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Des milliards engloutis au fond des océans : Ragnar Arnason répond à nos questions

03 juin 2015


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Andrea Borgarello pour la Banque mondiale

Ragnar Arnason est l’auteur principal du rapport de la Banque mondiale intitulé Sunken Billions: The Economic Justification for Fisheries Reform (a) et d’un autre rapport à paraître sur le même sujet : Sunken Billions Revisited: Progress and Challenges in Global Marine Fisheries (a). Il enseigne l'économie de la pêche depuis 1989 et préside l’Institute of Economic Studies de l’Université d’Islande. Il procure des conseils sur les systèmes de gestion des pêches dans le monde entier et a été professeur invité dans des universités aux États-Unis et en Europe.

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire le premier rapport sur les « milliards engloutis » par la mauvaise gestion des pêches ?

Ragnar Arnason (RA) : On savait déjà à l’époque que les stocks halieutiques mondiaux étaient décimés et que les dommages induits sur l’écosystème marin avaient des conséquences imprévisibles. L’objectif du premier rapport était de mettre l’accent sur les aspects économiques du problème et de quantifier les pertes économiques, tout en incitant les dirigeants et les décideurs mondiaux à s’attaquer à ce problème.

Dans notre première étude, de 2009, nous avons observé que, dans le monde entier, des pays perdaient des sommes considérables en raison de la manière dont ils géraient, ou plutôt ne géraient pas, leurs pêches. Ces pertes n’avaient jamais été quantifiées auparavant. Nous avons chiffré ce manque-à-gagner potentiel à environ 50 milliards de dollars par an.

Qu’est-ce qui a changé depuis le premier rapport ?

RA : J’observe une prise de conscience accrue qu’il s’agit là d’un problème économique grave. Le premier rapport a permis de prendre la mesure du problème sur le plan économique.

Comment les pays en développement peuvent-ils bénéficier de la réforme des pêches ?

RA : La pêche est une activité importante, ainsi qu’une source de revenu et de nourriture dans de nombreux pays en développement. Ceux qui pêchent pour assurer leur subsistance ont besoin que leurs droits soient garantis, durables et suffisamment exclusifs. Je pense que la priorité est de mettre en place des systèmes de gestion des pêches adaptés, assortis, dans l’idéal, de droits individuels, et parfois collectifs. La bonne gouvernance sera essentielle si l’on veut améliorer la gestion des pêches et faire appliquer la réglementation sectorielle.

Que peut nous enseigner, selon vous, le système de pêche islandais ?

RA: La pêche occupe une place essentielle en Islande. La gestion des pêches dans ce pays, comme dans d’autres États insulaires similaires, a beaucoup à nous apprendre. En Islande, la pêche contribue directement au PIB à hauteur de 10 % environ, et sa contribution indirecte peut atteindre 25 %. Ce pays s’est beaucoup intéressé à la question de la gestion des pêches, car il a joué un rôle de premier plan dans l’extension des zones économiques exclusives et des droits de pêche individuels. Le système islandais a permis de reconstituer les stocks de poissons et de rétablir la santé économique de ce secteur. Ce système est toutefois loin d’être parfait et ne convient pas partout. Notre approche n’est que l’une des nombreuses manières d’améliorer la gestion des pêches.

Pourquoi sortir une nouvelle version du rapport aujourd’hui ?

RA : Les estimations du premier rapport étaient consacrées aux pertes et s’appuyaient sur des données de 2004. Il s’agit à présent d’évaluer le manque-à-gagner pour les pêcheries mondiales en 2012. Selon l’étude à paraître (a), en 2012, la pêche marine mondiale perdait toujours des sommes considérables. Nous voulions à la fois rappeler les messages de 2004 sur les pertes, mais aussi présenter les progrès réalisés.

Il est important de voir ce qui a été fait, et il semblerait qu’il y ait un léger mieux au niveau mondial. La biomasse halieutique semble avoir légèrement augmenté, de même que le bénéfice net global des pêches marines (voir les résultats préliminaires [a] de l’étude de la Banque mondiale).

J’espère que nous redonnerons des estimations tous les cinq ou dix ans afin d’informer le monde entier de l’état de la pêche marine. Ces chiffres permettent de suivre les avancées et de prendre conscience de la richesse du capital naturel ainsi que de la valeur des ressources naturelles. Le capital naturel que renferment les ressources océaniques dépend de l’utilisation que l’on en fait. Plus il est utilisé de façon prudente, plus ce capital a de valeur. Quantifier les pertes nous aide, par exemple, à comprendre et à apprécier l’ampleur des bénéfices que ce secteur pourrait réaliser chaque année.

Ce rapport s’appuie sur une méthodologie robuste. Il permet d’observer les problèmes d’utilisation des océans. Nous savons désormais qu’une bonne gestion des pêches permettra de récupérer ce manque-à-gagner, et que cet argent peut être employé à des fins constructives, par exemple pour mettre en place une infrastructure indispensable ou investir dans la réduction de la pauvreté et dans le développement durable.




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