolais a instauré un programme de filets sociaux ciblant les foyers les plus vulnérables. Abna Kolani, mère de 7 enfants dont 3 sont morts de malnutrition, fait partie des bénéficiaires. Depuis douze mois, elle reçoit un appui financier mensuel de 5 000 francs CFA – environ 9 dollars – pécule qui l’aide à nourrir et scolariser ses enfants dont le petit dernier qui souffrait de malnutrition sévère. 


« Un jour, vous reviendrez ici et vous verrez que les enfants que vous avez soutenus sont devenus des enseignants, des infirmiers, et des docteurs »

Yom Kouloukitibe

Bénéficiaire du programme de filets sociaux

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Abna Kolani avec deux de ses enfants. Elle bénéficie depuis un an du programme de transferts monétaires qui l’aide à mieux nourrir et soigner ses enfants. 


« Avec l’argent que je reçois tous les mois pour offrir une meilleure alimentation à mon dernier enfant, j’arrive à mieux nourrir mes enfants et j’observe un grand changement dans leur condition physique : ils sont en meilleure santé et beaucoup plus propres qu’avant. Lorsqu’ils sont malades, je peux les amener au centre de santé pour recevoir des soins. De plus, le programme m’a permis de scolariser l’aîné de mes enfants et tous les quatre ont désormais des actes de naissance », raconte-t-elle.

Lancé en 2013 par le gouvernement togolais avec l’appui financier de la Banque mondiale et du gouvernement du Japon et en partenariat avec l’UNICEF, le programme cible les parents d’enfants âgés de 0 à 24 mois, tranche d’âge particulièrement vulnérable, dans les régions de la Kara et des Savanes où les taux de malnutrition sont particulièrement alarmants. En échange d’une aide financière mensuelle, les parents sont incités à établir des actes de naissance pour leurs enfants, à les scolariser et leur donner accès aux soins de santé. 

Nanifei Lardja,  habitante de Nadjote et mère de 5 enfants (dont le mari est décédé alors qu’elle était enceinte du plus jeune), partage l’enthousiasme d’Abna Kolani. Grâce aux programmes de sensibilisation sur l’alimentation des enfants, Nanifei peut envisager l’avenir plus sereinement et planifier ses dépenses : « J’achète du maïs pour 2 000 francs, du savon pour 1 000 francs et des petits poissons pour 1 000 francs. J’ai mon petit champ pour les légumes qu’il me faut, et les 1 000 francs restants je les mets de côté pour d’autres dépenses éventuelles », témoigne-t-elle.

Joachim Boko, spécialiste en protection sociale à la Banque mondiale, s’est récemment rendu dans la région des Savanes afin d’évaluer l’efficacité du programme : « Nous avons noté avec grande satisfaction que les actions d’accompagnement organisées, notamment les causeries éducatives sur les droits des enfants, la nutrition, la santé et les pratiques familiales essentielles ont eu des effets largement positifs », souligne-t-il. « La grande majorité des bénéficiaires que nous avons rencontrés nous ont montré les actes de naissance qu’ils ont fait établir pour leurs enfants, et nous ont confirmé que tous leurs enfants en âge d’être scolarisés le sont. Nous avons donc le changement de comportement souhaité, et cela nous rassure quant au succès du programme », ajoute-t-il.

Si le montant mensuel accordé aux bénéficiaires (5 000 francs CFA par enfant de moins de 2 ans) est jugé insuffisant par certains, ce programme offre pourtant bien plus qu’un simple soutien financier : « Les 5 000 francs viennent accompagner un ensemble de services que nous fournissons aux bénéficiaires par rapport à la protection des enfants », précise Pounpouni Koumaï Tchadarou, directeur régional de l’action sociale dans la région des Savanes et coordonnateur du programme. « Nous conseillons aux femmes enceintes de faire les consultations prénatales régulièrement et de déclarer leurs enfants à l’état civil dans les 45 jours suivant leurs naissances. Nous faisons tout pour que tous les enfants qui doivent être à l’école y soient. Nous effectuons également des visites à domicile pour sensibiliser les bénéficiaires sur les bonnes conditions d’hygiène pour assurer une meilleure santé des enfants », explique-t-il.

Pour Yom Kouloukitibe, l’une des 14 016 personnes à avoir bénéficié à ce jour de cette aide financière, l’impact de ce programme s’inscrit sur le long terme. « La prise en charge des besoins nutritionnels de mes enfants était un défi pour moi, et ils étaient souvent malades. Aujourd’hui, ils mangent bien et je souhaite que le programme continue. Mais s’il s’arrête un jour, le changement qu’il a apporté dans nos vies va perdurer. Un jour, vous reviendrez ici et vous verrez que les enfants que vous avez soutenus sont devenus des enseignants, des infirmiers, et des docteurs », assure-t-elle fièrement.


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